Alors là vraiment je m'insurge! Trop c'est trop! Passe encore que Bruxelles nivèle l'Europe par le bas en imposant un libéralisme absolu sans aucune vision politique... Passe encore que l'avis du peuple, pourtant exprimé de manière claire à l'occasion du référendum, soit absolument ignoré. Mais lorsque l'administration tentaculaire bruxelloise prétend régenter jusqu'à notre vie privée et s'immisce dans notre liberté et notre vie spirituelle, il faut savoir dire stop!
Je parle bien sûr de cette scandaleuse lutte anti-secte où l'Europe s'acoquine aux états nationaux pour interdire les groupements sectaires soit-disant malsains. Après les témoins de Jéhovah en Allemagne, les Raëliens en France, voici que nous sommes visés à notre tour. On veut interdire les adorateurs de Gael, aussi connus sous le nom de Gaeliens. Nous ne faisons pourtant aucun mal. Il est vrai que nous sommes regroupés auprès d'un leader charismatique, autour de qui nous organisons notre vie entière. Nous nous plions autant que nous pouvons à ses envies et préceptes. On a ainsi notamment observé des retraités marcher à quatre patte en annonant des paroles sans grand sens. Ou de respectables cadres supérieurs rire aux larmes en jouant à "coucou... Caché"! Ah, il faut nous voir ensemble, une fraternité d'adorateurs au premier rang desquels la favorite, la reine-mère, assister au bain de sa Grandeur le grand gourou Gaelou! Quel bonheur de tout sacrifier pour avoir l'honneur d'assister aux miracles quasi-quotidiens qu'il dispense: un "papa" bien intelligible, un quatre-pattes d'une rapidité confondante, un caca bien solide ou, comme dernièrement, des premiers pas éblouissants. En plus, il se murmure qu'il sait communiquer avec les extra-terrestres. Il s'exprime de manière fluide en un babillage ressemblant à s'y méprendre à celui employé par Jacques Villeret dans la soupe aux chous, qui est comme chacun sait compris des martiens.
Cessons donc la dictature républicaine! Rejoignez-nous dans la communauté des Gaeliens! Nous ne demandons que quelques modestes offrandes, correspondant tout au plus à un quart de votre salaire mensuel. Ce n'est pas qu'il soit intéressé, comme le prétendent nos détracteurs, la preuve: il ignore la plupart du temps les plus somptueux des cadeaux pour se focaliser sur leur emballage. Et, moyennant ce petit effort, vous pourrez rejoindre la cohorte des adorateurs de Gael, dont le sourire béat témoigne de la plus grande félicité intérieure.
On n'y prend pas garde, mais entre la vie intense de Gael, de bien beaux week-ends et quelques occupations professionnelles, le temps passe et je ne vous tiens pas informé de notre actualité culturelle pourtant riche. Je sais l'intense déception qui doit étreindre vos petits cœurs fidèles quand, plusieurs fois par jour, vous rendez visite à votre blog favori et n'y trouvez jamais de nouveau post. Je m'en excuse platement, et promets d'éviter à l'avenir de faire passer l'éducation de mon enfant et mes devoirs professionnels avant la narration virtuelle de ma petite existence. Je vous prépare une sacrée surprise pour ce billet culturel. Et non, je ne vais pas vous parler ni de CDs (mais ça va pas tarder), ni de concerts (là par contre, ça va trainer...) Pas plus que de ciné, ni même de bouquins. Figurez-vous que pas plus tard qu'avant-hier je suis allé assister à une pièce de théâtre, et pas dans une sombre salle méconnue (quoique potentiellement très talentueuse) dans un arrondissement reculé - voire en Province, non, au théâtre de Marigny, qui étend sa fière silhouette potelée au bas des Champs Elysées. Et quand je dis que "je suis allé assister", je pèse mes mots. Et oui, rédiger un post n'est pas une activité à prendre à la légère; chaque mot est choisi avec soin au cours de longues heures de rédactions. "Je suis allé assister", et non pas "nous sommes allés assister", car Elena, qui se faisait elle aussi une joie d'être présente, dût être rappelée à mi-parcours par notre baby-sitter qui, quoique fort compétente en sa vertu de fille de la directrice de notre crèche, se trouvait débordée par un infatigable Gael hurlant depuis le départ de ma mie. (Les plus observateurs d'entre vous auront deviné à la longueur de la phrase précédente que j'ai repris mes lectures proustiennes).
Venons-en à la pièce, chaudement recommandée par une presse enthousiaste, Masque et la plume et Télérama en tête. Il s'agit de Talking Heads, trois monologues du malicieux écrivain et scénariste anglais Alan Bennett. Ils sont issus d'une série de monologues au féminin, originellement écrits pour la télévision, et que deux actrices ont eu l'idée de porter au théâtre il y a une quinzaine d'année. Les trois héroïnes, des femmes apparemment naïves d'un certain âge, narrent progressivement des histoires dont nous découvrons peu à peu la complexité, et qui sont toutes diablement habiles, férocement drôles, et finalement bien cruelles. Il y a la secrétaire qui surjoue la joie de vivre et se retrouve bien seule au moment d'affronter la maladie; la femme au foyer sans histoire qui se prend d'affection pour sa voisine qui vient de tuer son mari; et la vieille fille qui se rend de plus en plus fréquemment chez un podologue qui se révèle un fétichiste sans complexe. Outre l'habileté de l'écriture, la pièce brille d'une part par la qualité des actrices, capables sans grands effets de manche de tenir la salle en haleine pendant 45 minutes, seules en scène, et de révéler peu à peu la finesse de personnages qui semblent amusants mais caricaturaux au premier abord. Mais elle impressionne aussi par la virtuosité de la mise en scène, qui découpe à l'aide de panneaux noirs coulissants le décors dans lequel se situent les narratrices. Un procédé qui autorise des gros plans, des travellings, et même des prises de vues un brin tordues (comme illustré par la photo en en-tête du post). Voila qui donne envie de se rendre plus souvent au théâtre, ce à quoi nous allons nous atteler pas plus tard que dans dix jours. En espérant assister à la pièce tous les deux, cette fois.
Ca y est! Deux ans et demi après avoir soutenu ma thèse et cinq ans et demi après l'avoir commencé, je touche enfin à la gloire: mon premier article vient d'être publié dans un journal! Pour ceux qui ne sont pas au fait de la façon dont on valorise une thèse (c'est-à-dire, dont on nourrit un CV, surtout quand on cherche un boulot de chercheur dans le public), il y a deux types de publications: des articles pour des conférences (plus courts, moins détaillés, bien moins prestigieux), et les papiers journaux (qui doivent être parfaitement solides, et intéressants). Et ainsi donc, après cinq soumissions dans différents journaux, mon boulot a été publié. Sensibilisé par la notion de gratuité de la connaissance, j'ai choisi - après m'être fait bouler de quatre journaux prestigieux - de soumettre à un journal en ligne parfaitement gratuit et parfaitement pas prestigieux. Ah, on a des valeurs ou on n'en a pas! L'article en question se trouve là pour sa version HTML. Je conseille à ceux d'entre vous qui auront besoin de plusieurs lectures pour tirer la substantifique moelle de mes travaux révolutionnaires la version PDF.
Ah oui, pis hier il s'est aussi passé ça. C'est beaucoup moins important.
Je hais la fête de la musique. Oui, je sais. Je suis mordu par la musique; je vous fatigue à longueur de posts en vous relatant mes dernières découvertes; je vous incite lourdement à acheter des albums, particulièrement ceux de petits groupes; je vous inflige les comptes-rendus des concerts auxquels j'assiste en espérant vous inspirer à découvrir les artistes en question sur scène. Oui, je sais. Engagé à gauche, prônant la solidarité, je devrais me faire le porte-drapeau d'une des rares fêtes populaires qui touche la France dans son ensemble (ou du moins en grande partie).
Oui d'accord. So much pour la théorie. J'ai néanmoins un contre-argument puissant à vous opposer: la fête de la musique, c'est tout pourri. Peut-être faut-il que je développe? Mes expériences, nombreuses, de la fête de la musique sont de trois types. Et dans les trois cas, elles sont de cuisants échecs.
Premier cas: on se retrouve avec des copains "dans le centre", sans plan très précis. Nous voila donc dans des ruelles bondées, à passer frénétiquement d'une petite scène à une autre, sans jamais s'arrêter plus d'une demie-chanson sur l'une d'entre elle (ou alors c'est simplement parce qu'on n'arrive pas à avancer). Premièrement, il est très difficile d'apprécier de petits groupes de styles divers sur des sonos de fortune, surtout quand les deux stands voisins mêlent leur basse métal ou leur batterie jazzy à l'accordéon qu'on cherche à écouter. Et deuxièmement, parce que le groupe de copains n'arrivera jamais à se mettre d'accord sur une scène méritant un arrêt non symbolique (ou retrouve l'emballement de groupe empêchant le choix d'un restaurant dont je me suis fais l'écho un peu plus tôt). Et enfin, je ne sais pourquoi, mais on considérerait avoir raté notre fête de la musique si nous n'avions pas sillonné l'intégralité du "centre" dans la soirée. Bilan: un butinage inintéressant, beaucoup de bousculades, du stress, des jambes douloureuses et des bières à 8 euros dans des gobelets en plastique. Qui collent aux semelles, ensuite.
Deuxième cas: expérimentés et cherchant à éviter le piège du premier cas, on potasse, on se prépare, et on ne vise qu'un seul et unique événement prestigieux. Arthur H, Peter Doherty ou Olivia Ruiz pour les parisiens; Ghislaine et son accordéon ou Toto et sa vielle de gambe pour les Provinciaux. Ce sera ce groupe là, un point c'est tout. Seulement, quelle n'est pas notre déception de n'assister qu'à un set raccourci d'une petite heure, donné devant un public peu concerné - hé, c'est gratuit, peuchère! A part pour les fidèles absolu qui se sont ménagé une place dans les premiers rangs, il est bien difficile de suivre le mini-concert entre les badauds qui vont et viennent, et les jeunes cools qui passent le concert à se hurler des vannes aux oreilles, ou à s'appeler les uns les autres au portable. Si vous aimez un artiste, n'allez surtout pas le voir à la fête de la musique. Cassez votre tirelire, et plutôt que de l'apercevoir sur une place qui résonne (et sur laquelle il pleut, si vous êtes à Nantes), vous les verrez pour de vrai, tranquillement, devant un public passionné. Ne vous méprenez pas, moi je suis pour la culture pour tous, hein! Mais à condition que tous ces cons ne viennent pas me faire chier...
Et j'en viens au troisième type d'expérience de la fête de la musique: je me baricade chez moi, m'occupe de Gaelou et veut me coucher tôt. Mais voilà, j'habite à 200 mètres de la grande scène de Denfert-Rochereau! Et je n'ai ni double-vitrage, ni boules quiès triple épaisseur telles qu'utilisées par les astronautes de la nasa. Alors, jusqu'à deux heures du mat', et avant que Gaelou ne se réveille sur le coup de 6h, j'entends la version résonnée, filtrée dans les basses, des groupes se produisant sous mes fenêtres. Et même Spleen ou Alexi HK, que normalement j'aime bien, vont me peser cette nuit. J'envisage toute une série de représailles: ne plus acheter ces artistes; pire, les télécharger; boycotter leurs sponsors: Oui FM (de toute façon, quatre tubes en rotation lourde...), et surtout, Ricard. Pendant toute une semaine, je ne boirai que du pastis 51, na! Je hais la fête de la musique
La lecture du Spiegel, pour enrichissante qu'elle soit, peut aussi frapper durement au moral. Voici quelques petits extraits de ma lecture de la semaine, que je trouve justes et d'autant plus désespérants qu'ils sont énoncés d'un ton neutre et objectif.
D'abord, issu d'un article d'analyse politique sur la branlée prise par le SPD (le PS allemand) aux Européennes, d'autant plus étonnant que le parti n'avait reculé devant aucune subvention mirobolante aux entreprises pour sauver leurs employés de la crise (Opel, Karstadt...) - et plaire à l'éclectorat, à quelques mois de l'élection du nouveau chancelier.. "Le SPD a dû se rendre à l'évidence dans les dernières semaines: le processus d'individualisation a largement atteint son électorat. Il n'y a plus de conscience de classe de l'Allemand d'en bas, plus de solidarité.L'opérateur travaille à la chaine chez Bayer ne se sentira pas spécialement concerné par l'ouvrier de chez Opel simplement parce que lui aussi travaille à la chaîne. Celui qui gagne le RMI préférerait de loin une hausse du RMI qu'un plan aide évitant le licenciement de la chaine de magasins Karstadt.Le parti des petites gens [le SPD, historiquement] n'a plus affaire à une clientèle cohérente, mais à toute une constellation de "Moi SARL" [nom donné aux entreprises de 1 personne]. Les faibles ne se serrent plus les coudes, et la crise amplifie la sensation du chacun pour soi. On peut se désoler de ce constat. Mais il ne faut pas l'ignorer."
Mais surtout, j'ai été quelque peu retourné par le dossier que le Spiegel consacre aux "enfants de la crise" - aux 20-35 ans. Ils se sont attaqué à la question avec une diligence toute allemande: un sondage de 50 questions à été largement diffusé, et donne lieu à 17 pages d'analyse. Je vous ai sélectionné quelques extraits qui m'ont particulièrement frappé. En sortant de cette lecture, on n'a pas spécialement envie d'inviter des 20-35 ans à bouffer, et on ne prédit surtout pas un avenir radieux d'amour et de partage à la société, je peux vous dire... " Le plus étonnant dans cette génération, c'est qu'elle est invisible. Aucun visage connu ne vient à l'esprit quand on parle d'elle, il n'y a personne qui parle en son nom.Pas d'intellectuel, pas d'écrivain, pas d'artiste, pas de musicien. Chacun parle pour soi uniquement. " Puis: " Cette génération trouve le monde si compliqué qu'elle ne pense pas à le changer; les jeunes Allemands sont si individualistes que leur regard est porté exclusivement sur eux-mêmes: le monde peut courir à sa perte, ils arriveront bien à se débrouiller pour éviter le naufrage individuel. Et dans le cas contraire, leur échec sera de leur faute, et pas de celle du système. ...Un trait les caractérise: une énorme confiance en eux. Pas à leur génération en général, pas à la société. C'est la croyance qu'ils vont, personnellement, réussir, d'une manière ou d'une autre.60% prédisent un avenir sombre à la société. Par contre, 73% se voient un futur personnel positif. " Ce point m'a particulièrement frappé parce que je pense la même chose, et à peu près tous les amis de mon âge avec moi. La société empire, mais notre situation personnelle, bon an mal an, va de mieux en mieux. " Ils sont apolitiques. Quand on le leur dit, 83% d'entre eux ne le prennent pas mal. La démocratie de partis ne les intéresse pas, et ils sont à des années lumières de rêver à la révolution. [...] Ce n'est pas qu'ils méprisent la politique, mais plutôt qu'ils ne voient pas pourquoi ils devraient s'occuper de choses qui n'ont visiblement rien à voir avec leur vie de tous les jours. "
Grâce aux conseils de jeunes parents de nous amis, qui connaissent bien la vie, et notamment l'art de garder son équilibre mental en présence de petits quadrupèdes vociférants, nous avons récemment découverts la touche "babysitter" de notre télécommande. Quoi, il n'est pas la peine de convoquer potes ou frangins pour disposer d'une soirée à soi? L'avenir dira s'il s'agit d'un accident ou bien d'un phénomène de fond, mais pour l'heure nous n'avons mis cette liberté à profit que pour aller voir des comédies. De qualité certes, mais je me demande si nous ne cherchons pas trop à fuir notre présent morose dans de la franche rigolade bien ficelée. Pour lever toute ambiguïté, je propose que nous allions voir Antichrist à la prochaine occasion.
Ca ne date pas d'hier, mais nous nous sommes rendus prestement voir OSS 117 - Rio ne répond plus. Je vous rappelle que nous sommes très clients du personnage, de son insondable bêtise digne et des longs blancs-à-fou-rire ménagés par le réalisateur. A la sortie du premier, Elena avait d'ailleurs emporté de son rire franc toute une salle qui n'avait pas encore complétement saisi le régal second degré du premier opus. Nous lui avons trouvé un digne héritier dans cette suite. Voila une comédie intelligente, classicieuse (admirez la finition du décor qui rend parfaitement l'époque, détail auquel le commentaire du DVD du premier épisode nous avait sensibilisé), et surtout qui a le courage du second degré. S'il faut ménager de longs instants de malaise pour permettre au spectateur de goûter l'absurdité de la situation, pas de problème! S'il faut répéter, dériver un quiproquo une dizaine de fois, aucun souci! S'il faut briser le tabou des remarques de blaireau antisémite (ainsi que raciste et machiste, bien sûr), on y va gaiement! Bref, du bon rire, original et inimmitable. Seul petit bémol; j'aurais bien coupé les 10 minutes dans l'antre des méchants, non pour ménager le politiquement correct, mais parce que toutes les blagues sur les nazis qui se sentent mésestimés ne sont simplement pas drôles. J'exclus bien évidemment la mythique course-poursuite en déambulateur, bien sûr! Cela laisse tout de même 1h30 de bonheur...
Passons à un tout autre style de comédie avec le surprenant Ken Loach: Looking For Eric. Voila un ton qu'on n'associe pas forcément à ce réalisateur habituellement plus sombre et engagé, mais qui finalement lui va assez bien tant il est inégalable pour ce qui est de filmer les scènes de copains - ou de camarades, c'est selon. Vous connaissez certainement l'histoire: un brave postier qui commence à sérieusement perdre les pédales, entre le fait qu'il a quitté son grand amour et que ses grands enfants se mettent dans le pétrin en fréquentant les gros durs du quartier. C'est alors que lui apparait son idôle de toujours, le grand Eric, qui va le remettre sur scelle grâce à ses judicieux conseils (même s'ils sont parfois difficiles à décrypter). Voila. C'est un film très sympa, très fraternel, et bien distrayant. C'est déjà beaucoup, mais ça ne va pas plus loin. Une chose quelque peu surprenante, agréable, mais qui ne laisse pas de souvenir impérissable par delà, donc, de superbes scènes de copains.
Et enfin, j'en viens au film le plus récent des trois: les beaux gosses. Le dessinateur Riad Satouf exporte ses chroniques sur l'adolescence sur grand écran. Que celui qui ne reconnaitra pas ses pires années dans ces ados ravagés par les boutons, capables d'un romantisme infini et d'une cruauté sans nom, me jette la première pierre. Il est à mon avis impossible de regarder ce film sans s'écrier dire mille fois "ah oui, c'était exactement ça"! J'ai crains que cet unique ressort du film, enthousiasmant au début, finisse par être lassant. Ce n'est pas le cas, par la grâce de la multiplicité des anecdotes justes (et tordantes!), du rythme trépidant de la narration, et de la grande qualité des acteurs. Encore un excellent divertissement, à qui il manque quand même une histoire plus construite pour être parfaitement inoubliable.
Ce n'est pas parce qu'on est un jeune père qu'on cesse d'avoir toute vie sociale! J'ai donc profité de ma sortie-concert désormais bisannuelle pour aller voir un de mes deux chouchous-injustement-méconnus: monsieur Roux, à l'Européen. (L'autre, c'est La Blanche, qui passera en Novembre à l'Européen. Chic chic chic, je pourrais me faire ma deuxième sortie de l'année à cette occasion).
Trois ans après son premier - et mythique - album, Erwan Roux affronte donc le virage de tous les dangers en sortant son deuxième album: Un été caniculaire. Permettez moi donc une digression pour commenter ce bel objet, d'ors et déjà promis à une place de choix dans mon palmarès de l'année. Finalement, la seule chose que je puisse reprocher à cet album, c'est que le premier l'ait précédé. Évidemment, je n'ai pas ressenti le même choc qu'à l'écoute de "Ah si j'étais grand et beau", non pas parce qu'il est moins bon, mais parce que je ne pouvais pas redécouvrir, partant de rien, la verve de ses textes à la fois cyniques, sans concession, tendres et justes. Non seulement l'été caniculaire est tout à fait au niveau, mais puisqu'il ne peut pas dépasser le côté surprenant, sauvage et brut de décoffrage du premier, il a décidé de l'enrichir, en le développant par d'autres côtés. La musique est infiniment plus travaillée, et même si le dépouillement du premier album allait tout à fait avec ses textes rentre-dedans, c'est un plus appréciable. Et une fois la patte rouxienne posée sur une bonne moitié des textes (Le vote utile, Fais moi peur, C'était mieux avant, Un été caniculaire pour ne citer qu'eux), le bonhomme décide de mettre sa plume brillante au service d'autres ambiances, parfois à l'occasion de duos fort bien choisis, souvent pour le meilleur (notamment pour un brillant 3870 secondes) et une fois pour le pire (Marie-Chantal - désolé je peux pas). Mais bon, on cause, on cause, mais le mieux c'est de porter une oreille attentive là. Puis, sous le choc, de se mettre debout sur ses petites pattes de derrière et d'aller d'urgence acheter l'album (qui, à la différence du précédent, se trouve sans effort dans toutes les bonnes crémeries).
Mais ce concert, donc? Ben c'était de la balle, coco. Évidemment, vu mon degré d'affection pour le petit gars, il eût fallu une prestation particulièrement pitoyable pour que j'en ressorte déçu. Mais on en était loin. Je commence par le public: enthousiaste, nombreux, un peu trop porté sur le filmage en pirate du concert - et surtout, jeunes jeunes jeunes! Se retrouver dans les 10% les plus vieux d'un concert, qui plus est non peuplé de pisseuses amoureuses du chanteur, ça file un choc! Monsieur Roux était accompagné de ses camarades de toujours: une contrebasse bien en place et un guitariste multi-instrumentiste talentueux, capable à lui tout seul de donner de quelques arpèges à contre-temps du relief à toute chanson. Mais comme Mr Roux commence visiblement à percer, il a pu s'acheter en plus un batteur, et un clavier-orgue. Ainsi, aux mélodies bien accrocheuses et à l'ambiance détendue distilléeaux transitions est venue s'ajouter une vraie profondeur musicale. Non seulement pas mal de styles musicaux sont visités l'air de rien (rock qui tâche, contry, slow, reggae), mais surtout le groupe est capable de belles montées en puissance musicales qui vous scotchent leur Vinci sur son fauteuil. Ainsi donc, après avoir acheté votre CD, je vous ordonne de vous rendre à la guichèterie la plus proche, et d'y acheter votre billet pour le prochain concert du garçon près de chez vous. Ou loin d'ailleurs, vous ne le regretterez pas!
Ah et pis tiens, un mot en passant sur la première partie: un mec tout pas beau, qui chante tout seul, avec un cheveu sur la langue. La guitare est bien en place, la voix assez particulière mais les textes si beaux, si marrants, si tendres ou si justes que j'achète les yeux fermés. Le gars s'appelle Boule, son site est là (oui, il s'appelle sitedeboule.com), et comme je sais que vous êtes des grosses feignasses en fin de post, je vous mets même deux chansons sur place à emporter.
Il parait que c'est hyper connu, mais moi je connaissais pas. Et depuis, je passe mes soirées à rigoler bêtement. (Mes chouchous pour l'instant: le foot 2009, Pacman, le concours de mister univers, le kangourou...)
Pfiou, dites donc, ça se couvre sacrément ici! Je vais me mettre en short de ce pas!
Si j'ai bien tout compris à la conjoncture, il est temps que je me reconvertisse dans la Finance.
A peine le match fini samedi soir, j'ai pris un billet pour Clermont-Ferrand faire la rumba toute la nuit!
J'ai terminé la deuxième saison de The wire, c'est vraiment absolument merveilleux, fin, tendu, impeccable. J'ai donc décidé de commander l'intégrale de Julie Lescaud.
...
Enfin bref: est-ce que quelqu'un peut m'expliquer comment une Europe uniformément choquée par la crise, uniformément consciente du mur au devant duquel le libéralisme nous envoie immanquablement, uniformément attachée aux services publics et à la politique sociale... vote comme un seul homme à droite? (Quel dommage d'ailleurs que notre bon président ne puisse se réjouir de la victoire de son camp, si atteint qu'il est par la perte d'un ami proche.) Je croyais pas possible de descendre plus bas, mais mes concitoyens savent m'étonner encore et encore. (D'ailleurs les mecs, je serais complétement sur le cul si vous votiez à gauche pendant trente ans de suite! Vous en dites quoi?)
Cela fait un bon mois que je ne vous ai pas tenu informé de l'actualité de mes esgourdes. Je vous sens étouffés par le suspense, le souffle court, n'y tenant plus. Grand seigneur, je m'en vais vous libérer en vous offrant une délicieuse chronique musicale.
Convaincu par une chronique enthousiaste de Télérama, je me suis aventuré loin de mes guitares et accordéons favoris avec Oxmo Puccino et son dernier album, Larmes de paix. Si comme moi vous ne le connaissiez pas, il s'agit d'un rappeur reconnu avant tout pour sa plume. Je ne sais pas si sa réputation de poète, que les médias ont tendance à décerner à tort et à travers, est parfaitement méritée, mais il n'en reste pas moins que les textes sont riches et intéressants. Le bonhomme commence à être sérieusement connu, ce qui lui vaut un album impeccablement produit, où la musique réhausse des paroles qui ne sont pas laissées à nu. Il a le courage (et l'habileté) de visiter de multiples styles musicaux, souvent avec succès (Sur la route d'Amsterdam, 365 jours), parfois avec moins de bonheur (Partir 5mn). Bref, l'album ne m'a pas offert de choc esthétique fondateur, mais est bien agréable à écouter. Quand une production efficace a l'intelligence de ne pas étouffer le talent, pourquoi ne pas jeter une oreille...
J'ai une très haute opinion de toi, lecteur, donc je suis certain que tu te rappelles parfaitement du groupe La Blanche, un de mes deux coups de coeur stratosphériques parmi les artistes beaucoup trop peu connus (avec Mr Roux). Et bien ils sortent un nouvel album, Imbécile heureux. Là où les deux autres albums brillaient par leurs paroles sublimes, fantastiquement belles (on peut pour le coup parler de poésie), défendues par les musiques péchues, le nouvel album choisit de mettre les paroles plus en retrait, pour créer des ambiances plus que pour raconter de longues histoires. C'est une évolution tout à fait intéressante, qui vise à passer en quelque sorte du monde de Brassens à celui de Bashung. Le pari est réussi, dans un sens: chaque morceau, servi par des musiques subtiles, nous emmène dans un petit monde envoutant. Malheureusement, la production de l'album a visiblement été difficile, puisque le projet est passé en court de route d'album classique à mini-album (5 titres). Les cinq titres survivants restent très bien produits, mieux peut-être que ceux des deux albums précédents, mais c'est court, très court, quand il s'agit de créer de subtiles ambiances et de dépayser l'auditeur.
Et pour finir, on en vient à deux valeurs sures, qui confirment chacun dans leur genre. Olivia Ruiz d'abord, avec Miss Météore. Voila un autre exemple d'album commercial, avec moultes collaborations médiatiques (des duos en veux-tu en voilà). Oui mais là aussi, le talent est là. Rien de bien bouleversant pour qui connait les autres albums de la demoiselle, mais de très bonnes choses dans la même lignée. Le titre caché, en duo avec le chanteur des Têtes raides, m'a particulièrement tapé dans l'esgourde.
Et puis, enfin, l'homme qui jamais ne déçoit. L'homme qui toujours se réinvente, tout en gardant sa patte. Ben Harper nous offre avec White lies for dark times de nouveau un grand, très grand album. Après quelques virées gospelisantes, après un album-instantanné enregistré en quelques jours à Paris, après de bien beaux albums parfaitement équilibrés avec les Innocent Criminals, il a choisi de se redonner un coup de fouet en retrouvant les Retentless 7. Une formation plus nerveuse, plus rock que les Innocent Criminals, avec qui il avait déjà sorti Both side of the gun. Et bien, que vous dire? C'est tout simplement - encore - superbe. Jugez vous-même.
Pour certains, ce n'est qu'un résultat sportif sans aucune importance. Pour moi, en plus d'être un petit pincement au coeur devant les errances de mon club préféré, c'est surtout un édifiant exemple de l'efficacité et de la vision à long terme de la gestion libérale: Le Football Club de Nantes va descendre en ligue 2. Ce club a patiemment développé un style de jeu vif, à une touche de balle, qui, non content d'être efficace (il lui a valu la bagatelle de huit titres de champions de France), en a fait une des équipes les plus appréciées de France. Seulement, ça ne s'est pas fait en deux jours: il a fallu 40 ans pour forger cette philosophie de jeu, étroitement liée au développement d'un centre de formation sortant quelques perles chaque année. Quarante ans. Et tout cela a été mis par terre en quelques années par deux brillants entrepreneurs, Dassault et Kita. En 2002, le groupe de Dassault - la Socpresse - achète le club, et vire prestement le dernier entraineur emblématique du "jeu à la nantaise". Attendre que des petits jeunes soient lentement formés n'est plus vraiment à l'ordre du jour: on préfère acheter (cher) des noms plus ou moins fameux, qu'on juxtapose en une équipe anonyme et peu rodée. Comme évidemment ça ne fonctionne pas instantanément, et que Dassault s'est donné des objectifs à horizon très court, on rebouleverse l'équipe du tout au tout l'année suivante, en changeant si possible l'entraineur. Je vais vous surprendre: cette politique n'a pas conduit à un titre de champion d'Europe, mais à une descente en ligue 2. Le club a alors été vendu à un sombre entrepreneur polonais à la fortune un peu trouble - Waldemnar Kita - coutumiers des déclarations fracassantes. Les proprio changent, la philosophie reste: le FCNA voit défiler 9 entraineurs en 10 ans, lui qui n'en avait vu que 6 en 40 ans. A peine remonté en ligue 1, le club redescendant en ligue 2 cette année. Maigre consolation: les "entrepreneurs" qui ont sabordé le club ont perdu beaucoup d'argent dans l'affaire. Mais il faudra attendre quelques décennies au moins avant de revoir un FCNA performant et ayant une identité forte...
J'attire votre attention sur l'observatoire des inégalités, pointé par France Inter ce matin et qui regroupe de nombreuses et intéressantes statistiques sur la relative richesse et pauvreté de chacun. Histoire d'avoir des ordres de grandeurs, notamment à la place de ceux qui n'en ont pas (eux ou même eux). Mais ça peut aussi nous servir à nous. Personnellement, j'ai appris beaucoup de choses qui me font jouer profil bas là (et en plus, il a le bon goût de pointer sur cet excellent article d'alternatives économiques), et de choses qui m'énervent là.
Pour ceux qui ont la flemme de suivre mes liens, quelques ordres de grandeur:
La revenu médian en France est de 1500 euros net;
90% des salariés gagnent moins de 3100 euros net;
le revenu médian des ménages (quelle que soit leur configuration) est de 2250 euros. Pour une personne seule, c'est 1300 euros; pour un couple sans enfant 2500 euros; pour un couple avec deux enfants 3400 euros.
un ouvrier non qualifié a en moyenne 10 000 euros de patrimoine; un cadre 200 000 euros.
les 10% les plus riches possèdent 46% du patrimoine du pays;
40% des agriculateurs, 50% des ouvriers et des retraités, et 90% des cadres partent en vacances chaque année;
70% des agriculteurs et des ouvriers, contre 20% des cadres (quand même) n'ont pas ouvert un livre (BD et livre pratique compris) dans l'année;
la pratique du sport des enfants est corrélée au niveau d'étude de leurs parents;
9% seulement de la population adulte a un diplôme supérieur à bac+2.
Ému par la découverte que m'avait échappée une œuvre majeure de la littérature française, portée si haut aux nues par les écrivains contemporains qu'elle se détachait avec une netteté si claire, si évidente, du firmament littéraire qu'on eût pu le croire peuplé de livres de peu d'intérêt; alors qu'il y côtoyait le meilleur de ce que des siècles d'écriture avait produit de plus élégant, de plus fort et et de plus finement observé; je me suis abîmé dans sa lecture malgré les mises en garde d'amis lettrés qui, sans nier l'extraordinaire beauté de l'écrit, insistaient également sur le grand ennui qui pouvait résulter du rythme lent de sa narration. A ma grande surprise, et même si sa richesse eût mérité une lecture plus attentive, qui n'aurait en particulier par été troublée par les multiples interruptions imposée au lecteur usager du métro guettant sa correspondance et cherchant à ignorer la sérénade poussive qu'un violon hésitant portait à ses oreilles, j'ai grandement été touché par ce livre qui effectivement brille par son art virtuose de la description des paysages et du milieu très bourgeois habité par l'auteur, et qui relate des anecdotes et surtout des observations sur l'âme humaine relativisant grandement l'ennui prophétisé par mes amis. Toutefois, je dois avouer qu'alors que je viens seulement d'achever la première des dix parties de cette œuvre, il m'est nécessaire de marquer une pause avant d'en poursuivre la lecture, comme on ressent le besoin de choisir d'autres plats que celui dont on vient à peine de découvrir la saveur délicate et qu'on privilégierait sans hésiter s'il ne fallait en goûter qu'un jusqu'à la fin de ses jours, mais qui écraserait alors tant les autres de sa brillante mais répétitive omniprésence que l'on viendrait à en oublier le plaisir de la variété de ce qu'il nous est donné de goûter par ailleurs, avant que, saturés, agacés, nous ne repoussions de manière épidermique le pourtant somptueux et subtil mets.
La recherche médicale permet entre autre de toucher du doigt le quotidien clinique des hopitaux. Les infirmières débutantes sont à l'écoute des plus expérimentées, qui cohabitent avec des techniciens, tous aux ordres des jeunes médecins, qui eux-mêmes font place nette dès que le chef de service fait son entrée. Au bout du compte, et plus encore quand ledit chef de service est une pointure reconnue, tout le monde - infirmières, techniciens, médecins, industriels de la pharmacie ou de l'industrie médicale - tourne autour d'une seule et même personne dont les paroles ont valeur d'évangile. Tout le monde lui court après pour voir son avis, sik bien qu'il doit être bien difficile de garder les pieds sur terre dans ces conditions.
Après une journée à discuter avec un de ces grands pontes, et à assister à certaines ses (impressionnantes) interventions, nous sommes allés au restaurant avec lui et certains membres de son équipe, tous tremblants de l'honneur qui nous était ainsi réservé. Bon connaisseur des lieux (pas bêtes, on l'invite évidemment dans un resto qu'il connait et apprécie), il choisit le vin sans même consulter la carte. Il en connait les yeux fermés le cépage, l'origine, et nous débite ces informations avec l'assurance qui accompagnait ses analyses pointues sur divers sujets de recherche clinique. Woaw. Ce vin doit valoir son pesant de cacahouettes. Nous sommes si coi devant un choix qui semble si renseigné et si solide que nous ne remarquons pas deux détails qui ont évidemment une importance fondamentale. 1- Le vin en question vient d'Afrique du Sud 2- Le bouchon est en métal et se dévisse.
A l'énoncé de ces indices, j'aurais bien évidemment dû avancer prudemment. Mais le toubib, servi le premier, conclut sa dégustation d'une très légère moue approbatrice. Un signe d'approbation plus net ayant fissuré son autorité, je devine qu'il est au comble du bonheur et que le vin dépasse toutes ces attentes. Servi à mon tour, je le goute. Une horreur. C'eût même été moins pire s'il avait été bouchonné (impossible pour cause de bouchon en métal), ou même s'il n'avait pas correspondu à mon goût. Là, c'était tout simplement l'incarnation du vin blanc apprécié du mec qui ne sait pas ce que c'est que le vin. Une chose moelleuse à outrance, balançant sans aucune nuance des arômes si banals qu'on trouve plus de richesse dans un soda. Un truc que tu appréhendes si facilement, si immédiatement, si pauvre, si bête, qu'on ne peut pas laisser le bénéfice du doute au type qui l'a choisit. Il n'a pas de goûts différents en matière de vin, ni même mauvais goût; il n'a tout simplement pas de goût. Il ne peut pas prendre de Coca en sembalble compagnie, alors il opte pour ce qu'il y a de plus approchant.
Pour vous dire, c'était si mauvais que j'ai fini mon verre et terminé à l'eau. Je vous rassure, personne n'a pipé mot, tout le monde est resté bien civil. Renseignements pris cependant, tous les français présents à la table partagent mon analyse, même s'ils ont tous comme moi terminé leur verre sans rien laisser paraitre. C'est triste pour le toubib car si ça se trouve il s'est mis au vin sur le tard, mais il est tellement accoutumé à n'être accompagné que de vassaux qui le regardent respectueusement que personne ne lui a jamais fait goûter une vraie bouteille! Ah la dramatique solitude du ponte sur son Olympe...
Les sériophiles les plus éminents mettent évidemment tous un point d'honneur à peupler leur palmarès personnel de séries cultes peu connues (ou peu reconnues), ce qui est d'ailleurs chose aisée étant donné le nombre et la qualité de la production américaine. Malgré tout, quelques grands noms se dégagent. Passés les deux maîtres toute catégorie confondue (Six Feet Under et les Sopranos), on trouve un petit groupe de séries majeures (The Office, The Shield, Battlestar Galactica, House...) parmi lesquelles nous avons pioché notre grand chouchou du moment: The Wire. La série - achevée - éclaire en cinq saisons et autant d'enquêtes divers aspects (noirs, déprimants et profondément humains) de la ville américaine de Baltimore, nationalement connue pour son acquarium, sa criminalité et son taux de chômage record. Dans l'ordre des saisons: la guerre contre la drogue, les syndicats, l’éducation, la politique et, pour finir, le journalisme. Je vous avoue n'avoir pour l'instant vu que la première saison, mais elle m'a tant emballé que malgré la crise-qui-bride-mon-pouvoir-d'achat j'ai vendu toutes mes actions et déjà acheté les quatre autres.
Ecrite par un ancien journaliste chargé des affaires de police au Sun de Baltimore, cette série exigeante multiplie les paris risqués. D'abord, son sujet est âpre et amplement politique - car à dépeindre dans le détail le déroulement du traffic de drogue, on comprend bien que l'attention des politiques est porté ailleurs - quand ils ne sont pas complices. Par ailleurs, le moins qu'on puisse dire est que l'auteur ne se sent pas obligé de n'offrir que d'éclatants happy ends. Ensuite, le traitement refuse tout manichéisme: on passe presque autant de temps parmi les dealers que parmi les policiers. On apprend le quotidien, les petitesses et les moments de grandeurs des uns et des autres. Et sans un seul instant nier la gravité du traffic des premiers, on en gagne une image nuancée et différentiée. Par ailleurs, on découvre une mécanique policière, judiciaire et politique consanguine gangrénée par les enjeux de pouvoir et la corruption. Quand aux simples flics, rares sont ceux finalement qui n'ont absolument aucune arrière-pensée. Enfin, les enquêtes voient large. The wire est connue pour être la série brassant le plus de personnages majeurs (plus de cinquante), qu'elle prend chacun le temps de détailler et d'humaniser. C'est un plaisir de voir tout ce petit monde qu'on connait si bien intéragir. D'autant qu'évidemment, comme toutes les bonnes séries américaines, les acteurs sont tout simplement parfaits.
Bref, c'est une série courageuse, juste et humaine. Comme si ça ne suffisait pas, l'auteur refuse les coups de théâtre acadabrantesque et préfére avancer sur un faux rythme - ce qui ne manque pourtant pas d'être passionant, et laisse tout bonnement à la renverse lorsqu'un événement majeur se produit (rejoignant en cela le polar à la Connelly). Dans ce concert de louanges, j'oublie le principal: elle est sacrément réussie. Tout sonne juste, tout passionne, tout fonctionne. Pour vous motiver plus encore, deux articles de Télérama sur le sujet (là et là), et le soutien de Barack Obama, qui a déclaré que c'était sa série préférée.
Nous revenons tout juste d'une très belle semaine de vacances en Grèce. Le pays (enfin, du moins la toute petite partie que nous avons vue) est superbe, les couleurs incroyables, les ruines impressionnantes, et les gens détendus et accueillants (peut-être aidés en cela par le fait que nous soyons venus hors saison). Mais ce n'est pas ce qui restera comme le fait marquant de ce voyage pour nous. Non. Courageux, voire un peu inconscients, nous avons emmené Gael avec nous. Une semaine, tous les trois, à se promener tranquillement dans les îles grecques, ça avait de la gueule. Sauf que c'était faire abstraction d'un certain nombre de petits détails. Se trainer deux grosses valises et une poussette, par exemple (ce qui est assez plaisant pour sauter sur un ferry). S'arrêter toutes les quatre heures pour lui réchauffer sa bouffe. Ménager des pauses où il peut gambader et jouer avec de petits cailloux. Vérifier qu'il ne s'étrangle pas en avalant de petits cailloux. Le dorloter s'il tombe malade (c'est arrivé, évidemment). Ne pas trop s'inquiéter quand une pédiatre hélène nous dit qu'il faudra l'hospitaliser si la température ne chute pas. L'empêcher de trop hurler au resto, dans les hôtels ou pendant les 3h d'avion... Du coup, il y a deux façons de juger ces vacances:
C'était une lutte acharnée, terrible, et nous en sommes rentrés bien plus fatigués que nous y sommes partis.
C'était une sortie si riche d'événements que nous avons eu l'impression de partir pour six mois. Une superbe coupure donc.
Quand on regarde les photos que nous avons ramenées de là-bas, et qu'on prend en compte les nombreuses rencontres intéressantes avec des Grecs gagas permises par un Gael charmeur, devinez quel scénario l'Histoire retiendra...
D'abord, l'excellent filtre anti-sarkozy sur Internet, signalé par mon frangin;
Ensuite, de courageux thésards qui dansent leur sujet de thèse (je vous conseille les vidéos), signalé par Télérama (Alex, j'attends ta chorégraphie!)
Et le LipDub: il s'agit de clips en playbacks qui doivent être tournés en une prise, au boulot, et se terminer par une chute commune. Ca se prête pas mal aux start-ups et aux boîtes de com'. Une des plus convaincantes se trouve là.
Ils sont beaux mes CDs, ils sont beaux mes CDs, m'sieurs dames! La récolte n'a pas particulièrement donné en quantité, mais alors là là qualité mes aïeux, je vous dis que ça!
Une chronique musicale ne serait pas vraiment digne de mon blog s'il n'y avait pas un régional de l'étape, un bon petit groupe français pétri de talent. Cette fois-ci, c'est Syranoqui s'y colle, avec son second album Le goût du sans. Syrano présente une étrange fusion des genres entre une musique à forte teinte "chanson", violons et ogre de barbarie en tête, et un chant plus proche du rap, dense et rythmé. Je vous avais déjà parlé de ce groupe à plusieurs reprises (ils ont pas une vie facile, ils viennent de Chartre. Il faut donc leur faire toute la pub possible!), et j'attendais leur album avec une impatience d'autant plus vive qu'il sort trois ans après le premier. Et c'est une belle réussite. D'abord, leur musique n'a rien perdu de sa pèche ni de son originalité. Les paroles sont intéressantes quoique inégales; émouvantes touchant au poétique parfois, ou bien enrâgées et entrainantes, elles tombent aussi à l'occasion dans le naïf et la facilité. Bref, ça reste du très bon. Mais en prime, Syrano élargit son répertoire avec cet album, et visite du folk plus classique (seul, chantant à la guitare), et du glam rock du meilleur effet. J'adore. En plus, les illustrations ravissantes de l'album (ainsi que les animations des clips) sont faites par le chanteur avec ses petites mains! Finalement, le seul reproche que je pourrais faire à l'album est d'être un peu trop long, au risque d'étouffer l'auditeur lors des premières écoutes. M'enfin, quand on n'a que cela à redire...
Venons en à une autre réussite, dans un tout autre style: Grace/Wasteland de Peter Doherty. Voila un album auquel je ne croyais pas du tout; je voyais d'avance cette grande saucisse poseuse de Doherty se faire téléguider par d'infames producteurs pour capitaliser sur son image d'artiste maudit... Et bien j'ai tout faux: l'album confirme - ce à quoi je ne croyais plus - que Doherty est à tout le moins bourré de talent et de finesse. Et est même possiblement un des tous grands du rock. L'album est beau, tout simplement. Un mélange irracontable, fin et sensible d'une part, rentre-dedans et brut d'autre part. Les mélodies sont à la fois simples et puissantes, et la voix du bonhomme reflête à plein ce mélange de douceur et d'éraillé. En plus, ceux qui s'y entendent en langue de Shakespeare (ou qui prennent le temps de lire doucement les lyrics) jurent que les textes sont magnifiques. Un grand album, donc.
Et pour vous remettre, je vous propose une petite chose tout à fait savoureuse: Lost in the eighties des Lost Fingers. Il s'agit tout simplement de la reprise, à la sauce jazz manouche, des tubes les moins recommandables des années 80: Pump it up, Part-time lover, Billie Jean, Tainted love... Ca nous rajeunit, et permet d'onduler en toute dignité au son de ces tubes efficacissimes. "Hey, c'est du second degré, mec!" D'autant plus que les reprises, pour moi pour qui la culture manouche se limite à Sanseverino, sont des plus agréables!
Ca m'ôte un poids. Maintenant que j'ai vu Harvey Milk et Welcome, je vais pouvoir avoir de nouveau une vie sociale normale sans me sentir coupable de passer à côté de films importants. Non que les cinémas en soient dépourvus de films qui valent le coup d'œil (Frost/Nixon, Coco - non je déconne), mais je pense avoir fait le tour des immanquables pour l'instant. Et j'ai sacrément bien fait.
Pour les quelques lecteurs qui n'en n'ont pas entendu parler (ce que c'est d'être lu aussi en province), Harvey Milk raconte l'histoire de ce pionnier de l'activisme homosexuel qui est devenu le premier élu ouvertement gay de San Francisco (et des Etats-Unis, voire du monde) - avant d'être assassiné. La vie de ce type est riche et passionante, ce qui rendait le sujet prometteur mais aussi sacrément casse-gueule. Premièrement, il fallait réussir à condenser la folle quantité d'événements qui ont émaillé la vie de Milk pendant une décennie de manière digeste et crédible. Et deuxièmement, il fallait que ce bonhomme sympathique, toujours positif et de bonne humeur reste supportable dans un film qui courrait le risque de tourner à l'hagiographie. A mon avis, le film est une réussite car il ne m'a pas semblé tomber ni dans l'un ni dans l'autre de ces écueils. Je ne sais trop expliquer pourquoi: c'est sans doute grâce à la sincérité et à la maitrise de Gus Van Sant (qui signe pour une fois un film grand public parfaitement accessible), et aussi bien évidemment à Sean Penn (note aux provinciaux: il a été oscarisé pour ce rôle). De tous les plans ou presque, il reste absolument adorable et sonne parfaitement juste malgré le destin compliqué du personnage qu'il habite.
Après m'être intéressé aux pédés, j'ai parfait mon bronzage politiquement correct aux m'intéressant aux bougnouls (notez cette habile mise en abîme: une phrase terriblement politiquement incorrecte - voire dégueulasse - qui se targue de politiquement correct. J'en ris encore). Bref, je suis allé hier voir Welcome. Il narre comment un calaisien, pas spécialement concerné par le sort des clandestins jusque là, prend sous son aile protectrice un kurde qui s'est mis en tête de rejoindre sa fiancée à Londre en traversant la Manche à la nage. Là aussi, le beau sujet est sacrément casse-gueule: il est bien tentant d'accoucher d'un film simplement moralisateur, tire-larme et tire-indignation. Ce ne serait pas méprisable, d'ailleurs, mais il se trouve que Welcome dépasse bien le cadre du documentaire engagé. C'est bien simple: tous les personnages sont parfaitement crédibles, attachants, et les différentes histoires sont parfaitement équilibrées. Le film commence d'ailleurs par ne suivre que Bilal (le kurde), pendant 20 minutes édifiantes. Au terme de cette partie, la démonstration peut commencer à être un peu pesante. C'est alors qu'intervient ce calaisien indifférent, magnifiquement joué par un Vincent Lindon débordant d'humanité. C'est alors le film prend chair. Bien sûr, le sort des clandestins reste au coeur du film, mais il est d'autant plus fort qu'on croit aux quelques personnages qu'on suit: Bilal, sa fiancée promise à un mariage d'intérêt, Vincent Lindon, sa femme avec qui il est en instance de divorce, et qui milite dans un association d'aide aux immigrés. On va voir ce film pour en savoir plus sur la façon dont on traite les clandestins. On ressort bouleversés par une belle histoire humaine. Qui est aussi (mais après) un témoignage dérangeant sur la Sarkozie.
Qui parmi vous, lecteurs, ne s'est jamais trouvé avec un groupe d'amis/parents/collègues à déambuler dans une ville inconnue quand sonne l'heure du repas et vient le moment de choisir un resto? Et surtout, qui parmi vous à réussi à s'acquitter de cette tâche en moins d'une heure quand, terrassé par la faim, on cesse de sauter de crêperie en pizzeria puisque, évidemment, le choix ne conviendra jamais parfaitement à tout le monde? "Oh, non, je suis pas très chinois. - Et moi j'ai mangé un pizza hier -Pis là ça a pas l'air très sympa"... Dès qu'on est en groupe et qu'on doit décider de quelque chose, c'est la croix et la bannière. Ca prend des plombes, on discute sans fin, on se ressert un apéro, et on rediscute encore. C'est très sympa et pittoresque, mais faut pas être pressés.
Or, pressés, on l'est parfois. Ah, ces réunions interminables en entreprise où rien jamais ne se décide! Et bien figurez vous qu'il existe quelques rares exceptions à ces modèles d'inefficacité bavarde que nous sommes. Et oui. Nos dirigeants.
A l'occasion du G20, ils se retrouvent pour rien de moins que pour juguler une crise mondiale et refonder un système sur lequel le monde entier se fonde depuis plus d'un demi-siècle (enfin, pas un monde complètement entier sur toute cette période, mais beaucoup beaucoup de gens, tu vois). Pour corser la chose, ils ne se retrouvent pas à deux ou trois. Ni même huit, comme au bon vieux temps. A 20! Enfin, plutôt à 35 puisque parmi les 20 l'Europe ne compte que pour un siège. Et puis tu peux y aller sur les différences de point de vue! Y a des pauvres et des riches, des ultra-libéraux et des modérés, des Chinois, des Indiens, des Brésiliens et des Polonais. Perso, j'aimerais pas avoir à choisir un resto avec toute cette smala! Faudrait des semaines! "-On est tous d'acoord? -Ben non, je suis sikh, je ne mange pas de crêpes au froment..."
Pour un resto, ce serait galère, mais pour refonder le capitalisme, pas de problème! Si on regarde de près le programme du G20, on se rend compte que ces messieurs ne se sont réunis qu'aujourd'hui. Et encore, c'est tranquille le petit rythme: petit dej' à 8h, session du matin de 9h à 12h, déjeuner de travail (quand même) puis petite réunion digestive de 14h à 16h, et là on pond le communiqué final. Un coup d'Eurostar, et on est rentré pour l'apéro, justement!
Cinq heures. A trente-cinq. Ca doit faire dans les huit minutes de temps de parole par tête. Disciplinés, efficaces les gars! Et je te fais cadeau de la rédaction du communiqué pendant la réunion, ainsi que des problèmes de traduction!
D'où cette légitime interrogation qui me taraude. Hommes politiques et médias ne nous auraient-ils pas mentis en nous vendant une réunion cruciale-au-sommet-où-tout-se-joue? Les décisions n'ont-elles pas plutôt été prises pendant les semaines qui précédent, entre sherpas travaillant jours et nuits? Et notre président n'a-t-il pas fait tout un foin pour rien en menaçant de taper de son petit poing sur la table si les débats ne le satisfaisaient pas alors qu'ils connaissait probablement déjà quel serait l'accord final exact?
Malgré le vent monumental que je viens de me prendre sur mon top 10 des livres, je vous offre un petit diaporama des trois derniers mois de Gael. Je suis trop bon.
Et puis je vous recommande la lecture d'Alternatives Economiques, en particulier à ceux d'entre vous qui sont en bute à des interlocuteurs hyper-rationnels avec qui on ne peut discuter que si on maîtrise chaque dossier sur le bout des doigts. A la lecture de ce très factuel et très argumenté magasine, on se rend compte qu'on a très souvent bien raison de penser ce que l'on pense sur divers excès du libéralisme. Ca me fait un bien fou, car à trop cotoyer des interlucteurs s'étonnant de mon parti-pris, j'en viens à douter de mon objectivité. Je sors donc de mes lectures d'AE tout requinqué, gorgé de chiffres que j'ai tôt fait d'oublier et surtout d'une inébranlable confiance en mon opinion. Et puis, il est si bon de voir mille idées reçues démontées avec un calme scientifique. Je cite un exemple parmi tant d'autre (qui a l'avantage d'être accessible en ligne) pour tenter de vous convaincre...
Télérama a publié la liste des 10 livres préférés de 100 écrivains français contemporains. Passée ma honte d'en connaitre fort peu, je me suis demandé à quoi ressemblerait la mienne. Exercice difficile, tant il est certain qu'on doit oublier la moitié des livres qui mériteraient d'y figurer. M'enfin, pour ce que ça vaut, voici ma liste:
Les mains sales de Jean-Paul Sartre. Assurément le livre qui m'a le plus secoué quand je l'ai lu. Une pièce puissante sur la difficulté de l'engagement quand on n'appartient pas au milieu social considéré.
La force de l'âge de Simone de Beauvoir. Des auteurs classiques, j'ai surtout accroché à Sartre et de Beauvoir (du moins quand j'arrive à les comprendre). Les autobiographies de de Beauvoir m'ont donc forcément passionné, entre âfres de l'écriture et engagement politique, du calme de leur chambre d'hôtel aux fonds des cafés de Saint-Germain des Prés.
L'écume des jours de Boris Vian. Un monde hallucinant, original, poétique et brillant.
Si c'est un homme de Primo Lévi. La shoah de l'intérieur, sobre et secouant comme peu de témoignages sur le sujet.
La conscience de Zeno d'Italo Svevo. Une oeuvre peu connue en France mais que j'ai été étonné de voir bien classée par nos auteurs contemporains. L'auteur nous y dépeint les grands échecs de la vie d'un bougeois paumé de Trieste au début du XXème siècle. Dépaysant, précurseur (parait-il), mais surtout très marrant.
L'empereur-dieu de Dune de Frank Herbert. Je voulais choisir un des bouquins du cycle de science fiction de Dune; j'ai pris le plus original, qui représente parfaitement la cohérence et l'originalité du monde d'Herbert.
Fondation et empire d'Isaac Asimov. Là aussi, il fallait prendre un des livres du cycle de la Fondation. Et là aussi, c'est dans un univers riche, original et parfaitement cohérent que nous sommes conviés à nous plonger.
Pars vite et reviens tard de Fred Vargas. Je ne vais pas m'étendre, vous connaissez forcément. Sans surprise, je choisis celui de ces romans qui est considéré comme le plus abouti.
Deuil interdit de Michael Connelly. Je vous ai déjà entretenu de la haute estime en laquelle je tiens cet auteur, qui refuse les artifices faciles des coups de théâtre à répétition pour mettre en place des intrigues fortes, sérieuses, et parfaitement bien troussées.
La patience de l'araignée d'Andrea Camilleri. Et là aussi, je ne vais pas répéter en longueur des posts précédents: une Sicile pitoresque, mais surtout un personnage fort et charismatique.
Comme à chaque top 10, je vous invite à réagir et à me soumettre votre liste à vous!
Pour déconner, je suis allé voir la couverture de la journée de grève par lefigaro.fr. Ils ne peuvent pas nier son succès, mais le premier titre porte sur l'état du trafic SNCF et RATP. N'oublions pas qu'une grève, c'est d'abord prendre le brave travailleur en otage! Je vous invite à jeter un oeil sur les commentaires de leurs lecteurs sur ce sujet... Très bon, et il y en a tant que ça ne doit pas être du second degré! Abusez pas, après une demie-douzaine de ces commentaires, l'amusement s'estompe et on commence à avoir sérieusement mal au ventre...
A l'occasion de la sortie du film Watchmen, j'ai comblé ma honteuse lacune en lisant la BD dont il est tiré. Ce faisant, et malgré l'immense qualité du bouquin, je me suis bien gaussé du terme pompeux de "roman graphique" que nombre de fans préfèrent utiliser à son endroit en lieu et place du banal BD. Je les comprends quelque part, tant il est vexant de voir certaines œuvres fortes n'ayant rien à envier aux meilleurs des romans être pris pour de bêtes distractions de gosses (l'exemple-type étant évidemment le Maus de Spiegelman). Mais blague autour de ce "roman graphique" mis à part, j'ai réalisé que je vous parlais extrêmement rarement de mes lectures graphiques sur le blog. Ce post va quelque peu rattraper cette tendance en vous décrivant mes dernières découvertes. Mais je vous réserve aussi un billet futur consacré à quelques BDs un peu plus anciennes qui sont passées au travers de mailles du filet du blog.
Commençons avec Marzi, BD narrant l'enfance d'une polonaise alors que la domination communiste touche à sa fin. Le bouquin est charmant, de part son dessin mangakesque et sa juste observation de l'enfance. Mais on voit bien qu'il s'adresse à un public d'enfants (la BD est publiée dans le journal de Spirou) et si il est certainement des plus justes pour ce qui les concerne (leur ouvrant les yeux sur d'autres enfances), j'aurais aimé plus de noirceur à l'occasion, et que la description du quotidien dans cette dictature soit plus qu'une toile de fond.
Dans le registre noir et beau, je suis servi avec Au revoir Monsieur. D'un trait sec, on nous y narre avec efficacité le déroulement d'un drame dont un enfant est témoin. Le dessin plante parfaitement le décor d'une rude campagne provençale au moment des vendanges, quelque part autour des années 50. Un monde difficile et étouffant, parfait pour une histoire malsaine où le silence règne en maitre.
Venons en aux fameux Watchmen. Je connaissais déjà bien la réputation du scénariste à moitié taré Alan Moore, à qui je devais déjà les frissons du superbe V comme Vendetta, et un From Hell sans compromis. Mais j'étais passé à côté de ce qui semble être, selon les connaisseurs, son œuvre maitresse. En douze épisodes parfaitement découpés, il nous plonge dans une Amérique contemporaine de la BD (la moitié des années 80) dans laquelle les super-héros existeraient vraiment. Utilisés par le gouvernement, ils matent l'insécurité dans une ambiance bien réactionnaire, permettent la victoire des boys au Vietnam et bloquent le Watergate, ce qui vaut à Nixon d'entamer son cinquième mandat. Seulement, la mécanique se dérègle quand un des super-héros à la retraite se fait assassiner... Cette BD est effectivement une œuvre d'une grande profondeur. La toile de fond est sacrément travaillée, les personnages sont fouillés et très humains (un épisode est consacré à chacun d'entre eux), et le scénariste s'autorise l'utilisation de moults symboles et clins d'oeils artistico-philosophiques (dont la plupart ont d'ailleurs dû m'échapper). Tout au plus pourrait-on reprocher à cette BD ses couleurs criardes et son dessin plan-plan, mais ces défauts - dus au fait que les auteurs ont repris les codes des "vraies" BD de super-héros - sont effacés par la maitrise du découpage et des parallèles assez brillants entre les différentes vignettes. Voila donc une longue BD qui mérite sa réputation - voire, pourquoi pas, le titre de roman graphique. Je me permets cependant de vous prodiguer deux conseils. 1- Essayez de ne pas vous avaler toute la BD en un week-end, comme je l'ai fait. On perd la saveur des épisodes intermédiaires tant on a envie de connaitre la fin. Et 2-, n'attaquez pas le dernier épisode un soir pluvieux de déprime...
Et enfin, l'album que j'ai préféré de cette pourtant excellente moisson est Lulu femme nue de Davodeau. Pour ceux qui ne le connaissent pas, Etienne Davodeau est un auteur de BD atypique en ce qu'il raconte des histoires peu spectaculaires de "vrais gens". Sa grande spécialité pour ce que je connaissais de lui jusque là, c'était le documentaire (Rural! sur des agriculteurs bio luttant contre une construction d'autoroute, Mauvaises gens sur la vie de ses parents dans un village angevin). Il raconte dans Lulu l'histoire d'une quadragénaire, mariée et avec trois enfants, qui plaque tout pendant quelques jours lors de sa crise de la quarantaine. Comme d'habitude chez Davodeau, c'est peu spectaculaire mais d'une justesse et d'une humanité époustouflante. J'attends avec grand impatience le tome 2, dont il nous narre la création sur son blog.
Cette fois-ci, ce sont presque uniquement de vieilles connaissances qui me rendent musicalement visite. Et qui ne me rajeunissent pas des masses.
Suivons donc l'ordre chronologique des souvenirs. Le U2 passionnant s'arrête définitivement pour moi avec Achtung Baby. Le dernier - No line in the horizon - est agréable et pas inintéressant, mais bon, il me passe quand même facilement entre les oreilles sans laisser beaucoup de traces.
Par contre, Sinsemilia et son En quête de sens m'a plus convaincu. Je sais, nombreux sont ceux que leurs paroles de reggae moral rebutent. Je comprends qu'ils peuvent être mépris pour des donneurs de leçon prétentieux. Personnellement, je les crois sincères au delà de tout soupçon quand ils assurent ne pas se donner plus d'importance qu'à n'importe quel type un peu idéaliste, un peu gaucho, refaisant le monde toute la nuit autour d'un feu sur la plage. Partant de là, leurs paroles sont des plus rafraichissante pour qui veut prendre un peu de recul sur ce monde dont on nous vante le réalisme et le pragmatisme. Dans leurs meilleurs moments elles sont fortes et touchantes, et dans leurs pires phases, j'excuse de grand coeur leur naïveté. Musicalement, leur rock-reggae est parfaitement en place, et est suffisamment riche pour que l'ambiance change pas mal de chanson en chanson. Ce dernier album ne révolutionne pas la musique, mais il permet de retrouver un vieux bon pote fiable, perdu de vue pendant 5 ans et qui revient fidèle à lui-même, un peu plus mature.
Dans une veine un peu équivalente, la rue Ketanou est également venue nous péter la bise avec A contresens. Ca fait également bien plaisir de retrouver leurs mélodies simples, leur générosité rentre-dedans et leurs paroles au-dessus de la mélée. Cependant, je vais être un peu dur, mais il me semble qu'à la différence de Sinse leur dernier album n'apporte pas grand chose à leur discographie. C'est un peu cruel car eux aussi essayent de se renouveler musicalement, en s'avançant aux frontières du rock électrique ou en s'ouvrant à des sonorités plus jazz. Mais - peut-être parce qu'ils n'ont pas la profondeur musicale de l'orchestre Sinsemilia - ça n'a pas suffit à complètement renouveler l'intérêt. Attention, l'album est tout à fait sympathique et je l'écoute avec plaisir, mais il est loin de me marquer autant que les livraisons précédentes. Peut-être vieillis-je, remarquez.
Enfin, une petite déception (elle aussi à nuancer: j'ai dit "petite"!) me vient des Fatals Picards et leur Sens de la gravité. Alors que les deux albums précédents étaient pléthoriques en textes à hurler de rire et à s'enrager politiquement, étayés par des musiques variées quoique péchues, le dernier album est plus court et plus monotone. Les textes ont leurs bons moments aussi, mais je n'ai pas trouvé de perles absolues comme sur le dernier album (qui en regorgeait). Et les 13 courtes chansons souffrent la comparaison d'avec les 17 longs morceaux de Pamplemousse Mécanique, d'autant que deux des 13 sont des auto-reprises! Voila qui donne un goût de mini-CD de transition bien décevant. D'autre part, les Fatals se recentrent clairement sur le gros rock qui tâche point barre. C'est très efficace et ça doit bien donner en concert (voir le formidable Seul et célibataire 2, que je ne peux écouter au boulot sans gigoter partout), mais moins varié qu'avant. Difficile de ne pas voir dans cette perte (relative) de la richesse des textes et de la musique les conséquences du départ d'Ivan, le minuscule et chauve membre fondateur qui vient de quitter le groupe pour se consacrer à sa carrière perso... Dommage, car - vous l'aurez compris - même si l'album est plaisant, il est loin de ses deux formidables prédécesseurs.
Et oui. Cinq ans, un mariage, une thèse et un Gaelou après sa première tentative, le plus sportif de vos bloggers favoris a explosé sa précédente marque de 6min30 à l'occasion du marathon de Paris. Et ce malgré des conditions déplorables: pluie et vent (relatifs, mais il n'a plu que deux heures ce jour là, et c'était exactement les deux heures de course), et surtout mise en place catastrophique de l'organisation qui nous a contraint de partir en fond de grille, et donc à doubler les plus lents en slalomant sur l'intégralité du parcours. Nous? Oui, nous. Car un jeune loup s'est joint à ma foulée aérienne, et a même réussi à force de volonté à terminer dans un temps très honorable après s'être épuisé à suivre mon rythme souverain
Je m'en suis déjà agacé concernant les sorties de CDs, mais le cinéma souffre du même maux. Les fins stratèges du marketing nous gratifient de périodes extrêmement fastes en excellents films, ce qui oblige à développer une certaine discipline pour en rater le moins possible (surtout quand il faut garder alternativement un petit être à l'âme d'explorateur). Avant les immanquables prochains mois de disette, voici une nouvelle chronique ciné américaine, Oscars obligent.
Tout d'abord, j'ai été complètement conquis par The Wresler. On y suit une vieille gloire du catch qui continue, bon an mal an, sa carrière déclinante. Il ne remplit plus que des gymnases minables et ses cachets sont tellement faibles qu'il travaille dans un supermarché pour payer le loyer de son mobil-home. On suit donc l'existence tristounette d'un looser qui se satisfait de son sort tant son sport lui plait. Mais une attaque cardiaque le contraint à arrêter le catch, à essayer de séduire la strip-teaseuse elle aussi vieillissante qu'il aime, et à renouer avec sa fille. Je sais, le milieu du catch mis à part, cela semble cousu de fil blanc. Le héros un peu minable au grand coeur qui va chercher à conquérir sa belle et retrouver la fille qu'il a peu connu, on sent venir les violons à des kilomètres... Oui mais voila, la mayonnaise prend formidablement. Grâce tout d'abord au réalisateur Aronovky, brillant metteur en scène de Requiem for a Dream, qui a eu l'intelligence de mettre un mouchoir sur sa virtuosité technique pour suivre sobrement, caméra au poing, son héros pratiquement de bout en bout. Grâce ensuite à une classieuse Marisa Tomei, touchante de naturelle, qui donne épaisseur et humanité à son personnage. Et grâce surtout, ça a été dit et redit, à un Mickey Rourke époustouflant dans le rôle titre. Je vous précise que je ne suis pas allé voir ce film pour admirer une bête de foire tant je ne connais rien à la carrière antérieure de Rourke. Qu'il soit passé de beau gosse à, pour reprendre une expression du Masque et la Plume, "une bestiole étrange, à mi-chemin entre Amanda Lear et Philippe Lucas", je m'en contrefous. Par contre, Dieu qu'il joue parfaitement ce rôle! Il est pratiquement de tous les plans et parvient sans jamais lasser à habiter ce personnage mi-ridicule mi-touchant. Si bien que très vite on lui veut du bien, on souffre avec lui et on se réjouit quand les événements lui sont favorables. Et enfin, cerise sur le gâteau, il y a cette intéressante immersion dans le surprenant milieu du catch. On y découvre une camaraderie virile étrange entre mâles testotéronnés qui s'étreignent dans les vestiaires après s'être envoyés mille mandales sur le ring, dans des combats truqués qui laissent bonne place à l'improvisation. Bref, une réussite totale, jusque dans la façon de dénouer cette histoire que je croyais condamnée soit à un happy-end niaiseux, soit à une fin tragique terriblement convenue.
Je suis également content de Gran Torino de Clint Eastwood. Il s'agit de ce film intéressant où Clint campe un vieux vétéran de la guerre de Corée, ouvrier de Ford à la retraite, misanthrope et raciste. A son corps défendant, il va sympathiser avec ses voisins asiatiques et aller jusqu'à nouer un rapport filial avec leur enfant. Voila qui va faire se remettre en question le vieux Clint nationaliste et fier de ses armes. Le film est réussi. Il est drôle dans sa plus grande partie, lorsqu'il joue sur le choc entre l'univers carré, viril et conservateur de Clint et le monde tel qu'il est. Il est puissant, fort et touchant dans ses parties plus dramatiques (car il est aussi question de gangs de jeunes). Et il est beau, de cette beauté grave et un peu monolithique dont Clint a le secret. Le film m'a donc plu, vous dis-je. Par contre, je me vois obligé de nuancer quelque peu. Gran Torino ne m'a pas complétement retourné comme l'intégralité de la critique et bon nombre de mes amis. En particulier, je dois avouer avoir trouvé le scénario bien léger dans la phase de transition où Clint se fait "apprivoiser" par ses voisins. Ces asiatiques sont vraiment des caricatures d'immigrés sympas: tu peux les insulter sans relâche, les repousser une quinzaine de fois, ils restent souriants et détendus (même après avoir échappé de peu à un viol) et t'ouvrent grand les bras. De quoi faire fondre même le plus grogneur des Clint. Voila. Mais ce n'est qu'un petit bémol tant le film est par ailleurs drôle, touchant, beau, et intéressant dans ce que le vieil inspecteur Harry pense de la violence sur ses vieux jours.
Enfin, je ne l'ai pas vu au ciné, mais j'ai enfin rattrapé mon retard sur Zodiac de David Fincher. Cette histoire vraie d'un serial-killer qui n'a jamais été identifié avec certitude se recentre sur trois personnages que cette enquête a hanté toute leur vie: deux journalistes et un flic. C'est tendu, original (tout en fausses pistes), superbement joué et très fin. Mais je déconseille de le regarder avant de se coucher!
Et enfin, avant de vous laisser, je vous indique cet article de Courrier international qui raconte l'énormité des accusations auxquelles Berlusconi a encore échappé, dans le silence assourdissant d'une opinion publique désintéressée.