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mardi, juillet 27, 2010

Mon animal totem


Vous connaissez mon naturel enjoué et guilleret. Je peux cependant vous dévoiler une technique infaillible faisant chuter instantanément mon humeur. Petite étude de cas.
Par une belle journée de printemps, profitant des premiers beaux jours, je me rends au parc avec mon fils. Je rayonne la joie et l'optimisme. Soudain, c'est le drame: dans un instant de naïveté, je m'oublie et détourne le regard vers la vitrine d'un agent immobilier. J'y lis quelques chiffres. Mon visage s'assombrit. Mes mâchoires se serrent. L'après-midi est foutue.
Ou encore: une soirée super-sympa avec de bons potes. On a bien bouffé, un repas sévèrement arrosé et on attaque le digestif en refaisant le monde. Bêtement, l'alcool aidant, on oublie le règlement tacite: ne jamais parler d'immobilier. L'ambiance retombe. Les regards se font sérieux et se perdent dans le lointain. La soirée est finie.

Dieu sait que je suis prompt à m'enflammer sur tous les sujets qui choquent ma conscience sociale. Mais les prix de l'immobilier présentent une grande originalité. C'est en général en pensant aux autres que je me scandalise, en me mettant ceux qui n'ont pas la chance d'avoir une situation aussi confortable que la mienne, et qui se retrouvent exposés à divers aléas que je trouve injustes.
Pour ce qui concerne l'immobilier, j'expérimente une frustration bien plus personnelle. Certes, la quasi totalité de la population en souffre aussi, et souvent beaucoup plus intensément que moi. Mais je dois avouer que ces considérations ne me parviennent qu'en seconde analyse. Ce que je ressens comme une évidence, dans une fulgurante immédiateté, peut être assez justement résumé comme suit: je l'ai dans le cul, chaque année plus profond, et je ne peux rien faire.

Le constat est banal: l'immobilier est hors de prix à Paris. Seulement, je trouve qu'on a trop tendance à considérer la chose comme une espèce d'immuable loi naturelle. On a tôt fait de trouver mille explications conjoncturelles (l'investissement dans la pierre en période de crise notamment), ou démographique (on est plus et donc c'est plus dur de trouver un appart' dans Paris). Plutôt que d'essayer de réfuter ces explications dans le détail (pour le plaisir: l'immobilier monte en temps de boom comme en temps de crise depuis 10 ans; la population a dû augmenter de 8% en 10 ans, tandis que les loyers grimpaient de 100%), j'ai deux grands arguments:
  • On voit de tout dans les capitales. Berlin coûte 3 fois moins cher, Londres 3 fois plus cher (à la louche. ca dépend des quartiers, mais l'ordre de grandeur est celui-là). Va chercher une loi naturelle dans ces conditions!
  • Surtout, je ré-attire votre attention sur l'édifiante courbe de Friggit que j'avais déjà incluse dans ce blog. Elle y montre que le prix de l'immobilier est resté constant par rapport aux revenus des ménages entre 1960 et 2000, et ce que ce soit à Paris, dans l'Ile de France ou en Province. Seule exception: une bulle à Paris, débutée en 1985, et dégonflée depuis la guerre du Golfe.
Cela me semble déjà mériter une parenthèse: en 1985 aussi, on trouvait d'excellentes raisons pour expliquer l'augmentation délirante constatée. Et puis, un événement qui n'a absolument rien à voir a affolé tout le monde, et les prix ont chuté. Ca vous évoque plutôt des tendances de fond ou une fièvre speculative, ce genre de comportement?
Quoiqu'il en soit, après une très longue période de stabilité qui semble démontrer l'existence d'un équilibre économique (on utilise raisonnablement x% de son revenu pour se loger), depuis 2000, c'est l'explosion. A Paris bien sûr (x1.9). Mais aussi en Ile de France (x1.8), et en Province (x1.7).

Alors, ami lecteur, quel plus beau dindon de la farce peut on imaginer qu'un ingénieur achevant sa formation en 2001? Et oui mon coco, si tu étais arrivé 10 ans plus tôt, tu aurais pu te payer sans trop de problème un joli 4 pièces à Paris. mais tu es né trop tard, et tu peux tout au plus rêver d'un deux pièces un peu branlant, avec un emprunt à 25 ou 30 ans!
Soyons sérieux deux secondes. Si un mec qui a le pot de sortir avec un diplôme très apprécié, et dont le salaire se trouve dans les plus haut percentiles du pays (ça veut dire qu'il est dans le top 5% ou quelque chose comme ça des revenus), avec en plus un arrière-fond familial respectable pour rassurer le banquier, ne peut envisager qu'un trois pièces riquiqui à 3-4 stations de RER de Paris, c'est qu'il y a maldonne.
Qui peut s'offrir un appart' raisonnable à Paris sur la base de son seul travail? Quelques avocats d'affaires, quelques toubibs, quelques financiers, point barre. Et encore, quelle absurdité que de constater que ces quelques métiers, les mieux récompensés par la société (pour des apports très divers, je suis d'accord avec vous) peuvent au max s'offrir un quatre pièce à Paris. Bravo mon gars, vous étiez 10000 au départ, tu es arrivé le premier, tu as bien mérité 65 m²! Ca c'est de la méritocratie!
Autrement dit: sauf rare exception, personne ne peut se payer d'appart' à Paname, parmi les centaines de milliers de ceux qui pourtant existent et ont donc un propriétaire. Comment cela se fait-ce? Et bien c'est tout simplement que personne ne peut se le payer avec son travail, mais ils sont plein à se les payer avec leur patrimoine. Leur capital.
Evidemment, si pépé te lègue 5 appart', tu n'auras aucun mal à en acheter quelques autres pendant ta vie! Récupérer 5000 euros tous les mois à rien foutre, ça permet d'envisager l'avenir avec sérénité.
De constater quotidiennement cet indéfendable écart entre une minorité de possédants, évidemment majoritairement âgés, et une majorité de couillons (dont je suis, avec 99% des jeunes du pays) qui peuvent se débattre tant qu'ils veulent mais n'ont de toute façon aucune chance d'accrocher le rêve un peu fou d'avoir une cinquantaine de mètres carrés à eux, le temps de leur petite vie, ça me mets les nerfs. Je suis impuissant. Je ne peux que regarder les prix monter, monter, monter encore, et espérer qu'une guerre du Golfe ramène les spéculateurs à la raison.

Ce billet se fait long, je vais donc conclure sans quelques digressions que j'avais pourtant en tête. Une précision majeure tout de même: pour les besoins de la façon dont j'ai voulu dérouler mon histoire dans ce post, et pour vous expliquer honnêtement les raisons d'une colère viscérale, peut-être plus viscérale encore que d'habitude, je me suis centré sur mon petit cas personnel.
La première conséquence est que je me suis concentré sur le cas de Paris, cas paroxystique il est vrai. Cela dit, la courbe de Friggit montre bien que le comportement est global: ma génération devra suer bien plus que la précédente pour vivre dans plus petit, où qu'elle soit. Et on pourrait attendre des loyers plus raisonnable à Paris, même s'il est normal qu'ils soient bien plus élevés qu'en Province. Encore une fois, je ne vois pas de loi naturelle interdisant que les prix soient deux fois plus faibles (d'ailleurs ils l'étaient il y a 10 ans).
Mais la précision la plus importante est que mon cas reste celui d'un grand privilégié. Je ne perd évidemment pas de vue que les prix exorbitants de l'immobilier ont des conséquences infiniment plus sévères sur les employés moins bien lotis que moi, contraints de s'exiler à des heures de trajet de leur lieu de travail. Un travailleur sérieux devrait, même dans un monde libéral, pouvoir se loger dans des conditions raisonnables de confort et d'éloignement.

Une dernière interrogation pour la route. Etant donné que virtuellement tout le monde constate le phénomène, et que chacun en souffre au quotidien, comment se fait-il que la question ne devienne jamais politique.
Puisqu'il y a définitivement quelque chose qui ne va pas dans le mécanisme de fixation des prix de l'immobilier, se traduisant par un déséquilibre caricatural au détriment du travail, pourquoi diable n'y a t-il pas de formation politique pour proposer de réguler la chose?
Et pourquoi les citoyens ne les forcent-ils pas à se positionner sur cette question?

jeudi, juillet 01, 2010

Retraites


Puisqu'on me le réclame sur tous les canaux, je m'en vais mettre à profit cette deuxième soirée successive sans foot pour vous parler un petit peu des retraites. En fait, ce post va constituer une rapide et imparfaite paraphrase de l'excellente série de trois articles parus sur le sujet dans arretsurimages.net. J'incite les fidèles abonnés que vous devez être à vous y jeter sans délais, et aux quelques rares de mes lecteurs qui n'ont pas investi les risibles 35 euros annuels nécessaires à s'abonner à réparer cet oubli prestement.
(En plus, maintenant, Didier Porte va effectuer la chronique hebdomadaire qu'il ne peut plus tenir sur France Inter sur arretsurimages.net)

Ces articles commencent par dénoncer une dramatisation exagérée. On nous agite le chiffon d'un incommensurable déficit (2 600 000 000 000 d'euros cumulés en 2050, rien que ça) pour nous vendre les plus drastiques des réformes comme étant inéluctables. En fait, le problème (tout à fait réel) est ramené à de plus justes proportions quand on dit que le poids des retraites devrait passer de 13.4% de la richesse nationale aujourd'hui à 15.3% en 2050 (dans le scénario moyen retenu par le gouvernement). Ça a l'air plus humain, non?
D'où vient donc cet empressement gouvernemental? Et bien du fait que le déficit des recettes s'est creusé très spectaculairement dernièrement (30 milliards). Seulement, c'est un effet purement conjoncturel dû à la crise économique, et non pas une conséquence de l'évolution démographique de fond.
Le déballage de l'artillerie du report de l'âge à la retraite semble donc surtout avoir l'effet bénéfique de permettre au gouvernement de se donner un peu d'air à court terme, ne serait-ce que pour rassurer les pauvres petits marchés qui sont assez tatillons par les temps qui courent. Et ce d'autant plus que le recul de l'âge de la retraite amène tout une série d'effets de trésorerie bénéfiques à court terme...

Passée cette première analyse, on peut se tourner vers l'argument de fond, qui nous est assené encore et encore avec d'autant plus de bonheur qu'il a l'air d'une indéniable logique: puisqu'on vit plus longtemps, il faut travailler plus longtemps.
Là encore, le constat doit être ramené à de plus justes proportions. Si l'espérance de vie augmente de façon spectaculaire, c'est essentiellement (et heureusement) parce que les morts prématurées (dont infantiles) sont évitées de plus en plus souvent. L'espérance de vie à 60 ans progresse elle aussi, mais plus modestement: d'un peu moins de 5 années depuis 1980 (contre les 10 ans annoncés par le gouvernement).
Cela doit être évidemment nuancé par le fait que ce gain est réparti très inégalement dans la population (rare contre-argument audible). Et il est même établi qu'un retard de l'âge à la retraite fera reculer l'espérance de vie!
Mais il est aussi un autre indicateur qui a retenu mon attention. Savez-vous que l'espérance de vie "en bonne santé" (c'est-à-dire sans limitation d'activité) est de 64 ans pour les femmes et de 63 ans pour les hommes? On voit à quel point les quelques années dont il est question sont cruciales: on ne parle pas de réduire la durée moyenne de la retraite de 10%, mais de diviser par deux la durée de la retraite en bonne santé!

Grâce à ASI, le problème est donc ramené à de justes proportions, à la fois économiques et démographiques. Cela dit, il n'en reste pas moins qu'il manque des sous!
Dans la dernière partie de leur enquête, les journalistes passent au crible les trois voies de financement proposées par les partis politiques. Une évaluation à la lueur des très brumeuses projections à 40 ans du fameux rapport du COR.
La solution du gouvernement, outre qu'elle peut paraitre injuste (non?), ne permet d'améliorer le solde que de 17 milliards en 2030, alors qu'il en manque 45 dès 2020. La méthode des socialistes consiste à piocher des sous de ci de là pour rassembler la somme en question, mais elle est très vague par endroit. Un mystérieux plan senior doit notamment ramener 6 milliards d'euro en réduisant fortement le chômage des vieux.
Reste le traitement de l'extrême gauche: prendre de l'argent ailleurs, en taxant ou réduisant les dividendes.

Est-il la peine que je vous dise quelle est ma préférence?
(Pour les lecteurs me connaissant mal: ET BIEN ON POURRAIT POUR UNE FOIS PRENDRE L'ARGENT OU IL SE TROUVE! Et taxer pour changer le capital, nom de Dieu! Vue la conjoncture, il n'y a pas eu récemment de moment où de telles mesures seraient reçues plus favorablement, d'ailleurs.
Et puis, ce serait rigolo qu'on sorte de la logique "faut surtout pas faire de mal aux marchés parce que sinon les investisseurs ils vont déserter et on va tous mourir". Juste pour voir, une fois, comme ça...)

lundi, avril 05, 2010

La Canaille



Nous arrivons à un de mes temps préférés de bloggeur émérite. Quand j'ai fait une découverte musicale incroyable, à laquelle j'adhère complètement, et que je peux la partager avec mon large lectorat.
Ce n'est pas tant que j'ai envie de me la péter "découvreur de talents" (quoique c'est vrai que c'est toujours un peu flatteur), mais c'est surtout que j'accroche tant à l'écoute de cet album que j'ai envie qu'un maximum de mes potes y jette une oreille - confiant que le talent du groupe en question fera le reste.
Ainsi donc, après les sommets que constituent Mr Roux, la Blanche et Batlik (voire Loïc Lantoine si on veut bien considérer qu'il n'était pas assez connu quand je l'ai mentionné), let me introduce... la Canaille!

Il s'agit d'un groupe de Montreuil, pas évident à classifier. Si le chant est clairement rap, la musique dépasse de loin la boîte à rythme et les samples répétitifs habituels. La formation de base est même franchement rock (guitare et basse), enrichie d'un solide sampler-scratcheur (ce qui nous ramène au hip-hop). Mais en outre, des amis violonistes, trompetistes et sytaristes se joignent à la fête, ce qui donne de chansons en chansons des colorations jazzs ou world. Vu la profondeur musicale du truc, c'est un peu rude de les limiter au qualificatif de rap!
Le plus simple est de consacrer quelques minutes à la petite sélection de leurs chansons que je vous ai amoureusement concoctée pour vous faire une idée de l'OVNI en question. Seule ma belle-sœur a su condenser l'essentiel de l'esprit de la Canaille en une courte définition qui, si elle n'est pas parfaitement exacte, restitue l'essentiel: c'est du rap gaucho.

En effet, l'intérêt premier de la Canaille ne vient pas pour moi de leur instrumentation (même si elle est de tout premier plan), mais des textes. Sérieusement, férocement, engagés. Mais aussi formidablement talentueux...
Même si j'ai une tendresse toute particulière pour les groupes engagés, je craignais de me lasser d'un groupe dont l'intégralité des textes suinte exclusivement la colère rouge. J'avais peur qu'un réquisitoire trop systématique ne tourne rapidement en rond sans spécialement faire avancer le schmilblick, à la façon de ces groupes adolescents dont l'analyse politique ne va pas plus loin que "casse toi Sarko" et "le racisme, c'est mal". C'est plutôt sympathique, mais ça ne s'écoute pas en boucle.
On en est loin ici. Les chansons varient les tons (parfois), mais surtout les angles pour chanter la colère sociale. Elles sont joliment amenées, bien construites et argumentées, et, disons le, contiennent de jolies et percutantes images poétiques ("le bruissement des pantoufles avant le bruit des bottes", pour ne citer qu'elle). Et elles gardent toujours cette infalsifiable sincérité de la révolte viscérale.
Fort, beau, et intelligent, quoi...

Et j'ajoute prolixe!
Car à peine écouté l'album que je me suis rué à leur concert. Je m'attendais à un moment fort, mais craignais que les garçons n'aient pas un répertoire permettant de tenir beaucoup plus d'une heure. Une heure de panard, c'est déjà énorme, me direz vous.
Et bien figurez vous que les garçons ont en plus la plume généreuse, puisqu'une bonne moitié des chansons ne sont pas présentes sur leur album. Et quel bonheur, de découvrir à cette occasion une brassée de textes tout aussi bien sentis et, chose rare, que l'on peut apprécier dès la première écoute!
Bref, je ne saurais trop vous conseiller de donner sa chance à ce grand groupe...

Plus accessoirement, la Canaille m'a donné l'occasion de me frotter à un public de concert de rap. Expérience partielle puisqu'une bonne partie de la salle était constituée, comme moi, de bobos attirés par les diffusions sur FIP ou France Inter. Mais malgré tout, l'avant scène de la première partie, 100% rap celle là, fut peuplée de jeunes à casquette au milieu desquels j'ai eu l'impression de faire tâche. J'y ai appris, par exemple, qu'apparemment on n'applaudit pas dans ce genre de concert, mais qu'on préfère ovationner un bras en l'air! je le note...
Cela dit, outre cette confrontation pittoresque, j'ai aussi eu l'impression que l'artiste en première partie - Swift Guad - n'avait pas non plus sa plume dans sa poche. Certains de ses textes, servis par une voix de dur whiskyteux (mais desservis par une musique bombomesque sans finesse), m'ont tant plus que je me suis offert son album.
Pour ceux d'entre vous qui 1- auraient écouté la sélection de la Canaille et 2- sauraient faire abstraction de l'imagerie de gros dur de rap bien stéréotypée, je conseille l'écoute (et pas trop la vision) de ce clip:


Et tant que j'y suis, j'expédie le reste de mon actualité musicale vite fait bien fait. C'est court, percutant et forcément injuste, mais je n'ai pas connu de grand choc à part la Canaille ce dernier trimestre.
Le live de Ben Harper est sympathoche, sans plus. L'album accoustique d'Arthur H vaut une écoute, mais n'égale pas les originaux. Le dernier album de Jeanne Cherhal est intéressant, mais pas à se rouler par terre.
Par contre, je me suis mis sur le tard à Izia, jeunette bombe rock. Tout en premier degré frontal comme il convient à ce style, c'est une boule d'énergie au talent vocal considérable. Je l'honore en ajoutant deux de ses morceaux à ma sélection. Côtoyer la Canaille après tout le bien que je viens d'en écrire, ça veut tout dire.

samedi, octobre 31, 2009

Taxer les profits des banques?

Quelle actualité politique dites moi! Jean Sarkozy, la douche de Sarkozy, Chirac devant les juges... Une jolie preuve de la solidité de notre démocratie et de l'intérêt de nos médias indépendants, pourrait-on penser. Doublée du voluptueux plaisir de savoir deux hommes politiques majeurs detestés par certains (dont moi), justement mis en cause, par la faute de deux de leurs péchés mignons qui plus est: la mégalomanie pour l'un, la bidouille corruptive pour l'autre. Un pur plaisir?
Oui et non. Je ne partage pas complètement cet enthousiasme, ni pour la démocratie ni pour les médias, même si je dois leur concéder de bons points.

Il y a un gros "mais" en effet.
Je suis stupéfait par le silence qui entoure des sujets beaucoup plus importants, à mon sens, dont la semaine qui précède a livré un exemple frappant. J'ai nommé le projet de loi sur la taxation des profits des banques.
Parce que voyez vous, cette loi, personne (ou presque) ne peut être ouvertement contre par les temps qui courent. Évidemment, la communauté vient de donner tant de sous auxdites banques, avec la promesse mille fois répétée par les banquiers comme les politiques de tous bords qu'il y aurait des contreparties, qu'il n'y a pas d'arguments recevables pour refuser cette taxe devant l'opinion. D'autant plus qu'il s'agit d'une taxe sur les profits, ne génant pas les banques en délicate situation...
Sauf que l'UMP est contre. En fouillant bien, quelques responsables, dos au mur, essayent même de défendre cet étrange point de vue du bout des lèvres (les éternels bons soldats Lagarde et Copé), mais on les sent bien génés aux entournures ("Il est trop tôt pour se fixer sur une telle loi.", "Je n'ai jamais été pour les mesures populistes"...).

En avez-vous entendu parler dans les médias? Point. Ou alors vraiment un minimum.
Et en plus, le vote de cette loi a donné lieu à de misérables et rocambolesques bidouilles. Les braves parlementaires UMP se sont encore laissés surprendre à partir en week-end un peu trop tôt, ce qui, couplé au vote de principe de quelques renégats, s'est traduit par une acceptation de cette loi, à la surprise générale.
Les téléphones des députés peu dociles ont dû follement chauffer dans la nuit qui a suivi, de telle sorte qu'il s'est trouvé un volontaire (Jean-François Lamour) pour prétendre qu'il a voté "oui" sans faire exprès, car son doigt a glissé! Une excuse d'autant plus piteuse qu'il a voté deux fois la même chose, et qu'il avait au préalable défendu ladite loi, comme expliqué ici.
Conséquence: re-vote, devant des députés en nombre et rappelés à l'ordre. la loi a donc été repoussée...

Je suis absolument navré de la pauvreté de la couverture médiatique de la chose. Le rejet de cette loi démontre on ne peut plus clairement que l'UMP n'a jamais eu la moindre intention de réformer un tant soit peu le système financier actuel, et qu'il sera toujours là pour défendre les riches banquiers. Même lorsqu'ils sont dépourvus du moindre argument, fut-il de mauvaise foi.
J'en veux aux médias, mais plus encore au PS. Pourquoi l'opposition ne se fait-elle pas entendre sur le sujet? C'est du velour, non? Et ben non. Silence.
Que l'UMP joue profil bas quand elle est mal à l'aise, sur ce sujet comme sur les retraites-chapeau sur lesquelles elle refuse de légiférer par exemple, je comprends. On apprend d'ailleurs sur arretsurimages.net qu'elle est coutumière de boycotter les débats qu'elle ne sent pas, sur France Inter, menant la rédaction a choisir des sujets de substitution.
Mais que l'opposition d'abord, et les médias ensuite, se laissent berner, c'est on ne peut plus inquiétant...

vendredi, juin 19, 2009

Bouffée d'optimisme


La lecture du Spiegel, pour enrichissante qu'elle soit, peut aussi frapper durement au moral. Voici quelques petits extraits de ma lecture de la semaine, que je trouve justes et d'autant plus désespérants qu'ils sont énoncés d'un ton neutre et objectif.

D'abord, issu d'un article d'analyse politique sur la branlée prise par le SPD (le PS allemand) aux Européennes, d'autant plus étonnant que le parti n'avait reculé devant aucune subvention mirobolante aux entreprises pour sauver leurs employés de la crise (Opel, Karstadt...) - et plaire à l'éclectorat, à quelques mois de l'élection du nouveau chancelier..
"Le SPD a dû se rendre à l'évidence dans les dernières semaines: le processus d'individualisation a largement atteint son électorat. Il n'y a plus de conscience de classe de l'Allemand d'en bas, plus de solidarité. L'opérateur travaille à la chaine chez Bayer ne se sentira pas spécialement concerné par l'ouvrier de chez Opel simplement parce que lui aussi travaille à la chaîne. Celui qui gagne le RMI préférerait de loin une hausse du RMI qu'un plan aide évitant le licenciement de la chaine de magasins Karstadt. Le parti des petites gens [le SPD, historiquement] n'a plus affaire à une clientèle cohérente, mais à toute une constellation de "Moi SARL" [nom donné aux entreprises de 1 personne]. Les faibles ne se serrent plus les coudes, et la crise amplifie la sensation du chacun pour soi. On peut se désoler de ce constat. Mais il ne faut pas l'ignorer."

Mais surtout, j'ai été quelque peu retourné par le dossier que le Spiegel consacre aux "enfants de la crise" - aux 20-35 ans. Ils se sont attaqué à la question avec une diligence toute allemande: un sondage de 50 questions à été largement diffusé, et donne lieu à 17 pages d'analyse.
Je vous ai sélectionné quelques extraits qui m'ont particulièrement frappé. En sortant de cette lecture, on n'a pas spécialement envie d'inviter des 20-35 ans à bouffer, et on ne prédit surtout pas un avenir radieux d'amour et de partage à la société, je peux vous dire...
"
Le plus étonnant dans cette génération, c'est qu'elle est invisible. Aucun visage connu ne vient à l'esprit quand on parle d'elle, il n'y a personne qui parle en son nom. Pas d'intellectuel, pas d'écrivain, pas d'artiste, pas de musicien. Chacun parle pour soi uniquement.
"
Puis:
"
Cette génération trouve le monde si compliqué qu'elle ne pense pas à le changer; les jeunes Allemands sont si individualistes que leur regard est porté exclusivement sur eux-mêmes: le monde peut courir à sa perte, ils arriveront bien à se débrouiller pour éviter le naufrage individuel. Et dans le cas contraire, leur échec sera de leur faute, et pas de celle du système.
... Un trait les caractérise: une énorme confiance en eux. Pas à leur génération en général, pas à la société. C'est la croyance qu'ils vont, personnellement, réussir, d'une manière ou d'une autre. 60% prédisent un avenir sombre à la société. Par contre, 73% se voient un futur personnel positif.
"
Ce point m'a particulièrement frappé parce que je pense la même chose, et à peu près tous les amis de mon âge avec moi. La société empire, mais notre situation personnelle, bon an mal an, va de mieux en mieux.
"
Ils sont apolitiques. Quand on le leur dit, 83% d'entre eux ne le prennent pas mal. La démocratie de partis ne les intéresse pas, et ils sont à des années lumières de rêver à la révolution.
[...]
Ce n'est pas qu'ils méprisent la politique, mais plutôt qu'ils ne voient pas pourquoi ils devraient s'occuper de choses qui n'ont visiblement rien à voir avec leur vie de tous les jours.
"

On n'est pas dans la merde, quoi...

lundi, juin 08, 2009

Reverse engineering

  • Pfiou, dites donc, ça se couvre sacrément ici! Je vais me mettre en short de ce pas!
  • Si j'ai bien tout compris à la conjoncture, il est temps que je me reconvertisse dans la Finance.
  • A peine le match fini samedi soir, j'ai pris un billet pour Clermont-Ferrand faire la rumba toute la nuit!
  • J'ai terminé la deuxième saison de The wire, c'est vraiment absolument merveilleux, fin, tendu, impeccable. J'ai donc décidé de commander l'intégrale de Julie Lescaud.
  • ...
Enfin bref: est-ce que quelqu'un peut m'expliquer comment une Europe uniformément choquée par la crise, uniformément consciente du mur au devant duquel le libéralisme nous envoie immanquablement, uniformément attachée aux services publics et à la politique sociale... vote comme un seul homme à droite?
(Quel dommage d'ailleurs que notre bon président ne puisse se réjouir de la victoire de son camp, si atteint qu'il est par la perte d'un ami proche.)
Je croyais pas possible de descendre plus bas, mais mes concitoyens savent m'étonner encore et encore.
(D'ailleurs les mecs, je serais complétement sur le cul si vous votiez à gauche pendant trente ans de suite! Vous en dites quoi?)

jeudi, avril 02, 2009

Ils sont vraiment... ils sont vraiment


Qui parmi vous, lecteurs, ne s'est jamais trouvé avec un groupe d'amis/parents/collègues à déambuler dans une ville inconnue quand sonne l'heure du repas et vient le moment de choisir un resto? Et surtout, qui parmi vous à réussi à s'acquitter de cette tâche en moins d'une heure quand, terrassé par la faim, on cesse de sauter de crêperie en pizzeria puisque, évidemment, le choix ne conviendra jamais parfaitement à tout le monde? "Oh, non, je suis pas très chinois. - Et moi j'ai mangé un pizza hier -Pis là ça a pas l'air très sympa"...
Dès qu'on est en groupe et qu'on doit décider de quelque chose, c'est la croix et la bannière. Ca prend des plombes, on discute sans fin, on se ressert un apéro, et on rediscute encore. C'est très sympa et pittoresque, mais faut pas être pressés.

Or, pressés, on l'est parfois. Ah, ces réunions interminables en entreprise où rien jamais ne se décide! Et bien figurez vous qu'il existe quelques rares exceptions à ces modèles d'inefficacité bavarde que nous sommes.
Et oui.
Nos dirigeants.

A l'occasion du G20, ils se retrouvent pour rien de moins que pour juguler une crise mondiale et refonder un système sur lequel le monde entier se fonde depuis plus d'un demi-siècle (enfin, pas un monde complètement entier sur toute cette période, mais beaucoup beaucoup de gens, tu vois).
Pour corser la chose, ils ne se retrouvent pas à deux ou trois. Ni même huit, comme au bon vieux temps. A 20! Enfin, plutôt à 35 puisque parmi les 20 l'Europe ne compte que pour un siège.
Et puis tu peux y aller sur les différences de point de vue! Y a des pauvres et des riches, des ultra-libéraux et des modérés, des Chinois, des Indiens, des Brésiliens et des Polonais. Perso, j'aimerais pas avoir à choisir un resto avec toute cette smala! Faudrait des semaines! "-On est tous d'acoord? -Ben non, je suis sikh, je ne mange pas de crêpes au froment..."

Pour un resto, ce serait galère, mais pour refonder le capitalisme, pas de problème! Si on regarde de près le programme du G20, on se rend compte que ces messieurs ne se sont réunis qu'aujourd'hui. Et encore, c'est tranquille le petit rythme: petit dej' à 8h, session du matin de 9h à 12h, déjeuner de travail (quand même) puis petite réunion digestive de 14h à 16h, et là on pond le communiqué final. Un coup d'Eurostar, et on est rentré pour l'apéro, justement!

Cinq heures.
A trente-cinq.
Ca doit faire dans les huit minutes de temps de parole par tête. Disciplinés, efficaces les gars! Et je te fais cadeau de la rédaction du communiqué pendant la réunion, ainsi que des problèmes de traduction!

D'où cette légitime interrogation qui me taraude.
Hommes politiques et médias ne nous auraient-ils pas mentis en nous vendant une réunion cruciale-au-sommet-où-tout-se-joue? Les décisions n'ont-elles pas plutôt été prises pendant les semaines qui précédent, entre sherpas travaillant jours et nuits?
Et notre président n'a-t-il pas fait tout un foin pour rien en menaçant de taper de son petit poing sur la table si les débats ne le satisfaisaient pas alors qu'ils connaissait probablement déjà quel serait l'accord final exact?

samedi, mars 14, 2009

Pas dans la merde

Le court métrage que vient de terminer Yoni Goodman, le réalisateur de Valse avec Bashir.

mercredi, février 25, 2009

Petit lien en passant

Si vous avez un peu de temps, je vous conseille la lecture de ce site lié au Monde consacré aux chroniques judiciaires, et qui relate en ce moment en détail de procès des Tibéri - dans un silence médiatique par ailleurs assourdissant.
Cette note, en particulier, illustre bien le système mis en place en plein cœur de notre capitale.

vendredi, janvier 30, 2009

Pensée du jour

- Quelle est la différence entre le socialisme et le capitalisme?
- Dans le socialisme, on nationalise les banques, puis elles font faillite. Dans le capitalisme, c'est l'inverse.
Angela Merkel, rapportée par le Spiegel

lundi, janvier 12, 2009

Eloge de la subjectivité


Vu le nombre de fois que j'ai fait référence à son site, vous devez connaitre mon affection profonde et mon respect absolu pour Daniel Schneidermann, l'animateur d'arret sur images. C'est donc un honneur mêlé de regret que de voir un sujet de post que je mûrissais depuis quelques jours rédigé sous sa plume ce matin. Evidemment, son billet n'aura pas la puissance de conviction du mien, appuyé par mes capacités rhétoriques hors du commun, mais le bonhomme ayant de la bouteille en tant que chroniqueur, il a quand même réussi à défendre correctement son sujet et il est fort probable que l'Histoire, si fascinée par les premiers, accolera son nom à ce sujet plutôt que le mien. Mais bon... (En parlant de rhétorique, quand je fais une phrase trop longue, je la contre-balance par une autre très courte. Si c'est pas puissant ça.)

Je m'agace que les médias ne semblent connaitre que deux façons de traiter un sujet polémique. Variante 1, l'évidence écrasante. On ne présente qu'un aspect de la chose, à grand renfort d'experts et d'hommes politiques sûrs-de-leur-fait-soyons-sérieux-voyons. Les exemples les plus marquants restent le libéralisme (jusqu'à une période récente, et dont je vous pronostique qu'elle ne durera pas plus que la crise actuelle) et la constitution européenne. A ce propos, je ne me lasserai pas de répéter l'avis démocratiquement exprimé des nonistes (dont je suis) a été plus que bafoué. C'est une telle évidence qu'on n'en parle pas, mais pour moi ça discrédite plus la politique que les frasques et petites phrases des uns ou des autres. Fin de la parenthèse.
Variante 2, beaucoup plus répandue, la justaposition de positions antagonistes. On présente successivement le point de vue numéro 1, puis pendant un temps strictement identique le sujet numéro 2, et on clot les débats immédiatement.
Un partout, la balle au centre.

C'est le niveau "C'est mon choix" du débat. Chaque partie s'agite, débale ses arguments, mais à la fin, on s'embrasse, on se respecte, aucune différence d'opinion n'est grave, aucune décision n'est à prendre, aucune synthèse à faire. Pour ou contre le string à l'école? Ben on s'en fout, on peut être pour, on peut être contre, ce qui compte c'est qu'on respecte la diversité de l'autre, et à la semaine prochaine!
Ce qui se défend pour des sujets sociétaux secondaires est beaucoup plus gênant pour des thèmes plus importants. Et comme c'est ce même mode de "débat" en forme de juxtaposition de prise de position qui est utilisée sur tous les thèmes, on glorifie l'ouverture d'esprit absolue au détriment des opinions tranchées et des principes. Pour prendre un exemple récent, on peut faire intervenir un spécialiste convaincu que l'économie va à sa perte, le mettre face à un expert certain que tout va pour le mieux dans le meilleur des monde financier possible, et on se sépare sans avoir avancé d'un pouième dans cette discussion centrale.

C'est là que je rejoins ce bon Daniel. Cette glorification de l'absence de prise de position touche aussi parfois l'information. Evidemment, il est heureux que nos médias ne soient pas transformés en machine de propagande assenant une vérité officielle sur tous les sujets (ce qui nous raménerait à la variante n°1), mais l'extrême inverse est également gênant.
Pour reprendre l'étude de cas proposée par Daniel, le traitement millimétriquement symétrique de la guerre à Gaza confine au ridicule. Tout le monde (ou à presque - voir ce billet qui pour moi échappe à toute logique, et est définitivement ridiculisé par sa chute) se rend bien compte de l'asymétrie du conflit (si vous voulez mon point de vue sur le sujet, il se recoupe très fortement avec celui-ci). Mais attention, là, pas question de trancher trop clairement, on reste dans l'égalité parfaite de temps de parole (ou devrais-je dire dans l'égalité parfaite du temps de propagande). Surtout que le terrain est glissant, une accusation d'antisémitisme est si vite arrivée...
Cela dit, en l'espèce, j'ai été plutôt agréablement surpris. Même si le point de vue d'Israel est fortement repris (plus que ne le mérite sa cohérence à mon avis), la disymétrie est si forte que l'impartialité journalistique est fissurée. Je n'ai pas beaucoup de doute sur l'opinion profonde de la plupart des journalistes que j'ai entendu parler du sujet.

Je quitte donc le terrain de l'information chère à mon Daniel pour en revenir à cette question des débats sans décision. Ce qui me gêne vraiment, c'est qu'on ancre profondément en beaucoup d'entre nous l'idée qu'avoir des opinions tranchées, c'est mal. Prendre position, ce n'est pas avoir des convictions, des idéaux, ce n'est pas avoir examiné les faits et tranché une bonne fois pour toute en son âme et conscience.
Non. Prendre position, c'est s'enfermer, se ranger à une idéologie, et diaboliser inutilement l'autre côté. C'est être sanguin et bien naïf. S'il y a des gens pour penser le contraire, c'est bien que l'opinion d'en face est défendable. Ce ne sont pas des monstres quand même, non?
Pour bien faire, il faut rester neutre en toute chose, et se décider mollement au cas par cas, prudemment prudemment, sans être vraiment sûr de soi.

Je ne sais pas si ce mal est général dans toutes les couches de la société, mais je peux vous dire que chez les cadres, l'épidémie est à un point très avancé. Si tu n'es pas capable de fonder ton jugement sur Sarkozy sur des arguments qui peuvent chacun être étayés par des articles chiffrés parus dans des journaux d'une neutralité reconnue et des citations dont tu peux réciter le contexte avec précision, tu n'as aucune chance de les convaincre. Si en plus tu t'agites, tu te passionnes, tu t'échauffes, tu apporteras autant de preuve de ta subjectivité, et ton avis sera définitivement discrédité.

Mais bordel, avoir des positions, c'est bien! C'est la preuve qu'on veut quelque chose pour cette vie, plutôt qu'attendre passivement que les événements nous arrivent sur la gueule! C'est le signe d'une morale, d'une vision des choses, qui essaye de se manifester dans la vraie vie.
Et peut-être, de la changer par une impulsion qui dépasse les simples soubresauts de l'économie et des conflits éthniques ancestraux.

Et pour vous remercier de m'avoir suivi jusque là, je vous propose cette vidéo, qui fait autrement plus avancer le schmilblick au niveau philosophique:

jeudi, décembre 25, 2008

Lui

Le blog en témoigne, et on en est tous là: j'ai tendance à être moins virulent avec Sarkozy qu'il y a six mois seulement. Non que mon opinion sur le personnage ait le moins du monde changé, mais on se lasse de pester contre lui, de s'indigner contre ses mesures, abattus sous le feu nourri de ses initiatives.
Mais je suis tombé dans le Spiegel, journal de grande qualité sans ligne politique bien définie, sur un article d'une étonnante férocité sur notre président. Qu'un Allemand tout calme et rationnel en vienne à le présenter comme un danger sérieux pour la démocratie remets les choses en perspective... Le seul dirigeant européen dont ils aient parlé si mal, autant que je me souvienne, est Berlusconi.
Je vous laisse seuls juges (cela m'étonnerait de vous, mais si vous préférez la version française, elle se trouve ici, traduite par les bons soins de Courrier International)

lundi, novembre 03, 2008

Quelle fatigue!

Ah qu'est-ce qu'ils me fatiguent! Je suis las, fatigué, de ces putains de médias. Et encore, je ne m'abreuve pas à la sauce TF1 mâtinée d'Europe 1, je vous dis pas mon état sinon.
Alors voilà, à tellement surjouer, sur-exposer, sur-commenter l'événement, ils vont réussir à me faire détester Obama. Bien évidemment, on ne peut que se réjouir de son arrivée en lieu et place de Bush à la Maison Blanche. Avant, tout aussi évidemment, de se retrouver tout déçu de ses décisions futures. Ainsi va la démocratie: tu perds tu l'as dans l'os, tu gagnes t'es déçu. Heureusement qu'on gagne pas trop souvent, nous autres!
Bref, mais à force d'envoyés spéciaux, d'émissions spéciales en direct de là bas, d'analyses et re-analyses photocopiées qui ne font pas avancer le débat, j'en ai plein les oreilles. (Pour être poli) Est-ce que son avance dans les sondages est telle qu'il est sûr d'être élu? Ou bien les nombreux vilains racistes US peuvent-ils le faire perdre quand même? Restez avec nous jusqu'à mercredi, ne zappez pas!
Ahhhh mais lâchez nous un peu nom de Dieu! De toute façon, jusqu'aux résultats, il n'y a rien de nouveau à dire, non?

Un événement important, facile à filmer, facile à commenter, et hop c'est la voie royale pour occuper des heures et des heures d'antenne. Ils avaient déjà réussi à me faire détester Bétancourt quelques heures seulement après sa libération. A me gonler avec la crise financière bien qu'il y ait tant de choses importantes à en dire, qui dépassent le "est-ce que ça commence à s'arrêter ou ça ne fait que débuter. Ben on en sait rien." (A ce sujet, une solution originale au problème est proposée ).
Et c'est maintenant Obama que je hais suite à leur pilonnage incessant...

Au passage, une des ficelles pour faire durer le suspense me fait doucement rigoler. L'effet Bradley, vous savez, le fait que dans le "secret de l'isoloir" (expression obligatoire quand le sujet est abordé), les gens sont enclins à ne pas voter pour un Noir même s'il est proche de leur opinion. Ca me fait marrer, non pas parce que cet effet est négligeable ou inintéressant, mais parce qu'il nous est détaillé avec une sorte de condescendance pour ces bouseux d'Américains, tous plus ou moins racistes quoiqu'on en dise. Nous, on est au dessus de tout ça bien sûr...
Hé, les mecs, c'est quel pays qui est sur le point d'élire un Noir? Et quel autre qui a mis Le Pen au second tour? Alors, un peu de retenue, les pépéres.

Outre que le matraquage médiatique est abrutissant, il a en plus l'effet secondaire de cacher les vraies infos importantes. (Oui, l'élection américaine c'est important, mais qu'on nous en parle une fois le résultat connu, plutôt que de nous pomper avec les derniers voyages de McCain et Obama!) Après 10 minutes sur le sujet, et avant 3 minutes de sport (sur lesquelles je ne crache pas), il ne reste plus de la place que pour parler d'une nouvelle.
Grand jeu, laquelle est-ce, parmi les trois suivantes:
  • La retraite à 70 ans. (Ah mais seulement pour les volontaires bien sûr! Ahaha)
  • Le rejet partiel de la proposition de taxation des stock options, des parachutes dorés et des actions gratuites pourtant émise bruyamment par notre président (source: Reuters cité par arrêt sur images).
  • Une dame a été bouffée par des chiens (d'où l'image classieuse illustrant ce post. Slogan: dogs don't always have it easy - les chiens n'ont pas toujours une vie facile).

Emballé par les événements, Brice Hortefeux, très joueur, a décidé de tenter le banco. "Putain, ils sont tellement focalisés sur Obama qu'ils ne verraient même pas que je vais faire une réunion européenne sur l'immigration à Vichy! Tu me crois pas? Chiche? Je le tente"
C'est pas passé loin, Brice, mais ça c'est quand même vu...

samedi, octobre 04, 2008

De crisae economicam

Je ne peux pas dire que la crise financière actuelle m'ai surpris. Non pas que je l'ai prédite bien sûr, je n'entend rien à la mécanique subtile des produits financiers mise en jeu, comme tout le monde. Y compris les financiers eux-même d'ailleurs, comme il nous est apparu récemment.
Mais il ne fallait pas être grand clerc pour se douter que cette sphère super-active, qui avançait toujours plus vite et sans aucune règle dans son petit monde, allait finir par se manger un mur un de ces quatre. On ne roule pas à 100 à l'heure, tous feux éteints, dans la direction qui nous arrange le plus sans risquer l'accident, quand même.
Je ne suis pas surpris, mais deux points particuliers me semblent particulièrement intéressants.

Je suis d'abord stupéfait par le retournement complet de l'opinion - ou plus exactement de l'image de l'opinion publique qui nous est transmise par les médias et les politiques - sur le sujet. Il y a encore un an et demi, tout le monde semblait cautionner le système économique international. Les altermondialistes restaient une minorité folklorique, mais les gens sérieux s'entendaient à dire que le monde tel qu'il était fonctionnait finalement assez bien.
Certes, il semblait y avoir de l'abus parmi les golden boys de la finance, mais on ne le disait pas trop fort, étouffé par la honte de ne pas comprendre du tout comment fonctionnaient les choses dans cette petite bulle qui gouvernait le monde. Il fallait bien se rendre à l'évidence que c'étaient eux qui comprenaient comment tournait le monde, et pas nous. Il n'y a avait qu'à voir leur niveau de vie, et leur ton assuré quand ils s'exprimaient dans les médias.
Petite parenthèse: je ne croyais pas ça possible, mais je me prends à regretter amèrement le départ de Jean-Marc Sylvestre de France Inter. J'aurais bien aimé voir comment il analysait la situation... J'envisage de m'abonner à LCI pour le regarder se dépêtrer de ses contradictions. Fin de la parenthèse.
Et bien maintenant que les financiers se sont plantés, nous voila complètement désinhibés. Chacun peut dire ce qu'il pense sans arrière pensée. Et l'on découvre - surprise - que 90% de la population a le plus grand mépris pour ces charlots de traders, et ce depuis toujours. Une opinion qui était très minoritaire dans les médias, et assez peu représentée sur l'échiquier politique.
On pourrait d'ailleurs même se demander si la montée de l'extrême gauche aux élections ne serait pas qu'un vote protestataire idiot, mais si peut-être ces gens là sont sincères. Voire si les gens qui ont voté "non" à la Constitution Européenne n'étaient pas que des bourrins aveuglés par la colère et le mauvais vin. Passons.
Bref, pour résumer ce premier point, j'ai sincèrement été étonné de découvrir qu'une très large majorité de la population méprisait la finance, mais qu'ils n'osaient pas s'exprimer et étaient étouffés par un discours dominant complètement à l'opposé. Ca fait du bien de se sentir moins seul, à tel point que je dois avouer que cette crise me réjouis plus qu'elle me fait peur. (Si c'est pas malheureux, pour un père de famille...)

Le second point est plus anecdotique. Quoique.
Parmi les nouveaux mots dont on nous abreuve (titrisation, crédits pourris, prêt revolving, et tout ça), il y a un terme qui me frappe tout particulièrement. L'économie réelle.
La crise atteindra-t-elle l'économie réelle? Oh mais non, ma bonne dame, vous n'avez rien à craindre, le système français est solide. Jamais les crédits pourris ne rejailliront sur l'économie réelle, ah non alors.
L'économie réelle. Et on nous balance ça comme si c'était évident pour tout le monde. Comme si, depuis les décennies qu'on nous bassine avec le beauté, la puissance, la modernité de la finance, on nous avait clairement expliqué que c'était de l'économie virtuelle. Un joujou abstrait, qui a son importance mais qui quand même n'a pas la solidité de l'économie réelle.
Alors d'un côté je suis bien content d'apprendre que tout ce que nous créons à la sueur de notre front ne vive pas dans le même monde que les milliards manipulés en quelques secondes par les traders. Que le 50 000 milliards d'euros de création de richesse et service de part le monde l'an dernier ne soient pas comparables aux 500 000 milliards d'échanges financiers qui ont eu lieu. Bien content.
Mais je me demande. Il vaut mieux devoir 5000 dollars réels ou 20000 dollars virtuels? Qu'est-ce qui pèse plus lourd: 1 kilo d'euros réels ou 1 kilo d'euros virtuels? Non, dites moi, parce que j'ai bien l'impression que les financiers ils se sont payés des Ferrari réelles et des villas réelles, avec l'argent virtuel qu'ils avaient. Et cet argent virtuel, il l'ont pris sur les bénéfices des entreprises, qui elles créent de la valeur réelle?
Alors de deux choses l'une. Soit effectivement l'économie financière est virtuelle et il est bien dommage que ce soit elle qui ait gouverné nos économies, et par suite nos politiques et nos vies, depuis 20 ans. Soit l'argent virtuel est tout aussi réel que l'autre, et d'une on ferait bien de remettre à plat ce système, et deux on pourrait arrêter de se foutre de notre gueule.

Une très bonne émission d'arrêt sur images sur le sujet se trouve (Je ne sais pas si elle est accessible aux non abonnés). On y comprends bien des choses sur les raisons de la crise et sur son traitement médiatique. La question de savoir pourquoi elle est incarnée à la télé par des traders virés, plutôt que par les bien plus nombreux particuliers chassés de leur maison y est notamment soulevée.
Et puis je vous signale une analyse intéressante sur les dégats de la pensée positive (vous savez, le fait qu'en entreprise il faut toujours être positif, y croire, et jamais douter que les objectifs sont inatteignables). Je l'ai lu dans courrier international, mais il se trouve aussi ici. Et le lire sur boursorama.com, je trouve ça exquis!

vendredi, juillet 04, 2008

Oh bah ça alors

Stupeur.
De manière totalement imprévisible, il semble que le bouclier fiscal ne concerne finalement que les foyers (très) fortunés, ainsi que le rapporte le Monde. Les 1291 heureux foyers recevant en moyenne 47000 euros remercient bien les contribuables moins fortunés qu'eux.

jeudi, juillet 03, 2008

Mise en perspective

Ce magnifique article du Monde jette une lumière crue sur la joie de notre président à la libération d'Ingrid Bétancourt, et plus encore sur sa proposition d'accueillir en France les Farcs qui renonceraient aux armes.
Une proposition formulée par ailleurs de manière fort peu diplomate quand on s'acharne à trouver 25000 reconduites à la frontière.

dimanche, juin 29, 2008

Ode au drapeau

"Le problème en France...". "Le retard français...". "C'est typiquement français...". "Vous savez en France..."
Avec la parcimonie et la légèreté qu'on connait aux médias, politiques et experts, on entend encore et encore cette litanie à tout bout de champ. Il est visiblement de bon ton de cracher sur ce modèle de société, encore et encore, avec ce petit air de papa-nâvré-mais-un-peu-compatissant devant un gamin attachant, mais terriblement casse-couille.
"-Je suis Français et très attaché à mon pays, mais là voyez vous ma pauv' dame quand même il y a des archaismes nâvrants, gnagnagna gnagnagna, donc le libéralisme c'est super. - Ah bon, ben vu votre jolie cravate vous devez savoir de quoi vous parlez, alors d'accord."

Bon, vous me connaissez, je ne vais pas monter au créneau pour défendre notre fier Drapeau et notre belle Histoire. Remarquez d'ailleurs que les plus fervents pourfendeurs de notre pays attardé, Sarkozy en tête, sont aussi les premiers à chanter la grandeur de notre Histoire, les sacrifices de nos Grands Hommes, et la Place Particulière de Notre Pays dans la Destinée de l'Humanité. Tout ça tout ça.
Mais ne nous y trompons pas: ce n'est pas la France-pays-drapeau-histoire qui est attaquée en rotation lourde dans les médias. C'est à la France-société (un peu) solidaire à laquelle tous ces vibrionnants experts encravatés s'en prennent. Le sous-titre est clair: il est établi qu'il faut abandonner notre système pour aller vers le modèle anglo-saxon (ou, si on veut être poli et avancer masqué, le modèle suédois - en oubliant sa dimension sociale dans un deuxième temps, évidemment).

Cette mode n'est vraiment pas nouvelle, mais je m'effraie de la voir si bien prendre autour de moi. C'est assez vicieux: jouant sur le contresens "défense de la France = nationalisme", ainsi que sur une propension assez naturelle (et saine) à l'autocritique, on a vite fait de se laisser emporter par ces arguments. D'autant que les plis soucieux sur le front des commentateurs paternalistes sont extrêmement convaincants.
Du coup, le gimmick est passé dans le langage commun, à tel point qu'on ne se rend plus bien compte qu'on abonde sans cesse dans le sens des libéraux et qu'on milite à son insu pour l'abrogation de notre société (un peu) partageuse - alors qu'une majorité de Français a l'opinion inverse. Au café, en famille, à la cantine: "Tu sais, c'est typiquement français..."

Ces mesquineries lexicales n'ont l'air de rien, mais elles ont à mon avis une importance cruciale. Un électeur qui a intégré au plus profond de son petit cervelet que "modernité = libéralisme", "archaisme = social = France vieillissante" et "réforme = bien (quelle qu'elle soit)", ne sera pas alarmé quand Sarkozy annoncera ses projets de démantellement à la prochaine présidentielle. Et alors, faute de critère fort, il votera à nouveau pour la candidat qui a la plus belle cravate, la plus "grande dimension internationale" (c'te rigolade), ou qui n'aura pas cet air d'institutrice si énervant.

jeudi, juin 12, 2008

La quatrième dimension

Les journalistes sont friands de date-limite, de compte à rebours. La tension monte, et l'audience avec elle. Ils se régalent quand un match-clé se rapproche, quand un palmarès va être annoncé, ou quand une personnalité va annoncer sa candidature pour tel ou tel poste. Mais l'apothéose, l'événement prévisible et attendu par excellence, ce sont les élections. On l'a vu dernièrement avec la longue litanie des différentes primaires américaines.
Le compte-à-rebours du jour, c'est le référendum en Irlande. Vous n'avez pas pu y échapper. La problématique est simple: les Irlandais, seul indéfectible peuple à avoir le droit de s'exprimer sur la constit... pardon le traité européen risquent de dire "non".
Quel suspense. L'auditeur en frissonne: quel coup de théâtre ce serait! L'événement est du pain béni pour le journaliste, qui se plait à en éclairer toutes les conséquences possibles: la mécanique bruxelloise serait bloquée; les 25 pays membres, effondrés de devoir repartir une troisième fois à zéro, alors qu'ils avaient remaquillé à la va-vite la Constitution dans le dos des électeurs; et surtout Sarkozy serait tout marri d'hériter d'une présidence européenne sans importance, lui qui rêve de grandes choses pour distraire son électorat de ses échecs domestiques.

Autant les journalistes sont extrêmement diserts sur toutes ces conséquences, qui ont de claires dimensions "people" (il s'agit en fait de savoir si telle ou telle personne, plus ou moins antipathique, sera frappée par ce coup du sort), autant ils sont particulièrement expéditifs sur les raisons qui pourraient pousser les Irlandais à voter "non". Et là, rien de nouveau sous le soleil: il n'y a pas de bonnes raisons de voter "non", c'est absolument certain. France Inter nous présente d'ailleurs une alternative explicite: il s'agirait ou bien d'un vote protestataire, ou bien d'un vote anti-européen. Le noniste est soit accablé par sa dure vie et un petit peu idiot (ce qui peut au moins lui valoir un peu de commisération de la part des médias), soit méchant et renfermé sur lui-même. Point final.
Aujourd'hui comme hier, politiques et médias sont unanimes pour dire que c'est cette Europe ou rien. Voter "non" pour en avoir une autre reste toujours aussi impensable.
C'est quand même dingue: la "non" est quand même très largement plébiscité (et le sera peut-être à nouveau), mais ni politiques ni médias ne sont prêts à lui accorder ne serait-ce qu'une once de doute, et se remettre un tout petit peu en cause. Remarquez, ça devient un peu un prophétie auto-réalisatrice: à cause de la scandaleuse surdité des politiques (pas beaucoup aiguillonnés par les médias) qui s'entêtent à proposer encore en encore le même schéma libéralo-obscur aux peuples qui le refuse, on n'est pas prêt de voir l'émergence d'une Europe des peuples et non du fric.

vendredi, mai 23, 2008

Salut

Et oui, le blog est bien calme ces jours-ci. Alors que notre appart' est plutôt agité. Allez savoir s'il y a un lien de cause à effet!
En attendant des jours moins hurleurs, je me permet de vous indiquer humblement cet intéressant article de birenbaum.

samedi, mai 17, 2008

Ils sont forts ces Allemands

Le Spiegel poursuit cette semaine sa série de dossiers consacrés à la démocratie, en se focalisant sur son recul dans l'opinion des Allemands. L'article contient pléthores de sondages déprimants (genre 25% des Allemands s'estiment insatisfaits du fonctionnement de la démocratie en Allemagne), moultes éclairages intéressants (basés sur des entretiens dans divers villages perdus d'Allemagne de l'Est), et avance pas mal d'explications édifiantes sur le pourquoi du recul de la politique dans l'opinion des gens.
La dernière d'entre elles me semble des plus dignes d'intérêt. Je me hasarde à une traduction du passage correspondant pour les quelques rares lecteurs du blog dont les connaissances dans la langue de Goethe sont quelque peu rouillées.

Le Spiegel rapporte les propos de la présidente de l'institut pour la Demoskopie Allensbach, la douce Renate Köcher (qu'on ne présente plus).
"
Lors du long entretien qu'elle nous accorde, elle cite diverses menaces pour la popularité de la démocratie - l'Union Européenne, les décisions prises au profit de la sécurité et au détriment de la liberté - mais tout cela ne l'inquiète pas outre mesure. Ce qu'elle craint avant tout, ce sont les gens qui ne tirent leurs informations que de la télévision.
" La télévision a du mal à faire passer des messages complexes et abstraits. Elle a besoin de cas particuliers, de situations, d'individus en particulier." Ceux qui ne s'informent que par le biais de la télé perdent la vision d'ensemble, le sens des perspectives et de la complexité de la démocratie. "On est incapable de raisonnements abstraits en terme de groupes ou de catégories. On préfère former des jugements parcellaires sur la base de cas particuliers."
C'est la lecture permet de corriger ce travers d'après Renate Köcher, mais c'est là qu'elle en vient à un constat qu'elle trouve dramatique. Au début des années 90, plus de 50% des Allemands ayant entre 14 et 29 ans lisaient un quotidien. Ils ne sont même plus 30% à le faire désormais. Et les habitudes de lectures changent très peu au cours d'une vie. Celui qui ne lit pas de journaux à 20 ans n'en lit pas non plus à 50. Et on ne peut pas se consoler avec le fait que les jeunes migrent vers les journaux sur internet. Ce sont en effet essentiellement les lecteurs de journaux papier qui fréquentent les sites parlant de politique.
Qu'est-ce que cela implique pour la démocratie? "La capacité de jugement de la société diminue". On peut en imaginer les conséquences: "une plus grande propension à être manipulé par une sélection ciblée des faits divers, une dictature de l'émotion basée sur des cycles d'indignation". En d'autres termes, la société devient plus sensible aux populistes de tout bord, et souhaite que ce qui est populaire soit imposé sans passer par de lents et compliqués processus démocratiques.
"

Sur un thème voisin, j'ai beaucoup apprécié une chronique de la deuxième heure d'Eclectik sur France Inter. Elle portait sur le "droit de ne pas être informé" dans le cas particulier de l'affaire Fourniret, dont les médias se complaisent à rapporter tout le sordide quotidiennement.
J'aurais aimé écrire sur le blog cette chronique, qui se trouve au début de la deuxième heure de l'émission. Et si vous avez la flemme de le rechercher, vous pouvez aussi écouter l'intéressante interview de Denis Robert.