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samedi, octobre 31, 2009

Taxer les profits des banques?

Quelle actualité politique dites moi! Jean Sarkozy, la douche de Sarkozy, Chirac devant les juges... Une jolie preuve de la solidité de notre démocratie et de l'intérêt de nos médias indépendants, pourrait-on penser. Doublée du voluptueux plaisir de savoir deux hommes politiques majeurs detestés par certains (dont moi), justement mis en cause, par la faute de deux de leurs péchés mignons qui plus est: la mégalomanie pour l'un, la bidouille corruptive pour l'autre. Un pur plaisir?
Oui et non. Je ne partage pas complètement cet enthousiasme, ni pour la démocratie ni pour les médias, même si je dois leur concéder de bons points.

Il y a un gros "mais" en effet.
Je suis stupéfait par le silence qui entoure des sujets beaucoup plus importants, à mon sens, dont la semaine qui précède a livré un exemple frappant. J'ai nommé le projet de loi sur la taxation des profits des banques.
Parce que voyez vous, cette loi, personne (ou presque) ne peut être ouvertement contre par les temps qui courent. Évidemment, la communauté vient de donner tant de sous auxdites banques, avec la promesse mille fois répétée par les banquiers comme les politiques de tous bords qu'il y aurait des contreparties, qu'il n'y a pas d'arguments recevables pour refuser cette taxe devant l'opinion. D'autant plus qu'il s'agit d'une taxe sur les profits, ne génant pas les banques en délicate situation...
Sauf que l'UMP est contre. En fouillant bien, quelques responsables, dos au mur, essayent même de défendre cet étrange point de vue du bout des lèvres (les éternels bons soldats Lagarde et Copé), mais on les sent bien génés aux entournures ("Il est trop tôt pour se fixer sur une telle loi.", "Je n'ai jamais été pour les mesures populistes"...).

En avez-vous entendu parler dans les médias? Point. Ou alors vraiment un minimum.
Et en plus, le vote de cette loi a donné lieu à de misérables et rocambolesques bidouilles. Les braves parlementaires UMP se sont encore laissés surprendre à partir en week-end un peu trop tôt, ce qui, couplé au vote de principe de quelques renégats, s'est traduit par une acceptation de cette loi, à la surprise générale.
Les téléphones des députés peu dociles ont dû follement chauffer dans la nuit qui a suivi, de telle sorte qu'il s'est trouvé un volontaire (Jean-François Lamour) pour prétendre qu'il a voté "oui" sans faire exprès, car son doigt a glissé! Une excuse d'autant plus piteuse qu'il a voté deux fois la même chose, et qu'il avait au préalable défendu ladite loi, comme expliqué ici.
Conséquence: re-vote, devant des députés en nombre et rappelés à l'ordre. la loi a donc été repoussée...

Je suis absolument navré de la pauvreté de la couverture médiatique de la chose. Le rejet de cette loi démontre on ne peut plus clairement que l'UMP n'a jamais eu la moindre intention de réformer un tant soit peu le système financier actuel, et qu'il sera toujours là pour défendre les riches banquiers. Même lorsqu'ils sont dépourvus du moindre argument, fut-il de mauvaise foi.
J'en veux aux médias, mais plus encore au PS. Pourquoi l'opposition ne se fait-elle pas entendre sur le sujet? C'est du velour, non? Et ben non. Silence.
Que l'UMP joue profil bas quand elle est mal à l'aise, sur ce sujet comme sur les retraites-chapeau sur lesquelles elle refuse de légiférer par exemple, je comprends. On apprend d'ailleurs sur arretsurimages.net qu'elle est coutumière de boycotter les débats qu'elle ne sent pas, sur France Inter, menant la rédaction a choisir des sujets de substitution.
Mais que l'opposition d'abord, et les médias ensuite, se laissent berner, c'est on ne peut plus inquiétant...

mardi, octobre 20, 2009

Ingénieur 2000


Je croyais avoir quitté avec mon employeur précédent les formations-légales-à-la-con qui me tombaient alors à feu nourri sur le poil. Seulement, après deux années de relative tranquillité, un lointain responsable semble avoir eu la sotte idée de jeter un œil au touffu histogramme de notre société, et doit y avoir débusqué ma modeste équipe, tapie dans un coin sombre qui nous garantissait jusqu’alors la paix.
Toujours est-il qu’il ne se passe plus de semaine sans qu’un mail cryptique mais, renseignements pris, tout ce qu’il y a de plus officiel, sorte des mystérieuses entrailles du cyberespace d’entreprise et nous enjoigne de suivre une nouvelle cyber-formation obligatoire.

Mais de quelles formations vous cause-je ?
Afin de rafler de précieuses certifications dont raffolent nos chères entreprises, nos chefs les plus brillants n’hésitent pas à s’engager au nom de leur entreprise. Et comme on n’est pas certifiés « global star 5 B environmental label » comme ça, des milliers d’employés se retrouvent condamnés d’une signature un peu rapide à suivre un cours sur le sujet. Ca ne coûte rien sur le papier, ça fait même tout joli de dire ensuite que « l’ensemble de nos employés est sensibilisé à la démarche qualité des 5B via le diagramme de Smith ».

Seulement, l’employé n’a souvent que faire du diagramme de Smith, que ce soit dans sa vie professionnelle ou pour son intérêt personnel. Surtout que les formations en questions ont systématiquement deux choses en commun :
  • • D’être épouvantablement niaises. Bien qu’il suffise à tout être un peu sensé d’en lire l’intitulé pour être capable de faire le sans-faute au test final, on vous impose de passer par une longue succession de slides débilitants où l’on vous énonce les plus grandes évidences (on ne fait pas de blague raciste, on ne s’entend pas avec un concurrent pour se partager un marché, on ne prévient pas ses amis que l’action va monter dès que le patron il va annoncer un truc, etc).
Je vois deux conséquences à cette constatation. Soit il y a des décideurs pour qui tout cela n’était pas évident, et je me demande comment ils vont se comporter face à un cas non prévu dans les slides, quand il faudra se fier à leur seul compas moral. Soit ils voient leurs employés comme un troupeau de débiles profonds. Je ne sais quelle est la perspective la plus réjouissante.
  • • De ne s’adresser vraiment qu’à une petite sous-partie des employés. Celle qui compte. Celle à laquelle les décideurs tiennent tellement qu’ils en oublient même que de nombreux autres métiers contribuent à faire tourner leur boîte.
Et qui sont les heureux élus ? Je vous le donne en mille : les vendeurs, les financiers, et les chefs. Si tu n’as pas 30 personnes sous tes ordres, si tu n’es pas capable de jouer sur le prix de l’action, ou au moins de graisser la patte à quelques clients, tu as si peu d’intérêt qu’on ne va pas même faire l’effort de te sortir de la liste de formation obligatoire.

Je rêve d’une inversion des rôles… Plaidant pour ma paroisse, j’attends le jour où des financiers devront subir une formation d’ingénieurs. O-bli-ga-toire. Afin que la boîte soit certifiée Ingénieur 2000 !
On verrait des vendeurs suant sang et eau pour diagonaliser des matrices. Des chefs du personnel d’ennuyer ferme devant une formation neuneu sur le débogage. Et, oh oui, des commerçaux obligés de se pointer en jean et T-shirt au boulot quand ils ne reçoivent pas de clients. On leur interdirait même les lampes à bronzer et le dentifrice qui brille !

samedi, octobre 03, 2009

Mon fils est un Européen convaincu


Ah, quelle belle histoire, rayonnante d'optimisme! Alors que trois générations plus tôt, nous nous haïssions et nous foutions régulièrement sur la gueule, nous voila à nous aimer par délà les frontières: couples hispanico-italiens, écosso-espagnols, franco-polonais, franco-anglais et, évidemment, italo-français, pour ne parler que de ce que je vois autour de moi.
Né dans cet environnement, le petit Gael est donc nécessairement un joyeux européen convaincu. Il apprend ses deux langues maternelles en même temps. Il comprend les babillements du nonno aussi bien que les gazouillis du pépère. Il a déjà pris l'avion 10 fois, et n'a pas un an et demi.
Mais son engagement européen va encore plus loin. Farouchement libéral, l'essentiel de ses pensées tourne autour de ses besoins et ses envies personnelles. Il plie la communauté à ses désirs, comme autant d'ultimatums. Réveillé de bonne heure, il hurle pour que toute la maisonnée (et une bonne partie de l'immeuble) se lève aussi. Condamnant par la même son gauchiste archaïque de papa à se laver les dents en écoutant la propagande du quai des entrepreneurs, ou pire encore de Brigitte Jean-Perrin.

Surtout, là où il se dépasse, là où il est au diapason absolu de l'UE, c'est dans sa faculté à complétement ignorer le "non".
"Non pas la bouteille". "Non Gael touche pas à ça". "Non, lance pas les trucs"... Des "non", clairs, sans appels, mille fois répétés, sont joyeusement ignorés. Le regard se fait fuyant, il fait de dos rond deux secondes, puis retourne gaillardement à son objectif initial, comme si de rien n'était. Tu redis "non". Il se fige de nouveau un instant, semble réfléchir, puis reprend son mouvement. Implacable. Inarrêtable. Bouché de chez bouché.
Le pire, c'est qu'il est tentant de lâcher l'affaire, de considérer que puisque rien n'y fait, il faut cesser de se battre, cesser de s'exprimer.
(Je vous rassure, on tient bon!)

PS: Et pour ce qui concerne Brigitte Jean-Perrin, je citerais volontiers Volo:

vendredi, août 14, 2009

On est des grands maintenant


L'ambiance semble la même. Les beaux jours. L'apéritif dans le jardin. Les belles robes et les costumes classes. La famille jouxtant les amis. Deux beaux mariés rayonnants qui tranchent la pièce montée.
L'observateur attentif notera cependant quelques différences. Des petits riens. Un léger changement de tonalité.
Le port du costard est devenu routinier pour nombre de copains. On parle beaucoup moins bitures et jolies filles, et plus du tout examen ou stage. On se demande par contre ce qu'on devient professionnellement, et l'on confronte ses responsabilités respectives. C'est un poste exigeant tu vois, mais j'y apprends beaucoup... On est bien inspiré d'avancer sur des œufs quand on effleure des questions de politique parce que nombreux sont ceux qui sont susceptibles de se vexer plus rapidement. Mais l'on se réconciliera en se remémorant les excès communs passés, il y a un certain nombre d'années déjà.

Surtout, un sujet de conversation majeur a émergé. Inexistant il y a quelques années, il occupe maintenant la majorité des discussions: les enfants. Et leurs nombreux dérivés: couches, modes de gardes, premiers pas, petits frères ou petites sœurs, allaitement, vacances en famille, etc, Alors que les quelques célibataires survivants guettent patiemment un changement de sujet, de nombreux specimens d'enfants gambadent joyeusement pendant l'apéritif, nerveusement pendant le repas, et refusent bruyamment de se coucher au moment du dessert.

Quand à aux invités du mariage que nous suivions attentivement, ils se disent que définitivement l'ambiance a bien changé depuis quelques années et leur récent passage à la trentaine. Certains trouvent les ressources, en fin de soirée, pour se rappeler le bon vieux temps en se déchainant sur la piste de danse et en se jetant sur les digestifs, une fois les enfants enfin couchés.
Les autres, plus nombreux, trainent un peu avant de rentrer se coucher. Il est encore tôt, mais le petit se lévera demain aux aurores. Comme chaque matin...

dimanche, juin 21, 2009

Je hais la fête de la musique

Je hais la fête de la musique.
Oui, je sais. Je suis mordu par la musique; je vous fatigue à longueur de posts en vous relatant mes dernières découvertes; je vous incite lourdement à acheter des albums, particulièrement ceux de petits groupes; je vous inflige les comptes-rendus des concerts auxquels j'assiste en espérant vous inspirer à découvrir les artistes en question sur scène.
Oui, je sais. Engagé à gauche, prônant la solidarité, je devrais me faire le porte-drapeau d'une des rares fêtes populaires qui touche la France dans son ensemble (ou du moins en grande partie).

Oui d'accord. So much pour la théorie. J'ai néanmoins un contre-argument puissant à vous opposer: la fête de la musique, c'est tout pourri.
Peut-être faut-il que je développe?
Mes expériences, nombreuses, de la fête de la musique sont de trois types. Et dans les trois cas, elles sont de cuisants échecs.

Premier cas: on se retrouve avec des copains "dans le centre", sans plan très précis. Nous voila donc dans des ruelles bondées, à passer frénétiquement d'une petite scène à une autre, sans jamais s'arrêter plus d'une demie-chanson sur l'une d'entre elle (ou alors c'est simplement parce qu'on n'arrive pas à avancer).
Premièrement, il est très difficile d'apprécier de petits groupes de styles divers sur des sonos de fortune, surtout quand les deux stands voisins mêlent leur basse métal ou leur batterie jazzy à l'accordéon qu'on cherche à écouter. Et deuxièmement, parce que le groupe de copains n'arrivera jamais à se mettre d'accord sur une scène méritant un arrêt non symbolique (ou retrouve l'emballement de groupe empêchant le choix d'un restaurant dont je me suis fais l'écho un peu plus tôt). Et enfin, je ne sais pourquoi, mais on considérerait avoir raté notre fête de la musique si nous n'avions pas sillonné l'intégralité du "centre" dans la soirée.
Bilan: un butinage inintéressant, beaucoup de bousculades, du stress, des jambes douloureuses et des bières à 8 euros dans des gobelets en plastique. Qui collent aux semelles, ensuite.

Deuxième cas: expérimentés et cherchant à éviter le piège du premier cas, on potasse, on se prépare, et on ne vise qu'un seul et unique événement prestigieux. Arthur H, Peter Doherty ou Olivia Ruiz pour les parisiens; Ghislaine et son accordéon ou Toto et sa vielle de gambe pour les Provinciaux. Ce sera ce groupe là, un point c'est tout.
Seulement, quelle n'est pas notre déception de n'assister qu'à un set raccourci d'une petite heure, donné devant un public peu concerné - hé, c'est gratuit, peuchère! A part pour les fidèles absolu qui se sont ménagé une place dans les premiers rangs, il est bien difficile de suivre le mini-concert entre les badauds qui vont et viennent, et les jeunes cools qui passent le concert à se hurler des vannes aux oreilles, ou à s'appeler les uns les autres au portable.
Si vous aimez un artiste, n'allez surtout pas le voir à la fête de la musique. Cassez votre tirelire, et plutôt que de l'apercevoir sur une place qui résonne (et sur laquelle il pleut, si vous êtes à Nantes), vous les verrez pour de vrai, tranquillement, devant un public passionné.
Ne vous méprenez pas, moi je suis pour la culture pour tous, hein! Mais à condition que tous ces cons ne viennent pas me faire chier...

Et j'en viens au troisième type d'expérience de la fête de la musique: je me baricade chez moi, m'occupe de Gaelou et veut me coucher tôt.
Mais voilà, j'habite à 200 mètres de la grande scène de Denfert-Rochereau! Et je n'ai ni double-vitrage, ni boules quiès triple épaisseur telles qu'utilisées par les astronautes de la nasa. Alors, jusqu'à deux heures du mat', et avant que Gaelou ne se réveille sur le coup de 6h, j'entends la version résonnée, filtrée dans les basses, des groupes se produisant sous mes fenêtres.
Et même Spleen ou Alexi HK, que normalement j'aime bien, vont me peser cette nuit. J'envisage toute une série de représailles: ne plus acheter ces artistes; pire, les télécharger; boycotter leurs sponsors: Oui FM (de toute façon, quatre tubes en rotation lourde...), et surtout, Ricard. Pendant toute une semaine, je ne boirai que du pastis 51, na!
Je hais la fête de la musique

jeudi, février 19, 2009

Big bang theory

Je ne sais plus à quel saint me vouer. Je ne sais plus où j'habite.
Je perds tous mes repères.

S'il est un homme dont les aptitudes devraient nous être connues, s'il est un homme transparent, perpétuellement exposé, dont on devrait connaitre au moins les compétences publiques sur le bout des doigts, c'est bien lui, non?

Et bien il semblerait que non.
Que ce soit une girouette idéologiquement ne devrait pas nous étonner outre mesure (même si je reste un tout petit peu sceptique sur la pérennité du récent virage à gauche que nous attestent les médias).
Que ce soit un piètre sportif, malgré de bien belles images de montée des marche de l'Elysées en tennis ne fait également pas de doute. Je vous ai déjà entretenu de ma déception à la vue de la lourde foulée et des faibles distances que parcourt ce soit-disant joggeur invétéré. Ce gars ne court pas plus souvent qu'un physicien fondamental de ma connaissance, c'est certain.

Par contre, il était entendu que l'homme était un orateur efficace. Un tribun, acclamé de foules nombreuses et la raie bien à droite, qui a su faire avaler à la France entière qu'il avait changé (enfin presque - une petite minorité a résisté). Une bête de scène, perpétuellement sous les projecteurs ou en train de séduire des journalistes dans les backrooms.

Mais alors, comment expliquer son pauvre speech sur la recherche (deux posts plus bas, bande d'infidèles!) Je ne parle pas du fond, je ne veux pas être vulgaire, et puis d'abord il ne faut jamais parler de fond quand on parle de politique sinon on est gauchiste. Il faut parler d'envergure, d'expérience, de pragmatisme, de charisme, enfin de choses sérieuses, quoi.
Mais bref, dans la vidéo, il est mauvais, non? A trop vouloir se la jouer proche des gens, sa rhétorique dépasse à peine le niveau du comptoir. J'ondule à droite et à gauche, je multiplie les silences appuyés de grimaces, je ne fais pas de phrase de plus de cinq mots, c'est minable, non?
Un autre exemple m'a frappé plus encore. Lors de sa longue intervention sur trois de nos six chaines, il nous a livré Sa brillante Pensée concernant le livre de Péan consacré à Kouchner. Regardez-moi ça, c'est le début de la vidéo suivante (je n'ai pas trouvé l'extrait en question seul):

C'est tout bonnement nul, non? "Y a un type, il écrit un bouquin, et moi il faudrait que je vire mon ministre. Non, sérieux, les mecs, un bouquin, avec des pages et tout, tu vois pas la crise. Ah je vais me reprendre un kir, moi."

Ma première théorie consiste à penser que ce type n'a jamais été vraiment bon orateur. Sur-préparé, sur-coaché, il a pu survoler la campagne présidentielle, profitant largement d'une opposition que je qualifierais de peu farouche, et de médias que je qualifierais de peu critiques.
mais maintenant, à force d'être exposé, fatigué, il se révèle tel qu'en lui même.
Théorie n°1. Mouais...

Ma théorie préférée est la deuxième. Sarkozy a effectivement des qualités d'orateur. Ce n'est pas pour rien qu'il a été avocat reconnu, et qu'il a pu se faire élire à tout plein de postes.
Pour les présidentielles, il a eu le flair de suivre le sillon redoutable creusé par Georges W. Bush du parler simple. Des phrases courtes, percutantes, à mille lieues des circonvolutions Royal-esques ou Gore-sques.
Seulement, il s'est piqué au jeu. Il s'éclate. Il aime tant la lumière qu'il adore ses petits one-man shows. Stand-up, je prend le micro dans une main et je déambule dans le public, en racontant toujours la même petite blague.
La plus belle illustration de cette théorie est la suivante:

Mais voila. Notre sympathique héros est bloqué dans son rôle de copain de bistro. Impossible de remonter la pente rhétorique.
Le mauvais côté des choses, c'est qu'on aurait un président Bigaresque pendant encore trois ans. Le bon côté des choses, c'est qu'à trop prendre ses interlocuteurs pour des illettrés, il pourrait rater la réélection.
Enfin peut-être. Ne surestimons pas nos concitoyens non plus (pas plus que les socialistes).

dimanche, février 01, 2009

Attention débat

Chantez caouhettes, sonnez suzes, voici l'heure d'un petit débat. Ce billet m'est inspiré par un coup de gueule entendu au Masque et la plume (dans la bouche de Xavier Leherpeur), et que je trouve fort à propos.
Il a trait au fait qu'en certaines circonstances, le discours dominant présente les athées ou les agnostiques comme des "diminués". Je vais m'expliquer plus en détail, mais je préfère préciser avant tout que je pense que ce billet n'est pas inspiré par de l'anti-cléricalisme primaire (que je pratique à l'occasion, il est vrai), ni par la haine tenace que je voue à la maudite cloche de l'église voisine, qui aime à terroriser tous le voisinage dès qu'une messe est célébrée. Casser les oreilles à une cinquantaine de pâtés d'immeuble parce que trois petites vieilles se retrouvent autour d'un autel, ça a beau être la tradition, je trouve que c'est exagéré.

Entendons nous bien. Je suis loin de penser que, de manière générale, les catholiques (et les autres croyants, d'ailleurs) sont présentés sous un jour particulièrement favorable dans les médias. On vit dans un pays laïc depuis bien longtemps (n'en déplaise à certains), et il semble bien intégré que la foi ou son absence est une affaire privée.
Cependant, en certaines circonstances, les médias présentent les croyants sous une lumière bien complaisante. Je pense aux grandes réunions religieuses (type journées mondiales de la jeunesse), aux grandes fêtes (genre Noël avec son indépassable bénédiction ubi et orbi où - incroyable - le pape se prononce pour la paix dans le monde avec un ton naïf que n'oserait pas prendre une candidate à miss France sous peine de passer pour la dernière des greluches), ou plus encore aux dialogues inter-confessionnels.

Ce qui me chiffone dans l'affaire, c'est que j'y vois le sous-texte suivant: "Parlons maintenant de ce groupe de personnes, cette élite, qui sait s'arracher à son quotidien materialiste pour s'élever un peu.". Sourire aux lèvres, journalistes et interviewés nous expliquent la beauté de la Foi, de la réflexion sur le Monde et de la Morale Religieuse.
C'est peut-être moi, mais j'y entends aussi que si on n'a pas la foi, on peut être bien gentil mais on n'est pas vraiment capable de prendre du recul, et d'avoir des Valeurs un peu nobles. Soit tu as une Bible (ou un Coran, ou une Torah, on a l'esprit large) et tu peux réfléchir un peu et te comporter de manière morale, soit tu es un mécréant et tu es forcément matérialiste et individualiste.
Sans foi, tu es juste un mammifère très basique. Alors, ne la ramènes pas trop parce que nous, on passe des heures carrées à méditer sur les Valeurs dans une église/mosquée/synagogue gelée toutes les semaines!

Encore une fois, ce n'est vraiment pas le ton général des médias en toute occasion, mais ça m'agace tout de même franchement parce qu'on pourrait intégrer qu'il n'est pas qu'une seule façon de se détacher de la course au pognon et du consumérisme. (Il fut un temps où j'aurais même insinué que la religion est forcément un frein à toute morale non bêtement bigote, mais je connais quelques brillants contre-exemples qui m'interdisent donc cette volupteuse généralité anti-cléricale.)
Il n'empêche que cette idée reçue comme quoi la religiosité (non fanatique, quand même) dans nos sociétés est un plus incontournable pour qui ne se satisfait pas du monde tel qu'il est me gonfle sérieusement. Ce qui me rend les dernières campagnes athéistes très sympathiques: non, il n'y a pas de honte à être athée!

lundi, janvier 12, 2009

Eloge de la subjectivité


Vu le nombre de fois que j'ai fait référence à son site, vous devez connaitre mon affection profonde et mon respect absolu pour Daniel Schneidermann, l'animateur d'arret sur images. C'est donc un honneur mêlé de regret que de voir un sujet de post que je mûrissais depuis quelques jours rédigé sous sa plume ce matin. Evidemment, son billet n'aura pas la puissance de conviction du mien, appuyé par mes capacités rhétoriques hors du commun, mais le bonhomme ayant de la bouteille en tant que chroniqueur, il a quand même réussi à défendre correctement son sujet et il est fort probable que l'Histoire, si fascinée par les premiers, accolera son nom à ce sujet plutôt que le mien. Mais bon... (En parlant de rhétorique, quand je fais une phrase trop longue, je la contre-balance par une autre très courte. Si c'est pas puissant ça.)

Je m'agace que les médias ne semblent connaitre que deux façons de traiter un sujet polémique. Variante 1, l'évidence écrasante. On ne présente qu'un aspect de la chose, à grand renfort d'experts et d'hommes politiques sûrs-de-leur-fait-soyons-sérieux-voyons. Les exemples les plus marquants restent le libéralisme (jusqu'à une période récente, et dont je vous pronostique qu'elle ne durera pas plus que la crise actuelle) et la constitution européenne. A ce propos, je ne me lasserai pas de répéter l'avis démocratiquement exprimé des nonistes (dont je suis) a été plus que bafoué. C'est une telle évidence qu'on n'en parle pas, mais pour moi ça discrédite plus la politique que les frasques et petites phrases des uns ou des autres. Fin de la parenthèse.
Variante 2, beaucoup plus répandue, la justaposition de positions antagonistes. On présente successivement le point de vue numéro 1, puis pendant un temps strictement identique le sujet numéro 2, et on clot les débats immédiatement.
Un partout, la balle au centre.

C'est le niveau "C'est mon choix" du débat. Chaque partie s'agite, débale ses arguments, mais à la fin, on s'embrasse, on se respecte, aucune différence d'opinion n'est grave, aucune décision n'est à prendre, aucune synthèse à faire. Pour ou contre le string à l'école? Ben on s'en fout, on peut être pour, on peut être contre, ce qui compte c'est qu'on respecte la diversité de l'autre, et à la semaine prochaine!
Ce qui se défend pour des sujets sociétaux secondaires est beaucoup plus gênant pour des thèmes plus importants. Et comme c'est ce même mode de "débat" en forme de juxtaposition de prise de position qui est utilisée sur tous les thèmes, on glorifie l'ouverture d'esprit absolue au détriment des opinions tranchées et des principes. Pour prendre un exemple récent, on peut faire intervenir un spécialiste convaincu que l'économie va à sa perte, le mettre face à un expert certain que tout va pour le mieux dans le meilleur des monde financier possible, et on se sépare sans avoir avancé d'un pouième dans cette discussion centrale.

C'est là que je rejoins ce bon Daniel. Cette glorification de l'absence de prise de position touche aussi parfois l'information. Evidemment, il est heureux que nos médias ne soient pas transformés en machine de propagande assenant une vérité officielle sur tous les sujets (ce qui nous raménerait à la variante n°1), mais l'extrême inverse est également gênant.
Pour reprendre l'étude de cas proposée par Daniel, le traitement millimétriquement symétrique de la guerre à Gaza confine au ridicule. Tout le monde (ou à presque - voir ce billet qui pour moi échappe à toute logique, et est définitivement ridiculisé par sa chute) se rend bien compte de l'asymétrie du conflit (si vous voulez mon point de vue sur le sujet, il se recoupe très fortement avec celui-ci). Mais attention, là, pas question de trancher trop clairement, on reste dans l'égalité parfaite de temps de parole (ou devrais-je dire dans l'égalité parfaite du temps de propagande). Surtout que le terrain est glissant, une accusation d'antisémitisme est si vite arrivée...
Cela dit, en l'espèce, j'ai été plutôt agréablement surpris. Même si le point de vue d'Israel est fortement repris (plus que ne le mérite sa cohérence à mon avis), la disymétrie est si forte que l'impartialité journalistique est fissurée. Je n'ai pas beaucoup de doute sur l'opinion profonde de la plupart des journalistes que j'ai entendu parler du sujet.

Je quitte donc le terrain de l'information chère à mon Daniel pour en revenir à cette question des débats sans décision. Ce qui me gêne vraiment, c'est qu'on ancre profondément en beaucoup d'entre nous l'idée qu'avoir des opinions tranchées, c'est mal. Prendre position, ce n'est pas avoir des convictions, des idéaux, ce n'est pas avoir examiné les faits et tranché une bonne fois pour toute en son âme et conscience.
Non. Prendre position, c'est s'enfermer, se ranger à une idéologie, et diaboliser inutilement l'autre côté. C'est être sanguin et bien naïf. S'il y a des gens pour penser le contraire, c'est bien que l'opinion d'en face est défendable. Ce ne sont pas des monstres quand même, non?
Pour bien faire, il faut rester neutre en toute chose, et se décider mollement au cas par cas, prudemment prudemment, sans être vraiment sûr de soi.

Je ne sais pas si ce mal est général dans toutes les couches de la société, mais je peux vous dire que chez les cadres, l'épidémie est à un point très avancé. Si tu n'es pas capable de fonder ton jugement sur Sarkozy sur des arguments qui peuvent chacun être étayés par des articles chiffrés parus dans des journaux d'une neutralité reconnue et des citations dont tu peux réciter le contexte avec précision, tu n'as aucune chance de les convaincre. Si en plus tu t'agites, tu te passionnes, tu t'échauffes, tu apporteras autant de preuve de ta subjectivité, et ton avis sera définitivement discrédité.

Mais bordel, avoir des positions, c'est bien! C'est la preuve qu'on veut quelque chose pour cette vie, plutôt qu'attendre passivement que les événements nous arrivent sur la gueule! C'est le signe d'une morale, d'une vision des choses, qui essaye de se manifester dans la vraie vie.
Et peut-être, de la changer par une impulsion qui dépasse les simples soubresauts de l'économie et des conflits éthniques ancestraux.

Et pour vous remercier de m'avoir suivi jusque là, je vous propose cette vidéo, qui fait autrement plus avancer le schmilblick au niveau philosophique:

samedi, janvier 03, 2009

63 185 925

63 185 925. Vous n'avez pas pu passer à côté de ce chiffre, résultat du dernier recensement qui permet opportunément d'occuper l'espace médiatique en ces périodes de fêtes.
Non d'ailleurs que l'actualité médiatique soit vide, grâce à ce bon état d'Israel qui continue intelligemment à favoriser la paix en répandant morale et amour du prochain. C'est plutôt que les rédactions sont bien vides, et que donc les sujets faciles à traiter en dix minutes sont les bienvenus.
Ce qui me fascine le plus, c'est la précision du chiffre: 63 185 925. Et pas 63 185 924 ou 63 185 926, hein. On peut aussi savoir qu'il y a précisément 2 201 578 parisiens, et 3 450 329 habitants des Pays de la Loire. Pas un de plus, pas un de moins

Alors faisons un rapide calcul.
En admettant que nous sommes bien 63 185 925, et que nous vivons en moyenne 75 ans, soit 75x365x24x60x60 = 3 265 200 000 secondes (ah quand même!). Nous pouvons en déduire qu'un Français meurt à peu près toute les 3 265 200 000 / 63 185 925 = 37,43 secondes.
Et en admettant que la population est à peu près stable (ce qui n'est pas le cas, comme se complaisent à le souligner les journaliste. Nous croissons, nous croissons! Mais taisons que c'est dû en bonne partie à notre solde migratoire, hein, faudrait pas que notre cocorico soit trop teinté de bronzés...). Il s'ensuit qu'un enfant nait aussi toutes les 37,5 secondes en moyenne.
La population française doit donc rester stable environ 19 secondes. Après, y a soit un vieux qui claque, soit un chiard qui nait. C'est mathématique!
Le chiffre magique - 63 185 925 - a donc eu une durée de vie de 20 secondes (je suis large). Quand on sait que le recensement a eu lieu sur quatre années glissantes, on peut se demander quand il a vraiment été atteint. Voire s'il veut vraiment dire quelque chose. Un bon 63 200 000 eut peut-être été plus honnête, même si il eut bien moins été romantique et respiré la précision scientifique que l'autre.

M'enfin, ce recensement m'a permis de réaliser que Marseille est bien plus grosse que je le pensais (850 000 - enfin 847 084) et est clairement la deuxième ville de France alors que je croyais qu'il s'agissait de Lyon (seulement 481 000 - enfin 480 778).
Que Toulouse talonne Lyon (450 000 - ou 444 392).
Et que Nice arrive nettement 5ème (350 735). Comme quoi, les vieux réacs se portent bien.

Le recensement ne dit par contre pas quelle portion des environ 40 000 000 d'électeurs vote en réfléchissant rationnellement au programme des candidats, contre ceux qui votent au feeling de la personnalité du candidat. 80/20? (Je déconne) 50/50? 20/80?