En esprit structuré, je prends méthodiquement ma liste de lecture et attaque les livres les uns après les autres. La file d'attente s'allonge, le combat y fait rage, les titres les moins savoureux stagnent dans les profondeurs du classement en se faisant occasionnellement doubler par des petits nouveaux tous fringants. Mais l'ordre est respecté. Point de polylibrisme sous mon toit. Cependant, tout structuré que je sois, je me dois d'avancer sur plusieurs fronts en même temps. Mes hebdomadaires préférés brisent régulièrement mon rythme de lecture. Et des BDs nouvellement découvertes profitent de quelques soirées où j'expédie Gael au lit de manière anticipée pour s'immiscer dans mon emploi du temps.
C'est ainsi, en rentrant du boulot hier soir dans mon RER favori, j'ai attaqué un dossier du Spiegel consacré à la Shoah. Il m'est alors apparu que mon actualité littéraire était quelque peu chargée. Je venais en effet de prêter à une collègue la superbe BD Goradze de Joe Sacco, qui relate les atrocités que les civils ont subi pendant la guerre de Yougoslavie. Le sujet de Joe Sacco était venu dans la conversation car je suis précisément en train de lire sa dernière BD, Gaza 1956, où il relate deux massacres oubliés subis par les Palestinien en 1956, en entrecroisant ce récit avec la situation actuelle. Par ailleurs, à côté de mon lit m'attendait le Télérama de la semaine, qui fait la part belle au tremblement de terre d'Haiti. Et en tâche de fond, je lis le premier tome (édifiant et formidable) de l'archipel du goulag de Soljenitsine.
J'assume complétement la lecture occasionnelle de témoignages éprouvants, que je trouve passionnants et nécessaires. Mais vous avouerez qu'il est des collisions qui sont un peu pesantes. J'aimerais vous dire que mon premier réflexe de retour au foyer fût d'enlacer mon fils chéri, et de fuir dans son regard vif et curieux toute la violence du monde pour en redécouvrir le merveilleux. C'eût fait une belle chute, mais la réalité ne s'y est pas prêté. La pensée qui m'a traversée l'esprit fut d'une autre nature. "Quand on sait les atrocités que peut subir l'Homme, tu vas pas me chier une pendule parce que tu arrives pas à suffisamment sucer ta totote vu que tu as le nez bouché!"
A force de ne donner que des avis favorables à chaque compte rendu de film, quand il ne s'agit pas purement et simplement d'injonctions à voir un chef d'œuvre, j'en étais venu à considérer l'alternative suivante: ou bien j'ai un flair infaillible pour choisir mes films, ou bien je suis un benêt bon public. Et bien la livraison critique du jour me rassure: je suis bien un cynique jamais content qui se loupe régulièrement dans le choix de ses films. Cette brillante entrée en matière est quelque peu caricaturale. Si je n'ai pas détesté les films que je suis allé voir dernièrement, deux d'entre eux, sans être franchement mauvais, m'ont beaucoup déçus.
Certes, je n'attendais pas monts et merveilles d'Invictus, le dernier Clint Eastwood sur l'importance de la coupe du monde de rugby 1995 en Afrique du Sud sur la réconciliation du pays. Je craignais même obscurément qu'on bascule un peu trop dans les bons sentiments, mais comptais sur Eastwood pour rester relativement sobre, et nous régaler des beaux clairs obscurs dont il a le secret. Las! Ca commence plutôt bien autour d'épisodes de la réconciliation sans faille voulue par Mandela, parmi lesquels son étonnant combat pour que les Springbooks gardent leurs couleurs (vert et or) qui sont aussi celles du régime de l'apartheid. Mais ensuite, c'est la curée de bons sentiments. Eastwood se fait très insistant sur de multiples scénettes mettant en scène des Blancs et des Noirs initialement irrémédiablement fâchés, et qui se rabibochent par la magie du grand événement national. Même s'il y a sûrement une bonne part de vrai, même si un saint comme Mandela sera forcément dépeint comme un vieux sage, il faut avancer sur des œufs sur un sujet comme celui-là sous peine de se vautrer dans la guimauve. Ce qui ne rate pas, la palme venant aux chauffeurs de taxis racistes (blancs) qui finissent par porter en triomphe un gamin des rues (noir) à la fin de la finale.
Mais la plus grosse déception vient de A serious Man des frères Coen, unanimement encensé par la critique. Client de beaucoup de films des frangins, je me pourléchais les babines devant le chef d'œuvre annoncé, qui comportait même une part autobiographique des plus intéressantes parait-il. Le film majeur des frères Coen. Et ben pas pour moi. Certes, on retrouve la patte des réalisateurs: un looser poursuivi par la guigne, un faux rythme réjouissant, des gueules figées filmées en gros plans impitoyables, à faire passer les Deschiens pour des gravures de mode... Le personnage de l'amant onctueux de la femme du héros est tout simplement formidable. Mais j'ai eu l'impression que les Coen n'allaient pas jusqu'au fond du burlesque des situations, qu'ils ne se lâchaient pas comme, par exemple, dans le Big Lebovski. Ils ne retiennent certes pas leurs coups par compassion pour leur malheureux héros, mais plutôt parce qu'ils construisent une histoire, parce qu'ils cherchent à nous raconter quelque chose. Et bien ce message caché, s'il a l'air d'avoir frappé et ravi les critiques, m'est resté tout à fait hermétique (ou plus exactement, inintéressant). Et donc non seulement j'ai l'impression de passer pour crétin, mais en plus je suis tout frustré que ce puissant message m'ait condamné à n'assister qu'à un spectacle retenu, feutré, en demie teinte.
Mais il est un film ce mois-ci qui m'a complétement conquis: Vincere de Bellochio. On y suit le triste destin de la première femme de Mussolini (Ida Dalser), qu'il a rapidement répudiée mais qui s'est entêtée pour qu'il la reconnaisse, tant et si bien qu'il a fini par la faire interner. Le sujet est certes sombre, mais ça n'empêche pas le film d'être absolument formidable. L'intrigue est centrée sur Ida, de sorte qu'il ne se passe finalement pas grand chose mais, signe incontestable de la réussite du film, on ne s'ennuie pas une seconde. Le mérite en revient d'abord et avant tout du réalisateur. Je ne saurais pas trop expliquer pourquoi, mais chaque scène est belle, plastiquement superbe; chaque péripétie sonne juste; et jamais la tension ne retombe. Ce film vous prend et ne vous lâche pas une seconde, deux heures durant. Mais la réussite du film est aussi celle de son actrice principale, Giovanna Mezzogiorno, quasiment de tous les plans, et dont le regard halluciné crève l'écran. J'ai bien vu un film majeur ce mois ci, c'est celui là.
Contrairement à ce que suggèrent quelques mauvaises langues, je n'aime pas que l'accordéon (quoiqu'il n'y ait pas de honte). J'aime aussi la basse. La noble et discrète babasse, qui donne toute son épaisseur à bien des morceaux. Quand à la faveur d'un One shot not (émission de concerts sur arte que nous découvrons à peine, et qui nous charme par son aptitude à rendre des ambiances du live), je suis tombé sur cette extraordinaire prestation de Marcus Miller, je me suis dit que je me devais de la présenter à mon lectorat fidèle. Coupez le téléphone pendant 20 minutes (allez, au moins pendant les 8 minutes qui vont de la deuxième à la dixième), mettez vous à l'aise dans votre petit fauteuil, montez le son, et profitez.
A part ça, les prestations ce Catherine Ringer et de Ben Harper valent également leur pesant de cacahouettes.
A force de le savoir menacé et pourtant de le voir toujours présent, à vif et sans concessions, album après album, j'en étais venu à croire que ce jour n'arriverait pas. La nouvelle de la mort de Mano Solo m'a bouleversé. C'est bien sûr un artiste dont je suis extrêmement client depuis une quinzaine d'année. Mais la proximité avec lui est d'autant plus forte qu'il a utilisé en grande partie ses chansons pour se raconter, se mettre à nu, jeter ses colères, ses tristesses et plus récemment ses joies à ses auditeurs. Plus qu'un chanteur dont j'aime les chansons, j'avais l'impression que c'était un type bien que je connaissais bien.
D'où mon émotion en apprenant par hasard, entre nouvelles du froid hivernal et des soldes saisonières, sa disparition. Je vous fais grâce des longs discours et des citations de ses chansons crépusculaires: plus simplement, ça fait mal et ça fait chier.
Deux précisions pour commencer ce post. D'abord, je déconnais bien quand je disais que je vous ferai le récit de chacune de mes sorties. Et ensuite, je vous promets que je n'abuserai pas de ce nouveau joujou qu'est ma montre GPS, pour nourrir mes billets quasi-hebdomadaires. Mais là, vous avouerez qu'il est tout à fait légitime que je vous montre, une fois au moins, le type d'itinéraire que je parcours de manière maintenant hebdomadaire dans la ville lumière. Jugez plutôt. Le départ est donné à Denfert-Rochereau. Nous nous mettons en forme en descendant le large trottoir du boulevard nous menant au jardin des plantes. Après cette petite parenthèse herbée, nous traversons la Seine (en profitant de la vue sur l'arrière de l'ile de la Saint Louis), puis longeons le canal de l'Arsenal jusqu'à Bastille. Nous continuons vers le Nord afin de faire honneur au canal Saint-Martin fermé à la circulation. Si le coeur nous en dit, nous pouvons d'ailleurs poursuivre sur le canal de l'Ourq. Plus raisonnables, nous sommes cette fois-ci redescendu de République vers l'hôtel de ville en passant par des petites rues du Marais. On arrive alors au pic de pittoresque de la course. Nous courons sur les quais, profitant de la vur sur l'île Saint-Louis, puis traversons la cour du Louvre sous les crépitements de flashs internationaux, avant de faire le tour des Tuileries. Il est alors temps de rentrer, traversant le pont des Arts et l'Assemblée Nationale pour serpenter dans le quartier Saint-Germain. Arrivés à Saint-Sulpice, nous sommes à deux pas des jardins du Luxembourg. On y fait le tour du Sénat, avant de remonter le jardin de l'Arsenal, de longer la clinique Saint-François d'Assise (qui a vu la naissance de Gael), et d'arriver à la maison! 19km550 en 2 heures. Et un parcours de grande classe, n'est-il pas?
PS: Ca n'a rien à voir, mais Gael étant fan de poissons, je lui ai organisé une ou deux séances Youtube de visualisation de ces bébétes. Et je suis tombé sur cette vidéo, que je trouve très belle et apaisante (pour de vrai, c'est pas des conneries).
Il y a coureur et coureur. On peut courir bêtement, sans but et surtout sans données précises. Ou bien, on peut laisser libre court à sa geekitude (geetikitude en jogging certes, mais geetitude quand même) en investissant dans un petit appareil qui change notre innocente vie de jogger. Une montre GPS avec cardiofréquencemètre! La chose ne se contente pas de donner l'heure et de chronomètrer, non. Elle mesure aussi votre rythme cardiaque, ainsi que votre position grâce au GPS, ce qui permet d'inférer le parcours, la vitesse, le dénivellé, et de calculer tout plein d'indicateurs passionnants à partir de ça! Voici, par exemple, le résultat de ma course de samedi: Vous pouvez immédiatement voir le détail du parcours le long de la Loire dont il s'est agit. La courbe rouge vous montre mon rythme cardiaque au long de cette sortie; vous pouvez vous rendre compte qu'il s'agissait d'un fractionné "doux", comptant quatre séries de 5km au seuil (85% de la FCMax, bande de nazes), entrecoupées de pauses de 7-8 minutes pour retourner au calme. Vous noterez que ces retours au calme se payent, bien évidemment, instantanément sur le plan de la vitesse, figurée en bleu. Je ne manquerai pas de vous tenir informé ici même de l'intégralité de mes sorties (3 par semaine jusqu'au début avril), ce qui mettra pas mal de piment dans l'actualité du blog.
Sise sur une noble plaine verdoyante à deux pas des majesteuses montagnes des Apeninis, la casa della famiglia offre un service tout confort à l'ingénieur harassé par plusieurs mois de labeur ininterrompu. Votre séjour commence alors que notre chef d'équipe vient vous chercher à l'aéroport, et profite du dense réseau routier environnant pour vous emmener dans vos pénates. Commence alors une semaine de détente absolue lors de laquelle toute activité domestique est proscrite. Trois générations de maitresses de maisons chevronnées se succèdent aux fourneaux pour vous faire découvrir des spécialités locales de grande qualité, qui porteront au septième ciel le robuste gastronome qui saura ne pas se formaliser de la quantité de calories absorbées. Le connaisseur raffiné que vous êtes ravira l'assemblée en reprenant une troisième assiette de tortellinis, sans pour autant hypothéquer son secondo. L'absence d'offre culturelle et touristique à proximité vous permettra de vous recentrer sur une saine semaine de remise en forme, placée sous le signe de la gastronomie (déjà mentionnée), du sport pour monsieur et du shopping pour madame, et de la lecture pour tout le monde. Déchargé des contraintes domestiques et professionnelles, et ramolli sous le double effet de la nourriture et du chaleureux chauffage hivernal, il est aisé d'atteindre une moyenne de 150 pages par jour. Mais la spécialité dans laquelle notre équipe excelle, c'est d'abord et avant tout la garde d'enfant, de jour comme de nuit. Nous serons ravis de proposer à votre bimbo une série de plats sur mesure où le risotto le dispute aux tortellinis. Et entre ces plats, de nombreux animateurs prendront en main les distractions de l'enfant. Dès que le maitre de maison donnera quelque signe de faiblesse (elle commence à poindre après trois bonnes heures de portage aux ordres de l'enfant), des tantes compétentes prendront la suite sans que le chérubin ne souffre de l'absence de sourires et de stimulation plus d'une demie seconde. C'est notre engagement, un engagement au service du client. Pour vos vacances détentes, pour vos vacances amorphes, choisissez la casa della famiglia! Le prix de la prestation est modique: quelques vagues cadeaux, qui vous seront retournés au centuple, et pour une bonne part en monnaie sonnante et trébuchante. Et enfin, l'été, vous serez ravis de profiter de notre dépendance en haute altitude pour profiter de la quiètude habituelle au frais.
PS: Afin d'améliorer notre service, nous avons récemment, suite aux demandes pressantes de nos meilleurs clients, muni notre chambre d'hôte d'un accès Internet haute vitesse, et par ailleurs nous avons muselé la TV. Quand aux irruptions intempestives de semis-étrangers dans la maison, nous y travaillons avec quelque succès.
On pourrait s'attendre à ce que, arrivés au sommet, nous nous complaisions dans notre quant-à-soi satisfait, fermés sur les autres. Voire que, jaloux les uns des autres, nous nous complaisions dans de mesquines querelles. Et bien vous seriez surpris de constater que nous autres, les bloggers à succès, sommes unis par un esprit de joyeuse camaraderie, sans concurrence aucune. C'est donc sans arrière-pensée aucune que je suis heureux de recommander à ceux d'entre vous qui ne le connaissent pas encore le blog de boulet, le blog BD le plus visité du web francophone. En bon blogger qui se respecte, l'auteur nous gratifie périodiquement de notes sur des sujets divers, que ce soient des anecdotes du quotidien, générales (là, là, là) ou particulières à l'auteur (là, là, là), voire des petites réflexions philosophiques (là, là,ou là) ou quelques envolées poétiques (là ou ailleurs mais je retrouve pas, cherchez vous même!). Mais son fond de commerce reste d'abord et avant tout les anecdotes étudiantes (là, là, là, là), et des histoires de geek (là, là, là, là). Monsieur Boulet ne se contente pas d'avoir de bonnes idées de blagues qu'il pourrait se contenter de raconter à la va-vite. Au contraire, il les amène incroyablement bien (cette histoire de raclette par exemple), ou les illustre sous pléthore d'angles différents, avec une invention graphique renouvelée quasiment à chaque case. Bref, non seulement on se marre comme des baleines, mais en plus c'est de la grande qualité. Et certaines notes font même un bien fou (par exemple celle là et celle là)! Je vous conseille d'y goûter par les liens experts que je vous ai indiqué (et qui m'ont pris une petite heure à reconstituer!), mais si vous décidez de vous plonger plus avant dans l'historique de son blog, je vous signale que les notes sont éditées sous forme de BD. C'est autrement plus confortable...
On me demande souvent quel peut bien être l'intérêt de tenir un blog (fût-ce au rythme fort peu soutenu que je suis depuis un certain 14 avril 2008). La chose est peu évidente, et parmi les nombreux arguments que j'ai mis en avant au fil des années (mettre ses idées au clair, tenir la famille/les amis au courant des coups de coeur et de gueule, etc), il en est un qui est indiscutable - et égoïste. Il me permet de garder trace des différentes sorties que j'ai faites, des concerts que j'ai vu, des CDs que j'ai écouté et des films que j'ai vus au ciné dans l'année! 2009 touchant à sa fin, il est l'heure de repasser mes chroniques cinés de l'année passée pour établir mon incontournable Top 10 2009. Je précise qu'il s'agit des films que j'ai vus dans l'année, ce quine veut pas nécessairement dire qu'ils soient sortis en 2009; Il Divo et Louise Michel sont en fait apparus en salle fin 2008. Mais trêve de blabla, rompons le silence, le verdict est le suivant:
4- Harvey Milk. 5- Welcome. 6- Louise-Michel. 7- Inglorious basterds. 8- Là haut. 9- Qu'un seul tienne et les autres suivront. 10- Les beaux gosses.
Comme vous l'aurez compris par le subtil saut de ligne qui les sépare des films suivants, les trois premiers de la liste sont pour moi au dessus du lot. Absolument sublimes. Et assurément inoubliables. D'autre part, fidèles et attentifs comme vous êtes, vous n'aurez pas été sans remarquer la présence de deux films dont je ne vous avais pas encore parlé. C'est que, voyez-vous, j'ai mis à profit mes trois jours de célibats récent pour rattraper quelque peu mon retard.
Commençons par Inglorious basterds, le film déjanté de Tarantino sur un groupe de chasseurs de nazis. J'ai longtemps hésité à aller le voir tant je n'aime pas voir un type immature comme Tarantino s'amuser sur un tel sujet. Evidemment, les artistes sont libres de raconter ce qu'ils veulent de la façon qu'ils le veulent. Mais pour que moi je ne me sente pas mal à l'aise, j'ai besoin de sentir que le gars est clair dans ses intentions quand il aborde l'Holocauste. J'aurais aimé qu'il dise qu'évidemment le sujet historique est grave, qu'il ne relativise absolument pas la responsabilité nazie dans ce génocide, mais qu'il avait envie de ce cadre pour planter un western comme il sait les faire. Des platitudes certes, mais qui désamorcent un sujet très glissant. Or, je suis tombé sur une interview dans le Spiegel exactement à l'opposé. Tarantino se prenait maladroitement les pieds dans les arguments style "je ne juge pas, personne n'est ni tout blanc ni tout noir", ce qui s'applique effectivement bien au film mais est évidemment très malheureux en la circonstance. J'ai donc pris la noble décision de boycotter le film. Pendant des semaines, j'ai tenu. Mais finalement, à force d'entendre des comptes rendus enthousiastes, j'ai fini dans un moment de faiblesse par craquer. Et, comme vous pouvez en juger par la bonne place dans mon palmarès, j'ai malgré tout beaucoup aimé le film. La scène d'ouverture (un nazi fait craquer un villageois hébergeant des juives par un long dialogue dans un suspence à couper au couteau) est magistrale, mais à la lueur de mes réserves, il a presque achevé de me convaincre de quitter la salle. Presque, heureusement, car Tarantino a ensuite le bon goût de cesser toute scène malsaine de chasse au juif, pour nous plonger plutôt dans une chasse aux nazis sans prétention. Avec des personnages de cartoon. Des gros effets. De la musique qui pète. Des dialogues au cordeau. Des personnages ou des scènes entières dynamitées pour un trait d'humour. Bref, un truc réjouissant, techniquement superbe, qui fait bien plaisir à voir. Et en plus, les quatre langues parlées dans le film (français, anglais, allemand et italien) sont aussi les notres, ce qui fait qu'on peut se la péter à ne pas lire les sous-titres! Et donc soit Tarantino a bien raté son interview, soit il a bien été encadré par ses producteurs pour éviter la faute de goût majeure.
Et le petit dernier est Qu'un seul tienne et les autres suivront. C'est un petit film français fraichement sorti, et dont la jeune réalisatrice, dont c'est le premier film, cumule les prix de mise en scène. On suit trois histoires (la maman qui veut rencontrer l'assassin de son fils, la jeune fille qui veut revoir son amoureux emprisonnée, et le brave mec qui doit prendre la place d'un taulard pour quelques jours) qui vont se rejoindre dans une scène finale au parloir de la prison. Quelle maitrise! Chaque histoire est forte, parfaitement maitrisée et superbement jouée. Tout sonne juste et, coup de maitre, on ne se lasse pas de passer d'une histoire à l'autre bien qu'elles ne soient pas vraiment reliées. Le film m'a scotché du début à la fin, non par l'enjeu des intrigues, mais par l'humanité des personnages et des situations, admirablement rendues par acteurs et réalisatrice. Apparamment simple, mais superbement juste.
Je suis donc maintenant en mesure de vous livrer la liste de mes albums préférés de l'année 2009 - à temps pour des cadeaux de Noël de dernière minute? Avec le recul, c'est une bien bonne année. A part le live de Lantoine que je place très très haut, les autres albums sont assez homogènes (de sorte que je ne sépare pas, comme l'année dernière, les cinq premiers des autres). Ce qui ne veut pas dire qu'ils soient moyens! Tout cela, c'est du très très bon. D'ailleurs, quand on voit que Ben Harper, Syrano ou Gossip doivent pointer dans la deuxième partie du classement, et que Manu Chao, M ou Mickey 3D n'ont même pas l'honneur d'y figurer, c'est bien que le niveau est très élevé. Mais trève de blabla, voici le verdict:
1- Loïc Lantoine - à l'attaque. 2- Java - maudits français. 3- Monsieur Roux - un été caniculaire. 4- Sanseverino - les faux talbins. 5- Peter Doherty - Grace/wasteland. 6- Ivan avec un I. 7- Ben Harper - white lies for dark times. 8- Syrano - le gout du sans. 9- Placebo - Battle for the sun. 10- Gossip - Music for men.
Notre emploi du temps chargé de fin d'année repousse encore et encore la chronique musicale que je m'étais promis d'écrire, et qui est rendue urgente par le fait que j'aimerais conclure comme d'habitude l'année par le top 10 des albums que j'ai préféré, de sorte que je profite du court temps mort pendant lequel j'ai pu échapper à l'attention de Gaelou pour vous livrer une chronique rapido.
Je commence par trois albums sympatoches, mais que je n'ai pas trouvé inoubliables. Le clan des Miros, de Renan Luce, confirme l'impression de l'album précédent. Les textes sont bien troussés, les mélodies efficaces, et il serait bien dommage de ne voir en ce chanteur qu'un animal médiatique destiné à charmer les minettes propres sur elles. Son album est agréable, mais on ne s'en relève pas la nuit. Ca me fait bien plus mal de dire cela de Rentrer au port de Mano Solo, mais mon verdict est cruellement le même: agréable mais oubliable. Le garçon reste un solide monument dans mon panthéon personnel après avoir aligné album coup de poing sur album coup de poing, sans oublier de courageusement se renouveler au fil des années... du moins jusqu'au disque les animals. Les deux productions qui le suivent (dont rentrer au port) me laissent plus froid; elles ne sont pas désagréables et restent troublantes d'intensité par moment, mais elles accrochent bien moins mon oreille et mon attention que les albums précédents. Ca me chagrine doublement: d'une part j'ai la plus haute estime pour Mano, et d'autre part les critiques ne relaient pas du tout mon impression, de sorte que j'ai peur de passer complètement à côté de quelque chose. Est-ce moi qui ne suit plus capable de me laisser absorber par le même genre de chansons qu'avant? Je ne crois pas, mais mon sentiment sur le dernier disque de Volo - en attendant - plaide en ma défaveur. Une ou deux perles en émergent (Réguler, Il parait), mais le reste de l'album m'est apparu relativement plat bien que sympathique. Désolé les gars...
Pour autant, je ne suis pas définitivement devenu imperméable à l'ensemble de mes groupes favoris puisque j'ai beaucoup aimé le deuxième opus des aventures de Pit'Ocha, le héros dont les ogres de barback suivent les aventures dans leurs albums adressés aux enfants. Un album jeunesse, c'est forcément particulier, mais celui-ci a trouvé grâce à mes grosses esgourdes d'adulte d'une part parce que la musique est travaillée en diable (ce qui ne surprendra pas les fans des ogres), et d'autre part les textes ne sont pas niais... et même parfois succulents quand Pit'Ocha s'en prend à notre président! Et oui, ils ont beau s'adresser à un très jeune public, les ogres ne peuvent pas s'empêcher d'en mettre une couche sur le petit Nicolas! Mickey 3D ne se prive pas non plus de ce plaisir dans la grande évasion. Ce groupe aussi est parfaitement fidèle à son habitude. Des textes denses et bien foutus, portés par une musique très solide, et défendus par un chant très particulier. Le débit monotone du chanteur m'a toujours un petit peu rebuté, mais les histoires qu'il raconte sont si bien construites, et la musique si bien en place, que mes réserves ont été largement balayées.
Mais de toute cette moisson, j'ai vraiment vu un album sortir nettement du lot. Il s'agit des faux talbins de Sanseverino. Vous aurez certainement compris à la lecture de mes chroniques musicales que j'ai beaucoup de respect pour les groupes et chanteurs qui prennent le risque de se renouveller. Sanseverino est un coutumier du fait, mais ça n'a pas été jusqu'alors une absolue réussite dans ses albums studios. (Je ne fais pas ici de litote: j'ai vraiment apprécié ses albums précédents, mais ils n'étaient pas parfaits à mon sens.) Je ne jetterais par contre rien dans les faux talbins. Après le jazz manouche et le big band notamment, nous voici plongés dans une ambiance très années 50 dans un album aux teintes de variétés qui se concentre particulièrement sur le destin des petits bandits de l'époque. Ce décor rapidement planté est d'ailleurs assez réducteur puisque l'ambiance varie beaucoup d'une chanson à l'autre, passant de la gaudriole au plus frontal désespoir. Si la tonalité change, la maitrise musicale et la fougue des textes reste inchangée. L'album est à la fois réjouissant et un peu régressif par moments, tout en restant très haute qualité dans la musique comme dans les textes. Respect.
Sauras-tu classer ces deux photos dans l'ordre chronologique? Oui, parce que je ne veux pas vous lasser, mais j'ai couru il y a quinze jours un brillant semi-marathon (de Boulogne) dans le temps record d'1h39. Et oui, 8 minutes de mieux qu'il y a six mois. 12 premiers kilomètres dans un rêve, 6 kilomètres suivant sans trop de peine, mais trois derniers kilomètres vraiment dans le rouge. Et de ces deux photos, une a été prise au 20ème kilomètre, et l'autre au dixième...
Dévoré par la pression, Gael est loin de se la couler douce. Il sait qu'il est à quelques jours de se retrouver mis en scène dans un des montages que le blog publie régulièrement. Alors il s'entraine d'arrache-pied. Pour vous en mettre plein les yeux (et les oreilles).