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mardi, juillet 27, 2010

Mon animal totem


Vous connaissez mon naturel enjoué et guilleret. Je peux cependant vous dévoiler une technique infaillible faisant chuter instantanément mon humeur. Petite étude de cas.
Par une belle journée de printemps, profitant des premiers beaux jours, je me rends au parc avec mon fils. Je rayonne la joie et l'optimisme. Soudain, c'est le drame: dans un instant de naïveté, je m'oublie et détourne le regard vers la vitrine d'un agent immobilier. J'y lis quelques chiffres. Mon visage s'assombrit. Mes mâchoires se serrent. L'après-midi est foutue.
Ou encore: une soirée super-sympa avec de bons potes. On a bien bouffé, un repas sévèrement arrosé et on attaque le digestif en refaisant le monde. Bêtement, l'alcool aidant, on oublie le règlement tacite: ne jamais parler d'immobilier. L'ambiance retombe. Les regards se font sérieux et se perdent dans le lointain. La soirée est finie.

Dieu sait que je suis prompt à m'enflammer sur tous les sujets qui choquent ma conscience sociale. Mais les prix de l'immobilier présentent une grande originalité. C'est en général en pensant aux autres que je me scandalise, en me mettant ceux qui n'ont pas la chance d'avoir une situation aussi confortable que la mienne, et qui se retrouvent exposés à divers aléas que je trouve injustes.
Pour ce qui concerne l'immobilier, j'expérimente une frustration bien plus personnelle. Certes, la quasi totalité de la population en souffre aussi, et souvent beaucoup plus intensément que moi. Mais je dois avouer que ces considérations ne me parviennent qu'en seconde analyse. Ce que je ressens comme une évidence, dans une fulgurante immédiateté, peut être assez justement résumé comme suit: je l'ai dans le cul, chaque année plus profond, et je ne peux rien faire.

Le constat est banal: l'immobilier est hors de prix à Paris. Seulement, je trouve qu'on a trop tendance à considérer la chose comme une espèce d'immuable loi naturelle. On a tôt fait de trouver mille explications conjoncturelles (l'investissement dans la pierre en période de crise notamment), ou démographique (on est plus et donc c'est plus dur de trouver un appart' dans Paris). Plutôt que d'essayer de réfuter ces explications dans le détail (pour le plaisir: l'immobilier monte en temps de boom comme en temps de crise depuis 10 ans; la population a dû augmenter de 8% en 10 ans, tandis que les loyers grimpaient de 100%), j'ai deux grands arguments:
  • On voit de tout dans les capitales. Berlin coûte 3 fois moins cher, Londres 3 fois plus cher (à la louche. ca dépend des quartiers, mais l'ordre de grandeur est celui-là). Va chercher une loi naturelle dans ces conditions!
  • Surtout, je ré-attire votre attention sur l'édifiante courbe de Friggit que j'avais déjà incluse dans ce blog. Elle y montre que le prix de l'immobilier est resté constant par rapport aux revenus des ménages entre 1960 et 2000, et ce que ce soit à Paris, dans l'Ile de France ou en Province. Seule exception: une bulle à Paris, débutée en 1985, et dégonflée depuis la guerre du Golfe.
Cela me semble déjà mériter une parenthèse: en 1985 aussi, on trouvait d'excellentes raisons pour expliquer l'augmentation délirante constatée. Et puis, un événement qui n'a absolument rien à voir a affolé tout le monde, et les prix ont chuté. Ca vous évoque plutôt des tendances de fond ou une fièvre speculative, ce genre de comportement?
Quoiqu'il en soit, après une très longue période de stabilité qui semble démontrer l'existence d'un équilibre économique (on utilise raisonnablement x% de son revenu pour se loger), depuis 2000, c'est l'explosion. A Paris bien sûr (x1.9). Mais aussi en Ile de France (x1.8), et en Province (x1.7).

Alors, ami lecteur, quel plus beau dindon de la farce peut on imaginer qu'un ingénieur achevant sa formation en 2001? Et oui mon coco, si tu étais arrivé 10 ans plus tôt, tu aurais pu te payer sans trop de problème un joli 4 pièces à Paris. mais tu es né trop tard, et tu peux tout au plus rêver d'un deux pièces un peu branlant, avec un emprunt à 25 ou 30 ans!
Soyons sérieux deux secondes. Si un mec qui a le pot de sortir avec un diplôme très apprécié, et dont le salaire se trouve dans les plus haut percentiles du pays (ça veut dire qu'il est dans le top 5% ou quelque chose comme ça des revenus), avec en plus un arrière-fond familial respectable pour rassurer le banquier, ne peut envisager qu'un trois pièces riquiqui à 3-4 stations de RER de Paris, c'est qu'il y a maldonne.
Qui peut s'offrir un appart' raisonnable à Paris sur la base de son seul travail? Quelques avocats d'affaires, quelques toubibs, quelques financiers, point barre. Et encore, quelle absurdité que de constater que ces quelques métiers, les mieux récompensés par la société (pour des apports très divers, je suis d'accord avec vous) peuvent au max s'offrir un quatre pièce à Paris. Bravo mon gars, vous étiez 10000 au départ, tu es arrivé le premier, tu as bien mérité 65 m²! Ca c'est de la méritocratie!
Autrement dit: sauf rare exception, personne ne peut se payer d'appart' à Paname, parmi les centaines de milliers de ceux qui pourtant existent et ont donc un propriétaire. Comment cela se fait-ce? Et bien c'est tout simplement que personne ne peut se le payer avec son travail, mais ils sont plein à se les payer avec leur patrimoine. Leur capital.
Evidemment, si pépé te lègue 5 appart', tu n'auras aucun mal à en acheter quelques autres pendant ta vie! Récupérer 5000 euros tous les mois à rien foutre, ça permet d'envisager l'avenir avec sérénité.
De constater quotidiennement cet indéfendable écart entre une minorité de possédants, évidemment majoritairement âgés, et une majorité de couillons (dont je suis, avec 99% des jeunes du pays) qui peuvent se débattre tant qu'ils veulent mais n'ont de toute façon aucune chance d'accrocher le rêve un peu fou d'avoir une cinquantaine de mètres carrés à eux, le temps de leur petite vie, ça me mets les nerfs. Je suis impuissant. Je ne peux que regarder les prix monter, monter, monter encore, et espérer qu'une guerre du Golfe ramène les spéculateurs à la raison.

Ce billet se fait long, je vais donc conclure sans quelques digressions que j'avais pourtant en tête. Une précision majeure tout de même: pour les besoins de la façon dont j'ai voulu dérouler mon histoire dans ce post, et pour vous expliquer honnêtement les raisons d'une colère viscérale, peut-être plus viscérale encore que d'habitude, je me suis centré sur mon petit cas personnel.
La première conséquence est que je me suis concentré sur le cas de Paris, cas paroxystique il est vrai. Cela dit, la courbe de Friggit montre bien que le comportement est global: ma génération devra suer bien plus que la précédente pour vivre dans plus petit, où qu'elle soit. Et on pourrait attendre des loyers plus raisonnable à Paris, même s'il est normal qu'ils soient bien plus élevés qu'en Province. Encore une fois, je ne vois pas de loi naturelle interdisant que les prix soient deux fois plus faibles (d'ailleurs ils l'étaient il y a 10 ans).
Mais la précision la plus importante est que mon cas reste celui d'un grand privilégié. Je ne perd évidemment pas de vue que les prix exorbitants de l'immobilier ont des conséquences infiniment plus sévères sur les employés moins bien lotis que moi, contraints de s'exiler à des heures de trajet de leur lieu de travail. Un travailleur sérieux devrait, même dans un monde libéral, pouvoir se loger dans des conditions raisonnables de confort et d'éloignement.

Une dernière interrogation pour la route. Etant donné que virtuellement tout le monde constate le phénomène, et que chacun en souffre au quotidien, comment se fait-il que la question ne devienne jamais politique.
Puisqu'il y a définitivement quelque chose qui ne va pas dans le mécanisme de fixation des prix de l'immobilier, se traduisant par un déséquilibre caricatural au détriment du travail, pourquoi diable n'y a t-il pas de formation politique pour proposer de réguler la chose?
Et pourquoi les citoyens ne les forcent-ils pas à se positionner sur cette question?

jeudi, juillet 01, 2010

Retraites


Puisqu'on me le réclame sur tous les canaux, je m'en vais mettre à profit cette deuxième soirée successive sans foot pour vous parler un petit peu des retraites. En fait, ce post va constituer une rapide et imparfaite paraphrase de l'excellente série de trois articles parus sur le sujet dans arretsurimages.net. J'incite les fidèles abonnés que vous devez être à vous y jeter sans délais, et aux quelques rares de mes lecteurs qui n'ont pas investi les risibles 35 euros annuels nécessaires à s'abonner à réparer cet oubli prestement.
(En plus, maintenant, Didier Porte va effectuer la chronique hebdomadaire qu'il ne peut plus tenir sur France Inter sur arretsurimages.net)

Ces articles commencent par dénoncer une dramatisation exagérée. On nous agite le chiffon d'un incommensurable déficit (2 600 000 000 000 d'euros cumulés en 2050, rien que ça) pour nous vendre les plus drastiques des réformes comme étant inéluctables. En fait, le problème (tout à fait réel) est ramené à de plus justes proportions quand on dit que le poids des retraites devrait passer de 13.4% de la richesse nationale aujourd'hui à 15.3% en 2050 (dans le scénario moyen retenu par le gouvernement). Ça a l'air plus humain, non?
D'où vient donc cet empressement gouvernemental? Et bien du fait que le déficit des recettes s'est creusé très spectaculairement dernièrement (30 milliards). Seulement, c'est un effet purement conjoncturel dû à la crise économique, et non pas une conséquence de l'évolution démographique de fond.
Le déballage de l'artillerie du report de l'âge à la retraite semble donc surtout avoir l'effet bénéfique de permettre au gouvernement de se donner un peu d'air à court terme, ne serait-ce que pour rassurer les pauvres petits marchés qui sont assez tatillons par les temps qui courent. Et ce d'autant plus que le recul de l'âge de la retraite amène tout une série d'effets de trésorerie bénéfiques à court terme...

Passée cette première analyse, on peut se tourner vers l'argument de fond, qui nous est assené encore et encore avec d'autant plus de bonheur qu'il a l'air d'une indéniable logique: puisqu'on vit plus longtemps, il faut travailler plus longtemps.
Là encore, le constat doit être ramené à de plus justes proportions. Si l'espérance de vie augmente de façon spectaculaire, c'est essentiellement (et heureusement) parce que les morts prématurées (dont infantiles) sont évitées de plus en plus souvent. L'espérance de vie à 60 ans progresse elle aussi, mais plus modestement: d'un peu moins de 5 années depuis 1980 (contre les 10 ans annoncés par le gouvernement).
Cela doit être évidemment nuancé par le fait que ce gain est réparti très inégalement dans la population (rare contre-argument audible). Et il est même établi qu'un retard de l'âge à la retraite fera reculer l'espérance de vie!
Mais il est aussi un autre indicateur qui a retenu mon attention. Savez-vous que l'espérance de vie "en bonne santé" (c'est-à-dire sans limitation d'activité) est de 64 ans pour les femmes et de 63 ans pour les hommes? On voit à quel point les quelques années dont il est question sont cruciales: on ne parle pas de réduire la durée moyenne de la retraite de 10%, mais de diviser par deux la durée de la retraite en bonne santé!

Grâce à ASI, le problème est donc ramené à de justes proportions, à la fois économiques et démographiques. Cela dit, il n'en reste pas moins qu'il manque des sous!
Dans la dernière partie de leur enquête, les journalistes passent au crible les trois voies de financement proposées par les partis politiques. Une évaluation à la lueur des très brumeuses projections à 40 ans du fameux rapport du COR.
La solution du gouvernement, outre qu'elle peut paraitre injuste (non?), ne permet d'améliorer le solde que de 17 milliards en 2030, alors qu'il en manque 45 dès 2020. La méthode des socialistes consiste à piocher des sous de ci de là pour rassembler la somme en question, mais elle est très vague par endroit. Un mystérieux plan senior doit notamment ramener 6 milliards d'euro en réduisant fortement le chômage des vieux.
Reste le traitement de l'extrême gauche: prendre de l'argent ailleurs, en taxant ou réduisant les dividendes.

Est-il la peine que je vous dise quelle est ma préférence?
(Pour les lecteurs me connaissant mal: ET BIEN ON POURRAIT POUR UNE FOIS PRENDRE L'ARGENT OU IL SE TROUVE! Et taxer pour changer le capital, nom de Dieu! Vue la conjoncture, il n'y a pas eu récemment de moment où de telles mesures seraient reçues plus favorablement, d'ailleurs.
Et puis, ce serait rigolo qu'on sorte de la logique "faut surtout pas faire de mal aux marchés parce que sinon les investisseurs ils vont déserter et on va tous mourir". Juste pour voir, une fois, comme ça...)

lundi, avril 19, 2010

La preuve de l'arnaque


Regardez bien cette jolie courbe (trouvée là et détaillée là).
C'est tout un poème. Elle montre les prix du logement rapporté au revenu des ménages. Elle révèle une longue longue période de stabilité, lors de laquelle l'immobilier reste dans un tunnel de 10% autour d'une valeur stable. Elle est seulement interrompue par un bond parisien commencé en 1985, et promptement corrigé à la faveur du "krach" de 1991.
Et après 37 ans de stabilité, en 2002, alors que ma génération commence à bosser et donc à pouvoir envisager de s'acheter quelques murs à elle, que croyez-vous qu'il advint? Un bond phénoménal, partout en France, et atteignant un succulent facteur 2 à Paname.
De bien belles courbes, toutes droites tendues vers une partie charnue de l'anatomie de ma génération.

dimanche, août 02, 2009

Indispensable Arrêt sur Images

Chers lecteurs,
non je ne suis pas encore disparu corps et bien dans l'oisiveté de molles vacances bien méritées!
En attendant des posts plus conséquents, je me permets de vous indiquer cette excellente émission d'arrêt sur images qui a été déclarée d'intérêt public par les abonnés, et est donc accessible gratuitement à tout un chacun.
Outre le plaisir de renouer avec cette indispensable émission,vous vous devez de lui consacrer 80 minutes de votre précieux temps pour quatre excellentes raisons:
  1. Le thème de l'émission: l'inconséquence des médias qui n'ont pas vu venir la crise, et n'en ont (eux aussi) tiré aucune leçon en gardant les mêmes intervenants (les "spécialistes") qu'avant pour éclairer notre lanterne, et en posant les mêmes questions flagorneuses qu'avant aux hommes politiques. C'est aussi l'occasion de quelques analyses éclairantes sur la "criminalisation" des banquiers qui évite de se poser trop fort les bonnes questions pour réformer le système.
  2. L'invité: il s'agit de l'indispensable économiste Frédéric Lordon, qui allie clarté d'analyse et rhétorique rigolote. Il est déjà connu et apprécié des auditeurs de Là-bas si j'y suis, chez qui il intervient régulièrement (je vous conseille cette émission relativement récente, ainsi que celle qui parle d'une pétition dont je vous ai entretenu précédemment, et plus encore ce cycle consacré aux années 80 et son virage libéral). Notez qu'il développe son idée aussi dans cette vidéo juste et jubilatoire d'acrimed.
  3. La présentatrice: Maja Neskovic. Schneidermann profite de l'été pour céder son siège de présentateur à quelques anciens collaborateurs, ce qui nous permets de renouer avec le style frais et inimitable de Maja. A titre d'illustration, voici comment elle a formulé la thématique de l'émission:
"Avec la crise, j'ai cru qu'à la télé, dans les journaux, ça allait changer. Qu'on allait tous les virer, ceux qui étaient censés nous informer mais qui n'avaient rien vu venir, les experts qui se succédaient sur les plateaux pour nous dire que le marché ça s'autorégulait et qu'il ne fallait pas s'inquiéter. J'ai attendu l'émission spéciale en direct présentée par Marie Drucker, Arlette Chabot et Laurence Ferrari, où ils seraient tous tout nus et où on leur repasserait leurs déclarations de l'époque. J'ai attendu, attendu, et rien n'est venu."
  1. Enfin, j'apprends à la lecture du Spiegel que les financiers de Goldman Sachs et JP Morgan repartent en guerre comme à la grande époque puisqu'ils ne semblent retenir de la crise qu'ils ont causé que des conséquences très pragmatiques: faut laisser passer l'orage pour ensuite bondir sur les bonnes occasions d'investissement facile permises par le paysage industriel et bancaire désolé. C'est donc reparti pour des prises de risque à gogo (sachant bien qui payera pour sauver leur tête en cas de problème), avec bonus à la clé (ou plus exactement augmentation de leur salaire (de 50% Citigroup, menant à un salaire moyen de 770 000 euros l'année pour les banquiers de Goldman Sachs) puisque c'est un peu plus discret que les bonus).
Bien qu'ayant une piètre image de la finance, je ne pensais pas qu'ils oseraient reprendre aussi ouvertement leurs tranquilles habitudes moins d'un an après que les politiques aient débloqué des aides farimineuses pour sauver leurs fesses. Comme évidemment les financiers ne changent pas, mais surtout comme les politiques ne se décident toujours pas à vraiment modifier les règles du jeu, il ne reste qu'à entretenir notre juste colère en regardant ce type d'émission, et en espérant que ces analyses deviennent tellement évidentes qu'on finira par vraiment changer les choses. Je vous accorde qu'elles peuvent difficilement être plus évidentes, mais il semble que ça ne suffise par encore.

Je vous fais grâce de cette dernière motivation qui m'est plus personnelle. Mais il reste au moins trois excellentes et indiscutables raisons de regarder cette emission sans tergiverser plus avant (surtout par ce temps pourri).

samedi, février 28, 2009

samedi, octobre 04, 2008

De crisae economicam

Je ne peux pas dire que la crise financière actuelle m'ai surpris. Non pas que je l'ai prédite bien sûr, je n'entend rien à la mécanique subtile des produits financiers mise en jeu, comme tout le monde. Y compris les financiers eux-même d'ailleurs, comme il nous est apparu récemment.
Mais il ne fallait pas être grand clerc pour se douter que cette sphère super-active, qui avançait toujours plus vite et sans aucune règle dans son petit monde, allait finir par se manger un mur un de ces quatre. On ne roule pas à 100 à l'heure, tous feux éteints, dans la direction qui nous arrange le plus sans risquer l'accident, quand même.
Je ne suis pas surpris, mais deux points particuliers me semblent particulièrement intéressants.

Je suis d'abord stupéfait par le retournement complet de l'opinion - ou plus exactement de l'image de l'opinion publique qui nous est transmise par les médias et les politiques - sur le sujet. Il y a encore un an et demi, tout le monde semblait cautionner le système économique international. Les altermondialistes restaient une minorité folklorique, mais les gens sérieux s'entendaient à dire que le monde tel qu'il était fonctionnait finalement assez bien.
Certes, il semblait y avoir de l'abus parmi les golden boys de la finance, mais on ne le disait pas trop fort, étouffé par la honte de ne pas comprendre du tout comment fonctionnaient les choses dans cette petite bulle qui gouvernait le monde. Il fallait bien se rendre à l'évidence que c'étaient eux qui comprenaient comment tournait le monde, et pas nous. Il n'y a avait qu'à voir leur niveau de vie, et leur ton assuré quand ils s'exprimaient dans les médias.
Petite parenthèse: je ne croyais pas ça possible, mais je me prends à regretter amèrement le départ de Jean-Marc Sylvestre de France Inter. J'aurais bien aimé voir comment il analysait la situation... J'envisage de m'abonner à LCI pour le regarder se dépêtrer de ses contradictions. Fin de la parenthèse.
Et bien maintenant que les financiers se sont plantés, nous voila complètement désinhibés. Chacun peut dire ce qu'il pense sans arrière pensée. Et l'on découvre - surprise - que 90% de la population a le plus grand mépris pour ces charlots de traders, et ce depuis toujours. Une opinion qui était très minoritaire dans les médias, et assez peu représentée sur l'échiquier politique.
On pourrait d'ailleurs même se demander si la montée de l'extrême gauche aux élections ne serait pas qu'un vote protestataire idiot, mais si peut-être ces gens là sont sincères. Voire si les gens qui ont voté "non" à la Constitution Européenne n'étaient pas que des bourrins aveuglés par la colère et le mauvais vin. Passons.
Bref, pour résumer ce premier point, j'ai sincèrement été étonné de découvrir qu'une très large majorité de la population méprisait la finance, mais qu'ils n'osaient pas s'exprimer et étaient étouffés par un discours dominant complètement à l'opposé. Ca fait du bien de se sentir moins seul, à tel point que je dois avouer que cette crise me réjouis plus qu'elle me fait peur. (Si c'est pas malheureux, pour un père de famille...)

Le second point est plus anecdotique. Quoique.
Parmi les nouveaux mots dont on nous abreuve (titrisation, crédits pourris, prêt revolving, et tout ça), il y a un terme qui me frappe tout particulièrement. L'économie réelle.
La crise atteindra-t-elle l'économie réelle? Oh mais non, ma bonne dame, vous n'avez rien à craindre, le système français est solide. Jamais les crédits pourris ne rejailliront sur l'économie réelle, ah non alors.
L'économie réelle. Et on nous balance ça comme si c'était évident pour tout le monde. Comme si, depuis les décennies qu'on nous bassine avec le beauté, la puissance, la modernité de la finance, on nous avait clairement expliqué que c'était de l'économie virtuelle. Un joujou abstrait, qui a son importance mais qui quand même n'a pas la solidité de l'économie réelle.
Alors d'un côté je suis bien content d'apprendre que tout ce que nous créons à la sueur de notre front ne vive pas dans le même monde que les milliards manipulés en quelques secondes par les traders. Que le 50 000 milliards d'euros de création de richesse et service de part le monde l'an dernier ne soient pas comparables aux 500 000 milliards d'échanges financiers qui ont eu lieu. Bien content.
Mais je me demande. Il vaut mieux devoir 5000 dollars réels ou 20000 dollars virtuels? Qu'est-ce qui pèse plus lourd: 1 kilo d'euros réels ou 1 kilo d'euros virtuels? Non, dites moi, parce que j'ai bien l'impression que les financiers ils se sont payés des Ferrari réelles et des villas réelles, avec l'argent virtuel qu'ils avaient. Et cet argent virtuel, il l'ont pris sur les bénéfices des entreprises, qui elles créent de la valeur réelle?
Alors de deux choses l'une. Soit effectivement l'économie financière est virtuelle et il est bien dommage que ce soit elle qui ait gouverné nos économies, et par suite nos politiques et nos vies, depuis 20 ans. Soit l'argent virtuel est tout aussi réel que l'autre, et d'une on ferait bien de remettre à plat ce système, et deux on pourrait arrêter de se foutre de notre gueule.

Une très bonne émission d'arrêt sur images sur le sujet se trouve là (Je ne sais pas si elle est accessible aux non abonnés). On y comprends bien des choses sur les raisons de la crise et sur son traitement médiatique. La question de savoir pourquoi elle est incarnée à la télé par des traders virés, plutôt que par les bien plus nombreux particuliers chassés de leur maison y est notamment soulevée.
Et puis je vous signale une analyse intéressante sur les dégats de la pensée positive (vous savez, le fait qu'en entreprise il faut toujours être positif, y croire, et jamais douter que les objectifs sont inatteignables). Je l'ai lu dans courrier international, mais il se trouve aussi ici. Et le lire sur boursorama.com, je trouve ça exquis!

dimanche, mars 30, 2008

Avez-vous signé la pétition?

Comme tous les quatre ou cinq ans, les grandes institutions financières ont galopé droit dans une crise majeure, qui nous place devant la sympathique alternative suivante. Ou bien on laisse ces brillants analystes payer le prix de leur conduite inconséquente: ce qui doit faire faillite fera faillite, et ce qui doit survivre survivra. C'est l'attitude la plus morale, et on pourrait même prendre un certain plaisir à voir les arrogants financiers punis par là même où ils ont péché. Mais la finance est un édifice si instable qu'il est quasi-certain que la crise prendra alors des dimensions formidables, et touchera aussi fortement "l'économie réelle" - c'est à dire nous.
(J'ai d'ailleurs une tendresse toute particulière pour ce nouveau terme "d'économie réelle". Est-ce à dire que les sommes formidables manipulées par les grands gourous de la finance, dont on nous vante la clairvoyance et l'héroïque intrépidité depuis des années, sont virtuelles? Voire qu'elles confisquent de l'argent "réel" pour des jeux "abstraits"? Bref...)

Il ne reste donc que la seconde possibilité, comme à chaque fois: l'Etat doit sauver les plus grands opérateurs financiers afin de circonscrire la crise. C'est ce qui commence à se mettre en place, avec le spectaculaire sauvetage de l'antipathique banque d'affaire Bear Streams par l'administration Bush, pourfendeuse d'interventionnisme devant l'éternel.
L'Américain vivant dans l'incertitude depuis que les prêts idiots qu'on lui a proposé lui ont pété à la gueule doit être ravi que ses impôts servent à soutenir l'institution qui les a inventé...

Parce qu'ils sont fatigués que cette mascarade se répète sans cesse (la crise passée, les financiers oublient très vite ce qu'ils doivent à l'Etat, et repartent de plus belle dans leur enrichissement inconséquent), un groupe d'économistes européens propose de saisir l'occasion pour changer quelque peu les règles du jeu, ainsi que l'explique Fréderic Lordon dans ce passionnant Là-bas si j'y suis.
Pourquoi en effet ne pas assortir le sauvetage par l'Etat de conditions? L'Argentine a par exemple payé très cher les fonds que le FMI lui a concédé: elle a dû appliquer à la lettre ses nombreuses injonctions, et métamorphoser la structure de sa société comme on le lui ordonnait (avec la réussite que l'on sait, d'ailleurs). Pourquoi à l'inverse devrait-on se contenter de donner les sous nécessaires aux banques au bord de la faillite, sans rien exiger en retour?

Puisqu'il faut commencer par un bout, ces économistes proposent de s'attaquer à un point très précis: abroger l'article 57 de la Constitution Européenne qui inscrit dans le marbre la totale liberté des capitaux. Vous savez, cette Constitution que seuls de mauvais européens à moitié xénophobes n'ont pas voulu avaliser?
Et pour, qu'enfin, cette question majeure apparaisse dans les agendas politiques (en particulier des partis de gauche...), ces économistes cherchent à faire du bruit, et ont lancé une pétition sur le sujet. Qui est relayée en France, en italie, en Espagne, en Allemagne et en Pologne.
N'hésitez pas à y jeter un oeil, voire à jeter une oreille à l'émission de LBSJS qui lui est consacrée. C'est tout à fait édifiant - et très argumenté).

(Note: il est parfois difficile de se connecter au site de la pétition. Il faut essayer encore et encore...)

samedi, mars 22, 2008

Si l'UIMM m'était contée

Non content d'être toujours une émission des plus intéressante sur les travers des médias, Arrêt sur Images donne une seconde chance aux citoyens un peu distraits comme moi pour comprendre la vraie portée de certaines informations. Il y a quelques mois, ils m'avaient déjà permis de mieux comprendre la ténébreuse affaire Clearstream en m'encourageant à ne pas me laisser distraire par une péripétie secondaire (le bidouillage des listings pour incriminer des hommes politiques), qui cachait le vrai problème du blanchiment d'argent à niveau quasi industriel, et sur le sol européen.

ASI met en ligne une émission du même acabit consacrée à la caisse noire de l'UIMM. Bien qu'elle plus facile à comprendre que Clearstream (il ne s'agit après tout que d'une bête histoire de corruption), force est de constater que je me suis vite satisfait des explications officielles: il s'agirait d'une ancestrale histoire de financement des syndicats, nous a-t-on dit. Et quand l'affaire revient sous le feu des médias, c'est sur des histoires finalement très secondaires de personnes: Gauthier-Sauvagnac contre Parisot.
Si vous regardez l'émission (qui est accessible à tous les internautes, même aux non abonnés à ASI), vous serez sûrement comme moi sous le coup des questions majeures sur lesquelles nous ne nous sommes pas arrêtés. Est-on sûr de la destination des fonds? Pourquoi personne ne fait-il état de l'hypothèse la plus nauséabonde (et pas la moins probable): une partie de l'argent aurait servi à acheter des votes parlementaires pour des lois écrites par l'UIMM? Pourquoi la justice est-elle exceptionnellement lente sur le sujet, laissant le temps au puissant Gauthier-Sauvagnac de négocier (et monnayer) le pacte du silence avec l'UIMM? Alors que dans le bureau d'en face du juge d'instruction chargé de l'affaire travaille Van Ruinbeck, autrement plus actif sur un dossier impliquant le petit Kerviel? Et pourquoi personne ne souligne t-il que Sarkozy (alors ministre des finances) et Breton ont été mis au courant de l'affaire il y a plus de trois ans, sans rien entreprendre?
En plus, l'émission nous donne l'occasion, en marge de toutes ces questions centrales, de mieux comprendre le quotidien d'un journaliste d'investigation financière... particulièrement succulent quand il raconte que son employeur d'alors, le Figaro, pas particulièrement hostile au Medef, a bien été obligé de publier ses premières révélations.

Bref, je vous encourage à y jeter un oeil, en vous avertissant qu'il m'a fallu bien dix minutes pour accrocher véritablement au débat. Une fois cet effort fait, c'est passionnant, et je pense que le sujet mérite vraiment qu'on s'y attarde une petite heure.
S'il vous reste deux-trois minutes à la fin du visionnage, cet article d'alternatives économiques sur les tenants et aboutissants de la gueguerre Parisot-Gauthier Sauvagnac est aussi très instructif.

vendredi, février 15, 2008

Ils sont vraiment trop forts

C'est à travers de telles perles que je site d'arretsurimages prouve comme il est essentiel: en enquêtant sur ce dont nous ne pensons pas à nous méfier.
Dans l'article en question, ils démontrent que le chiffre, pourtant très plaisant pour moi, des 40% d'augmentation de gains pour les grands patrons du CAC 40 ne veut absolument rien dire. On y apprend entre autre chose que les calculs étaient faits avant la baisse de la bourse, et surtout que seuls les patrons dont les traites étaient en hausse y étaient pris en compte!
Les heureux abonnés d'ASI peuvent dès maintenant lire l'article complet, les autres attendre qu'il soit déclaré d'utilité publique... ou s'abonner!

dimanche, février 10, 2008

Courir moins bête

Avec les beaux jours qui reviennent, je retrouve enfin la motivation pour courir quelques footings. Il était grand temps! Et pas seulement parce que ça va contribuer à réduire un peu mon petit ventre confortable...
Comme je cours en écoutant là bas si j'y suis, ça fait également un bien fou à la tête. Je me rend compte que ce petit oasis de générosité m'avait beaucoup manqué, après deux mois à tourner au pain sec et à Jean-Marc Silvestre.

Je ne saurais trop vous conseiller de vous bloquer 45 minutes pour écouter l'émission suivante (Je vous fais grâce des 10 minutes de répondeur du début, toujours inégales). Elle est basée sur ce chiffre fort, énorme, fondamental, que l'on n'entend pourtant jamais: en 20 ans, la part des salaires dans le PIB français a baissé de 9,3%. Autrement dit, quand en 1987 66% de la richesse produite en France partait dans les salaires, cette part a chuté à 57% en 2007. Les 9,3% manquant repartent vers le capital (les actionnaires), ce qui est vachement plus moderne mais fait tout de même question.

Et c'est là l'intérêt majeur de cette émission: elle a le mérite d'ouvrir le débat, de poser la question taboue de la répartition des richesses. Je peux concevoir qu'on soit opposé à une politique volontariste dans ce domaine, mais à tout le moins on devrait mener ce débat essentiel. Or, tous les intervenants semblent l'éviter d'un haussement d'épaule.
C'est à la limite compréhensible de la part de Sarkozy, puisqu'il a intérêt de part sa position et ses opinions à nous faire croire qu'effectivement les caisses sont vides, et qu'on ne peut pas prendre d'argent ailleurs que dans nos poches en travaillant et cotisant plus. Il est par contre tout à fait honteux que les médias ne fassent pas plus écho de ce débat, unis qu'ils sont dans l'idée que seule une croissance supérieure peut résoudre nos problèmes. Et il est franchement scandaleux que la gauche gouvernementale, dont c'est normalement la sensibilité, n'en pipe jamais mot, même en plein cœur de la campagne électorale.

Je vous conseille donc derechef cette émission, qui est qui plus est solidement argumentée, et qui nous montre ce vertigineux 9,3% de différentes perspectives instructives.
J'ai dit.

mardi, février 05, 2008

Une fois de plus

Alternatives Economiques nous donne un point de vue clair, calme et circonstancié sur la crise de la Société générale.

mercredi, janvier 23, 2008

Smic

Les temps de calcul de mes tests aujourd'hui me laissent le loisir de vous conseiller ce très intéressant article. Dans la série "argumentaires solides allant contre des idées reçues économiques", nous allons aujourd'hui défoncer le préjugé "le Smic est beaucoup trop haut, c'est mauvais pour l'emploi".

mardi, novembre 13, 2007

Très bon

Au cas où vous ne l'auriez pas compris, I love Alternatives Economiques!
Benoîtement, le bon petit libéral se dit que plus on créée de richesse, plus la vie est belle. N'entrons pas dans d'obscures considérations philosophiques, c'est archaique, soyons modernes, et admettons bêtement. Soit.

Benoîtement, le bon petit libéral se dit que la richesse produite, c'est le temps travaillé multiplié par la productivité. Et le temps travaillé, c'est le nombre de gens qui travaillent fois le nombre d'heures qu'ils travaillent. Alors:

Bonheur = Richesse = Nb travailleurs x Nb d'heures hebdomadaires x Productivité?

Donc si on travaille plus, ça va mieux? Travailler plus va faire du bien à la France?

Dans un réjouissant article d'Alternatives Economiques donc, on étudie l'impact de ces trois facteurs (emploi, temps de travail et productivité) sur la richesse (le PIB par habitant), pour les pays de l'OCDE.
Et il en ressort que notre bon président n'a pas vraiment misé sur le bon cheval, comme démontré par les graphiques que je vous reproduit éhontément ici (cliquez dessus pour y voir quelque chose):



C'est bon...

Vivent les alternatives!

C'est un peu aride, mais qu'est-ce que c'est intéressant! Dès qu'il s'agit d'y voir clair dans des sujets économico-politiques, Alternatives Economiques est d'une aide précieuse. Ainsi, en une page et demie sereine et argumentée, ils nous expliquent les tenants et aboutissants des régimes spéciaux.
Ils concernent 6% des retraités. Leur origine remonte à 1945: lorsque le régime général a été mis en place, leur régime de retraite a gardé sa spécificité (car il était bien plus confortable!) Ils ont deux avantages principaux:
  • ils doivent cotiser 37,5 années (contre 40 ans pour les autres... pour l'instant!)
  • leur retraite se monte à 75% de leur dernier salaire, ce qui est bien supérieur au régime général.
En outre, certains postes pénibles ont droit à des cotisations plus courtes, ce qui permet aux agents de conduite RATP ou SNCF de partir à 50 ans, et à certains services EDF ou RATP de partir à 55 ans.
A part ce dernier point, qui est moins sévérement attaqué par le gouvernement que les deux autres d'ailleurs, on pourrait se dire qu'il n'est effectivement pas défendable que ces salariés là aient des retraites plus avantageuses que les autres. D'autant plus que les régimes spéciaux sont en grand déficit.
Sauf que:
  • Précision conjoncturelle n°1: Ce déficit tient bien plus à la démographie vieillissante des "privilégiés" qu'à leurs priviléges. Les caisses de retraite des artisans et commerçants sont dans le rouge pour la même raison.
  • Argument utopiste: pourquoi toujours tout aligner par le bas?
  • Argument économique n°1: les salariés en question financent pour une très grosse partie leurs retraites par un taux de cotisation vieillesse supérieur (37,2% chez EDF et GDF, 36.3% à la SNCF et 30% à la RATP, contre 26% ailleurs). Si on leur ôtait leur retraite améliorée, il faudrait trouver de bien jolies compensations aux travailleurs ayant perdu 10% de salaire toute leur vie... (Sans compter le fait qu'implicitement, ils ont choisi des boulots dont les salaires sont assez faibles, pour une protection sociale plus forte)
  • Argument économique n°2: on est loin d'avoir une minorité de salariés privilégiés partant à 55 ans contre une majorité d'exploités partant à 63 ans. La SNCF, la RATP et EDF licenciant peu et n'ayant pas recours aux préretraites (ni aux dispenses de recherche d'emploi), leurs salariés finissent leur activité, comme précu, à 55,5 ans. Et ceux du régime général, en pratique, partent à 57,5 ans. Il y a donc seulement deux années de différence sur le départ à la retraite, et non pas 7 comme on voudrait nous le laisser croire.
Tout cela pris en compte, Alternatives Economiques évolue l'économie apportée par un alignement sur le régime général à... 200 millions par an l'année prochaine. Et 1 milliard à terme, dans 5 ans.
Quand on rapproche ce chiffre des 15 milliards du bouclier fiscal, on comprend à quel point on a affaire à une lutte idéologique, et pas du tout pragmatique comme on nous le fait croire. Sarko veut montrer qu'il a des couilles en se faisant les cheminots...

dimanche, novembre 11, 2007

On n'arrête pas le progrès...

en matière financière!
Après les fonds de pension, les hedge funds, voici maintenant les "fonds vautours". Alternatives Economiques nous apprend que "ces fonds rachètent à bas pris la dette des pays du Sud et tentent d'en obtenir le remboursement intégral, assorti de lourdes pénalités devant les tribunaux. Le Cameroun, le Nicaragua, la République du Congo et l'Ouganda en ont été les principales victimes. Ces fonds opérent principalement à partir des Etats-Unis, du Royaume Uni et des Iles vierges britaniques." (...) "25 fonds ont ainsi obtenu gain de cause, récupérant un total d'un milliard de dollar pour des créances initiales de 417 millions."
Un tel cynisme, ça en devient presque beau. Et j'imagine que ces fonds doivent entretenir des lobbyistes bien fringués capables de nous expliquer la larme à l'oeil que ce leurs agissements sont bons pour l'Economie, la Morale et l'Humanité.

mercredi, septembre 26, 2007

A better world

Ma soif de comprendre la crise économique liée aux crédits d'hypothèques américains m'a donné l'occasion de passer outre l'aspect un brin aride d'alternatives économiques, et de me plonger dans sa très enrichissante lecture.
Ce mensuel consacré à l'économie, calme, réfléchi et surargumenté est l'arme absolue pour contrer les "experts" libéraux qui tirent leur seule légitimité de leur jargon abscons et de deux-trois chiffres parcelaires qu'ils nous jettent au visage. Là, tout cela est calmement analysé, clairement expliqué, et on comprend bien mieux à quel point les mesures économiques qu'on nous impose sont infondées.

Une illustration parmi tant d'autres: Alternatives économiques a créé un petit site permettant de réaliser l'énormité de l'arnaque sur les arbitrages fiscaux du gouvernement: il nous est proposé de faire notre arbitrage personnel, et on croit rêver quand on voit le nombre de logements sociaux ou de travailleurs sociaux qu'on pourrait s'offrir si nous renonçions à la diminution de l'impot sur la succession décidée par Sarkozy, ou la défiscalisation des intérêts d'emprunt.
Faites vos jeux, le monde n'en sera que meilleur!

mercredi, septembre 12, 2007

Vive polytechnique, et vivent les banquiers!


L'argumentation du sieur Guillet, polytechnicien et banquier d'affaire de son état, est un délice: claire, argumentée, solide, fine... Il nous explique, chiffres économiques à l'appui, pourquoi la France est loin d'être ridicule vis à vis des Etats-unis et de l'Angleterre, ces modèles si indépassables...
Du bonheur...

mercredi, août 29, 2007

La mascarade continue

Les courtiers londoniens ont bénéficié de bonus records. Faut dire qu'ils ont très bien travaillé, comme l'emballement des banques d'hypothèques l'a récemment montré...

A ce sujet, le Monde analyse les raisons de la crise dans cet article. On y retrouve la plupart des ingrédients cités dans ma 'nalyse à moi (plus les nobles hedge funds, et une jolie réflexion sur les banques centrales qui incitent peut-être les banques à faire n'importe quoi en les protégeant).
Il manque juste, étrangement, ce qui est pour moi la cause numéro un de cette crise: l'amplification de tous les petits événements par des spéculateurs grégaires. Ai-je tort, ou bien est-il difficile d'évoquer cette piste sans se faire taxer d'antilibéralisme?

dimanche, août 26, 2007

Une furieuse odeur de vaseline


J'ai toujours été impressionné par les Spécialistes, les Experts économiques qui semblent tout comprendre des mécanismes du Marché (à ce sujet, je vous conseille cet excellent opus de là bas si j'y suis). Moi je n'y comprends rien, et je culpabilise comme une bête depuis qu'on m'a répété sans cesse que c'était typiquement français. Zut alors. J'ai honte, pour moi et pour mon pays rétrograde.

Alors évidemment je n'ai rien compris à la crise récente ayant secoué nos braves marchés. J'ai juste senti qu'on avait eu chaud, mais qu'heureusement on semblait sorti de l'auberge. Ouf.
Comme j'aimerais être un peu moins con la prochaine fois que notre existence sera menacée par un soubresaut économique engendré par une fragilité structurelle des emprunts immobiliers américains, j'ai essayé d'y voir plus clair, armé de mon Spiegel, de mon Courrier International et de mon Charlie Hebdo (où pour une fois oncle Bernard était clair).
Je vous soumets les bribes que mon petit esprit candide en a retenu. Pardonnez ma naïvité, je débute, mais je pense que la lecture de ce long post peut apporter quelques enseignements (nuancés, vous me connaissez).

  • Alors en fait, ne nous voilons pas la face, si on est passé à deux doigts d'une crise économique, c'est parce que le Marché a paniqué. Tout ce qui concerne les emprunts immobiliers américains, ce n'est que la petite étincelle qui a destabilisé les investisseurs: quand ils ont vu que (pour des raisons que je tente d'expliquer plus bas) la Réserve Fédérale baissait ses taux d'intérêt, ils ont eu peur, les petits loups.
Et comme tout l'art du spéculateur c'est de réagir comme tout le monde, avec si possible quelques secondes d'avance, ils ont voulu vendre leurs titres pour récupérer leur blé dare dare. (Et cet affolement a commencé en Asie, ce qui explique que nos "journalistes" économiques se focalisent pas mal sur cette région ces jours ci).
Voici donc la morale numéro 1: les traders, tout impressionnants qu'ils soient avec leurs costards et leur grande gueule, ne sont autre que des moutons de Panurge qui ont failli nous envoyer dans le mur, à partir d'un petit événement économique.
  • J'en viens au petit événement en question. L'extraordinnaire dynamisme consumériste américain qu'on nous vante encore et encore a un revers: les américains vivent à crédit. Quand tout va bien, ça roule, et ils peuvent effectivement faire tourner l'économie mondiale à plein régime en achetant des écrans plasma.
Mais quand ça va de travers, tout peut s'écrouler. Et nous devons notre frayeur récente à une jolie invention locale: le prêt revolving. Si j'ai bien compris, il s'agit d'une formule permettant des prêts à taux variables: ils restent honnêtes si tout va bien, mais sont réévalués à la hausse à chaque échéance non payée. Avec un effet de cercle vicieux qui crève nos petits yeux aveugles à la beauté de l'économie ultralibérale: si tu ne peux plus payer, ça devient beaucoup plus cher donc tu ne peux toujours pas rembourser.
Ce type de prêt a tout intérêt à être accordé à des mauvais payeurs, qui se retrouvent à rembourser des traites toujours plus exorbitantes. Ce qui permet de presser les plus pauvres comme des citrons, dirais-je benoîtement. Non, ce qui permet à tout un chacun de souscrire à des prêts, et d'accéder à la propriété, me rétorquera-t-on avec juste raison!
Moralité numéro 2: les pauvres, ça rapporte!
  • Seulement, je vous rassure, il n'y a que certains types de banques qui proposent ce type de prêt: les banques d'hypothèques. Les banques sérieuses, les banques françaises (ou suisses) notamment, ne s'abaisseraient jamais à ça. Non pas parce que c'est immoral, mais parce que c'est trop risqué!
Sauf que. Sauf que ça rapporte un max. Alors les banques respectables ont souvent, par l'intermédiaire d'une de leur filiale d'investissement, acheté des gros paquets de prêts revolving aux banques d'hypothèques. Pas assez pour les mettre en danger, d'autant plus que ces prêts risqués sont assurés par le patrimoine de l'emprunteur: le pauvre débiteur pourra toujours revendre la maison qu'il s'est acheté avec si il a trop besoin de thunes! D'autant plus que son prix ne cesse de monter, ad vitam eternam.
Moralité numéro 3: nos banques, même les plus classiques et respectées, jouent des jeux dangereux avec nos sous. (Notez qu'on en profite en partie à travers les intérêts qu'ils nous reverssent)
  • Sauf que, évidemment, tout cela est bien instable. Le marché de l'immobilier américain a fléchi, empéchant une partie des pauvres débiteurs en faillite de rembourser leur dette (extravagante) en vendant leur maison. Les banques d'hypothèques ont donc eu des difficultés, et avec elles, dans une moindre mesure, toutes les banques classiques partenaires.
Cet effet a bien sûr été amplifié par les spéculateurs sus-cités, qui se sont mis à retirer leurs parts dans ces banques vite fait bien fait.
Mais c'est plus facile à dire qu'à faire. Les banques institutionnelles n'ont en effet pas assez de cash pour rembourser tous leurs clients à un instant donné puisqu'une bonne partie du fric qu'on leur confie est placé pour faire des petits (et est donc inaccessible pendant un temps).
Ce sont alors les gentilles banques centrales (celles des Etats) qui libérent les liquidités dont banquiers et spéculateurs ont besoin! Autrement dit, elles mettent à disposition des banques institutionnelles du cash immédiatement disponible, à bas taux d'intérêt, afin que celles-ci puissent prestement rembourser les moutons de Panurge. Et que la crise en reste là.
(Effet de bord: cette mise à disposition de liquidités peut inquiéter plus encore nos braves moutons de Panurge, qui peuvent vite fait faire péter l'économie mondiale en cherchant à récupérer tout leur fric au plus vite.)
Voici donc une jolie moralité numéro 4: à la fin, ce sont les Etats (tant décriés), qui limitent les dégats commis par les banques, en leur permettant de rembourser les spéculateurs. Avec nos impots!

Voila voila. Je ne sais pas si certaines choses m'ont échappé, mais c'est ainsi que j'ai compris la situation. Et je ne sais pas vous, mais ça me donne bien envie de continuer à faire l'effort de mieux comprendre comment l'Economie marche, ne serait-ce que pour comprendre l'étendue de l'arnaque.
Parce que, si je puis avancer une opinion personnelle, qui pourrait être la moralité numéro 5, je trouve qu'on est bien de la baise, à tous les niveaux.
Les spéculateurs font joujou avec notre société, et plus prosaïquement aussi avec notre fric, ils se font un blé fou quand tout va bien (et de notre côté nous devons nous contenter des molles retombées d'un taux de croissance un peu supérieur) et quand tout péte à cause de leurs conneries, c'est nous qui remboursons.