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dimanche, août 29, 2010

Cinéma à infusion lente

Il y a deux raisons au fait que je ne vous ai pas tenu informé de mes dernières sorties cinématographiques depuis 4 mois. D'abord, je dois avouer que les vacances et la coupe du monde ont quelque peu ralenti ma fréquentation des salles. Et ensuite, je n'ai vraiment été emballé que par un seul des cinq films dont il va être question par la suite, et c'est le plus ancien.

Sans plus attendre, je m'en vais donc chaudement vous recommander une œuvre qui doit avoir disparu de vos salles provinciales depuis une éternité: Mammuth. Heureusement, ma lenteur à vous communiquer mon enthousiasme n'a pas trop nuit au film, qui dépasse les 800 000 entrées France pour un budget tout riquiqui.
En deux mots pour les malheureux qui sont passés à côté de l'événement, Depardieu y campe un jeune retraité de l'équarissage qui retrouve une flamme pour le moins éteinte à la faveur d'un road-movie en France profonde qui le lance sur les traces de vieilles fiches de paie.
Les réalisateurs Kervern/Délépine font honneur d'une part aux qualités d'engagement social grinçant mais sincère dont ils sont coutumiers, et d'autre part à leur sens des scènettes glauques mais touchantes qu'il est plus concis de qualifier de "grolandaises pur jus". Je suis resté plus imperméable aux envolées poético-philosophiques nous valent l'apparition d'Adjani, mais le reproche est mineur et le film est resté un régal sans le moindre bémol..

Ce n'est donc pas le cas de mes autres sorties dans les salles obscures. Si je n'ai jamais pour autant regretté ma place, je ne peux pas dire que rater certains de ces films aurait été une grande perte.

Commençons par le plus simple à chroniquer: Copacabana. Cette gentille comédie est portée par Isabelle Hupert, très bien dans le contre-emploi d'une mère excentrique qui tombe des nues quand sa fille ne l'invite pas à son mariage, afin qu'elle ne lui fasse pas honte. Pour la convaincre de son sérieux, elle est bien décidée à garder un travail impossible de vendeuse immobilière à Ostende.
Et bien tout cela est bien mené et fort sympathique. Il ne s'agit pas là d'une comédie rythmée invitant à la rigolade toutes les trente secondes, mais plutôt d'une chose légère qui nous fait quitter la séance optimiste. La mission divertissement est donc accomplie, mais cela ne va pas non plus plus loin. Le film, sans grande ambition ni génie particulier, s'oublie rapidement.
Cela dit, j'avais bien besoin de me détendre un peu car les autres films étaient plus pesants.

Enivré par des critiques très positives dans mes deux médias critiques de référence (Télérama et le masque et la plume), j'ai osé l'énorme prise de risque: Policier, adjectif. Quel risque? Et bien, il s'agit d'un petit fillm roumain, sans le sou, qui s'intéresse aux vicissitudes d'un petit flic de quartier. Alerte rouge pour le spectateur non cinéphile spécialisé.
De fait, j'ai dû être trop ambitieux. Le film est intéressant, certes, et même parfois brillant. J'ai été subjugué par la qualité des dialogues, qui n'ont rien à envier par leur originalité et leur cruauté aux meilleurs de Tarantino. Mais ils brillent d'autant plus qu'ils sont rares (à part lors de la longue scène finale).
En attendant, il faut se palucher de longues scènes de filature d'un possible petit dealeur. Le héros à beau être attachant, et l'ennui des filatures a beau être au cœur du propos du film, qu'il est chiant de se taper dix minutes à regarder le flic en planque, dans une banlieue glauque, alors qu'il ne se passe rien!
Le film est bien construit (sa fin lui donne une cohérence bien cruelle), et le réalisateur a su porter son projet avec beaucoup de talent pour compenser un budget visiblement dérisoire. Mais le résultat reste malgré tout bien aride pour le béotien que je suis.

Comme je ne suis pas homme à abandonner si facilement (pas plus que je suis homme à comprendre du premier coup), je me suis laissé convaincre par une critique enthousiaste d'aller voir un autre film qui aurait pourtant dû mettre en branle toutes mes alarmes à guet-apen: The killer inside me.
On y colle aux basques, de la première à la dernière image, d'un shérif assistant bien sous tout rapport dans une Amériques proprette des années 50. Seulement, ce personnage lisse prend par hasard goût à la violence, ce qui va l'amener rapidement à occire sans la moindre raison divers personnages croisant son chemin, avec une prédilection pour les femmes qui l'aiment.
L'accroche plante un décor joyeux qui ne sera pas démenti par le film. Le réalisateur fait en effet le choix controversé de nous montrer les meurtres dans toute leur violence (et le shérif n'est pas adapte de la balle dans la tempe propre et rapide. C'est beaucoup plus drôle à coups de poings). D'où une gène (c'est le moins qu'on puisse dire) qui d'un côté vire au voyeurisme malsain, mais de l'autre sert le propos du film.
Le protagoniste central est un monstre dont la cruauté est montrée par le détail. Mais par ailleurs, l'acteur qui le campe et si illisible et fascinant que ces contrepoints violents construisent un personnage monstrueux à la fois attirant et absolument haïssable.
Plus d'une semaine après l'avoir vu, je ne sais toujours pas dire si j'ai aimé ce film fascinant, ou si je le rejette sans appel pour ses scènes à la limite du montrable.

J'en viens à ma sortie la plus récente: Cleveland contre Wall Street. Il s'agit de cet objet hybride, ni complétement documentaire ni fiction, où le réalisateur a monté le procès fictif de la ville de Cleveland contre Wall Street, accusée d'être coupable de la crise qui frappe la ville suite à l'effondrement des subprimes. Le procès est fictif car les excellents avocats de Wall Street débusquent sans cesse de nouvelles raisons de l'ajourner, de sorte qu'il est de moins en moins probable qu'il ait vraiment lieu. En désespoir de cause, un autre procès a donc eu lieu, sans valeur légale mais en mettant en scène les vrais protagonistes devant de vrais jurés.
Le film essaye, comme le procès, d'être objectif. La parole est donnée à la défense (Wall-Street) comme au procureur, de sorte que les "méchants" peuvent nous donner leur point de vue également. Cela dit, les témoins présentés dans le film, comme les témoignages filmés fors du procès, penchent nettement du côté des victimes de la crise (ce qui ne me dérange pas outre mesure, puisque ça me semble refléter la réalité).
Les projet du procès et du film sont donc louables, et la succession des témoignages intéresse et touche. Mais je ne suis pas les critiques qui déclarent unanimement avoir compris plus de choses sur la crise pendant les 90 minutes du film que pendant l'année et demie qui a précédé.
Dans le fond, je n'ai rien appris lors de la projection. Depuis le temps que les journaux détaillent le phénomène des subprimes, je savais bien qu'on refourguait à des pauvres faciles à baratiner des prêts impayables. Qu'on élaborait des produits supposés plus sûrs (mais dont on oubliait la dangerosité) en regroupant ces prêts en gros paquets, vendus et revendus à un rythme effréné. Et je savais bien que la défense des boursicoteurs et de dire qu'ils n'ont rien fait de mal, mais simplement que leur outil a été mal utilisé.
Reste donc un film sympathique, présentant quelques figures attachantes (mais, là aussi, j'en ai croisé des dizaines au gré des dossiers du Spiegel), mais qui m'a plus instruit sur l'étonnant système judiciaire américain (avec des jurys tout puissants qui regroupent bien souvent des têtes de bois auxquels le fond des débats échappe complétement) que sur les entrailles des produits financiers en accusation.

dimanche, avril 18, 2010

Grosse livraison

Cela fait un sacré bail que vous n'avez pas eu la chronique cinéma dont vous êtes si friands. Je profite de quelques jours des célibat, période qui risque d'ailleurs de croître si les cendres islandaises continuent de retenir mon fils et ma femme loin de moi, pour déverser la dense série de critiques des films que j'ai vu ces trois derniers mois.


Je passe rapidement sur In the air, la comédie qui met en scène Clooney en licencieur à gage, en permanence entre deux avions pour pratiquer son beau métier. Le film est partagé en scènes succulentes de politiquement incorrect (autour des licenciements ou des vertus de la vie de manager sans attache) et la guimauve la plus dégoulinante quand Clooney tombe amoureux, ou se voit contraint de plaider les vertus de l'engagement devant un beau-frère réticent. Dommage que le réalisateur n'ait pas choisit plus courageusement son camp.
Venons-en à la révélation, film au pédigree des plus suspects. Il s'agit d'un thriller allemand qui se passe dans les arcanes du tribunal international de la Haye. Une procureur a une semaine pour convaincre une témoin réticente de se rendre au tribunal afin de confondre un général serbe criminel. Contre toute attente, le film est sacrément accrocheur, bien mené, et instructif sur le fonctionnement d'un tribunal qui s'avère souvent guidé par de bien pragmatiques arrières pensées politiques. Il est en outre sacrément bien joué par les deux actrices principales, quasiment de tous les plans. Une belle réussite donc, même si un des ressorts dramatiques m'a quelque peu échappé. Y a t-il un volontaire pour aller le voir afin de m'expliquer ce que je n'ai pas compris?
Les teutons font décidément une entrée remarquée dans cette salve de critique, car je pense également le plus grand bien de Soul Kitchen. Entre deux drames magnifiques, le réalisateur germano-turc Fatih Akin a pris le temps de tourner cette étonnante comédie entre copains, autour d'un héros entouré de bras cassés qui cherche à relancer son restaurant minable. C'est généreux, frais, bringuebalant mais riche d'inénarrables péripéties. Une comédie fofolle à la joie de vivre communicative.


J'ai aussi été impressionné par la maitrise du dernier Polanski, Ghost writer. Sans tape à l'oeil, il met toute sa classe au service d'un scénario diablement bien troussé: un jeune écrivain est recruté pour achever la rédaction des mémoires de l'ancien premier ministre anglais, au cœur d'une tourmente médiatique suite à sa conduite de la guerre d'Irak. Le nègre découvre des choses intrigantes, le tout dans une atmosphère d'enfermement typiquement polanskienne.
J'ai vraiment apprécié la sobriété de la mise en scène, discrète mais scotchant le spectateur alors que l'implacable intrigue se déroule. Tout au plus ai je regretté les deux dernières secondes du film, un peu too much, mais qui sont loin de ternir l'impression de classe émanant du film.


Par ailleurs, je sors de la projection des Arrivants, documentaire sur un centre d'accueil d'immigrés. Des assistantes sociales et des traducteurs dévoués, plus ou moins patients, cherchent à guider les nouveaux arrivants dans les démarches administratives tout en leur assurant un minimum de support matériel. C'est un film fin, gonflé d'humanité, loin d'être démonstratif, qui nous dévoile le destin d'immigrés complétement paumés dans ce nouvel environnement, supportés tant bien que mal par des assistantes à la marge de manœuvre réduite.
Preuve de la légèreté formelle du docu: le réalisateur n'hésite pas à intercaler à l'occasion une respiration comique entre deux scènes touchantes ou tendues, telle cette longue lutte d'un agent d'accueil amusé cherchant à établir la nationalité de son interlocuteur.


Mais le film qui domine cette moisson d'une qualité pourtant tout à fait respectable est à mon sens la merditude des choses. Il s'agit du film flamand qui retrace quelques années d'une enfance plongée dans une famille soudée mais déglinguée. Le gamin y est épaulé par trois oncles perpétuellement imbibés, dont la stupidité confondante est seulement surpassée par l'incroyable générosité, et un père au cœur gros comme ça quand il n'est pas pris de crises de colère destructrice, alcool et vie de merde oblige.
C'est donc une plongée dans le quotidien foutraque et parfois tragique d'un précariat à la Groland. Mais ce que j'ai particulièrement apprécié, c'est que le film ne se réduit pas à de joyeuses scènes de beuveries régressives (même si elles sont sacrément plaisantes). Des bouffées d'émotions illuminent aussi ces tableaux qui échappent à la caricature. Les personnages s'y révèlent souvent stupides, parfois d'une méchanceté inexcusable, mais aussi d'une humanité qui sonne sacrément juste.

dimanche, janvier 24, 2010

Trois films et deux déceptions

A force de ne donner que des avis favorables à chaque compte rendu de film, quand il ne s'agit pas purement et simplement d'injonctions à voir un chef d'œuvre, j'en étais venu à considérer l'alternative suivante: ou bien j'ai un flair infaillible pour choisir mes films, ou bien je suis un benêt bon public. Et bien la livraison critique du jour me rassure: je suis bien un cynique jamais content qui se loupe régulièrement dans le choix de ses films.
Cette brillante entrée en matière est quelque peu caricaturale. Si je n'ai pas détesté les films que je suis allé voir dernièrement, deux d'entre eux, sans être franchement mauvais, m'ont beaucoup déçus.


Certes, je n'attendais pas monts et merveilles d'Invictus, le dernier Clint Eastwood sur l'importance de la coupe du monde de rugby 1995 en Afrique du Sud sur la réconciliation du pays. Je craignais même obscurément qu'on bascule un peu trop dans les bons sentiments, mais comptais sur Eastwood pour rester relativement sobre, et nous régaler des beaux clairs obscurs dont il a le secret.
Las! Ca commence plutôt bien autour d'épisodes de la réconciliation sans faille voulue par Mandela, parmi lesquels son étonnant combat pour que les Springbooks gardent leurs couleurs (vert et or) qui sont aussi celles du régime de l'apartheid.
Mais ensuite, c'est la curée de bons sentiments. Eastwood se fait très insistant sur de multiples scénettes mettant en scène des Blancs et des Noirs initialement irrémédiablement fâchés, et qui se rabibochent par la magie du grand événement national. Même s'il y a sûrement une bonne part de vrai, même si un saint comme Mandela sera forcément dépeint comme un vieux sage, il faut avancer sur des œufs sur un sujet comme celui-là sous peine de se vautrer dans la guimauve. Ce qui ne rate pas, la palme venant aux chauffeurs de taxis racistes (blancs) qui finissent par porter en triomphe un gamin des rues (noir) à la fin de la finale.


Mais la plus grosse déception vient de A serious Man des frères Coen, unanimement encensé par la critique. Client de beaucoup de films des frangins, je me pourléchais les babines devant le chef d'œuvre annoncé, qui comportait même une part autobiographique des plus intéressantes parait-il. Le film majeur des frères Coen.
Et ben pas pour moi. Certes, on retrouve la patte des réalisateurs: un looser poursuivi par la guigne, un faux rythme réjouissant, des gueules figées filmées en gros plans impitoyables, à faire passer les Deschiens pour des gravures de mode... Le personnage de l'amant onctueux de la femme du héros est tout simplement formidable.
Mais j'ai eu l'impression que les Coen n'allaient pas jusqu'au fond du burlesque des situations, qu'ils ne se lâchaient pas comme, par exemple, dans le Big Lebovski. Ils ne retiennent certes pas leurs coups par compassion pour leur malheureux héros, mais plutôt parce qu'ils construisent une histoire, parce qu'ils cherchent à nous raconter quelque chose.
Et bien ce message caché, s'il a l'air d'avoir frappé et ravi les critiques, m'est resté tout à fait hermétique (ou plus exactement, inintéressant). Et donc non seulement j'ai l'impression de passer pour crétin, mais en plus je suis tout frustré que ce puissant message m'ait condamné à n'assister qu'à un spectacle retenu, feutré, en demie teinte.


Mais il est un film ce mois-ci qui m'a complétement conquis: Vincere de Bellochio. On y suit le triste destin de la première femme de Mussolini (Ida Dalser), qu'il a rapidement répudiée mais qui s'est entêtée pour qu'il la reconnaisse, tant et si bien qu'il a fini par la faire interner.
Le sujet est certes sombre, mais ça n'empêche pas le film d'être absolument formidable. L'intrigue est centrée sur Ida, de sorte qu'il ne se passe finalement pas grand chose mais, signe incontestable de la réussite du film, on ne s'ennuie pas une seconde. Le mérite en revient d'abord et avant tout du réalisateur. Je ne saurais pas trop expliquer pourquoi, mais chaque scène est belle, plastiquement superbe; chaque péripétie sonne juste; et jamais la tension ne retombe. Ce film vous prend et ne vous lâche pas une seconde, deux heures durant.
Mais la réussite du film est aussi celle de son actrice principale, Giovanna Mezzogiorno, quasiment de tous les plans, et dont le regard halluciné crève l'écran.
J'ai bien vu un film majeur ce mois ci, c'est celui là.

mardi, décembre 22, 2009

Le Top 10 ciné 2009

On me demande souvent quel peut bien être l'intérêt de tenir un blog (fût-ce au rythme fort peu soutenu que je suis depuis un certain 14 avril 2008). La chose est peu évidente, et parmi les nombreux arguments que j'ai mis en avant au fil des années (mettre ses idées au clair, tenir la famille/les amis au courant des coups de coeur et de gueule, etc), il en est un qui est indiscutable - et égoïste. Il me permet de garder trace des différentes sorties que j'ai faites, des concerts que j'ai vu, des CDs que j'ai écouté et des films que j'ai vus au ciné dans l'année!
2009 touchant à sa fin, il est l'heure de repasser mes chroniques cinés de l'année passée pour établir mon incontournable Top 10 2009. Je précise qu'il s'agit des films que j'ai vus dans l'année, ce quine veut pas nécessairement dire qu'ils soient sortis en 2009; Il Divo et Louise Michel sont en fait apparus en salle fin 2008.
Mais trêve de blabla, rompons le silence, le verdict est le suivant:

1- The wrestler.
2- Un prophète.
3- Il divo.

4- Harvey Milk.
5- Welcome.
6- Louise-Michel.
7- Inglorious basterds.
8- Là haut.
9- Qu'un seul tienne et les autres suivront.
10- Les beaux gosses.

Comme vous l'aurez compris par le subtil saut de ligne qui les sépare des films suivants, les trois premiers de la liste sont pour moi au dessus du lot. Absolument sublimes. Et assurément inoubliables.
D'autre part, fidèles et attentifs comme vous êtes, vous n'aurez pas été sans remarquer la présence de deux films dont je ne vous avais pas encore parlé. C'est que, voyez-vous, j'ai mis à profit mes trois jours de célibats récent pour rattraper quelque peu mon retard.


Commençons par Inglorious basterds, le film déjanté de Tarantino sur un groupe de chasseurs de nazis. J'ai longtemps hésité à aller le voir tant je n'aime pas voir un type immature comme Tarantino s'amuser sur un tel sujet.
Evidemment, les artistes sont libres de raconter ce qu'ils veulent de la façon qu'ils le veulent. Mais pour que moi je ne me sente pas mal à l'aise, j'ai besoin de sentir que le gars est clair dans ses intentions quand il aborde l'Holocauste. J'aurais aimé qu'il dise qu'évidemment le sujet historique est grave, qu'il ne relativise absolument pas la responsabilité nazie dans ce génocide, mais qu'il avait envie de ce cadre pour planter un western comme il sait les faire. Des platitudes certes, mais qui désamorcent un sujet très glissant.
Or, je suis tombé sur une interview dans le Spiegel exactement à l'opposé. Tarantino se prenait maladroitement les pieds dans les arguments style "je ne juge pas, personne n'est ni tout blanc ni tout noir", ce qui s'applique effectivement bien au film mais est évidemment très malheureux en la circonstance.
J'ai donc pris la noble décision de boycotter le film. Pendant des semaines, j'ai tenu. Mais finalement, à force d'entendre des comptes rendus enthousiastes, j'ai fini dans un moment de faiblesse par craquer. Et, comme vous pouvez en juger par la bonne place dans mon palmarès, j'ai malgré tout beaucoup aimé le film.
La scène d'ouverture (un nazi fait craquer un villageois hébergeant des juives par un long dialogue dans un suspence à couper au couteau) est magistrale, mais à la lueur de mes réserves, il a presque achevé de me convaincre de quitter la salle. Presque, heureusement, car Tarantino a ensuite le bon goût de cesser toute scène malsaine de chasse au juif, pour nous plonger plutôt dans une chasse aux nazis sans prétention.
Avec des personnages de cartoon. Des gros effets. De la musique qui pète. Des dialogues au cordeau. Des personnages ou des scènes entières dynamitées pour un trait d'humour. Bref, un truc réjouissant, techniquement superbe, qui fait bien plaisir à voir. Et en plus, les quatre langues parlées dans le film (français, anglais, allemand et italien) sont aussi les notres, ce qui fait qu'on peut se la péter à ne pas lire les sous-titres!
Et donc soit Tarantino a bien raté son interview, soit il a bien été encadré par ses producteurs pour éviter la faute de goût majeure.


Et le petit dernier est Qu'un seul tienne et les autres suivront. C'est un petit film français fraichement sorti, et dont la jeune réalisatrice, dont c'est le premier film, cumule les prix de mise en scène. On suit trois histoires (la maman qui veut rencontrer l'assassin de son fils, la jeune fille qui veut revoir son amoureux emprisonnée, et le brave mec qui doit prendre la place d'un taulard pour quelques jours) qui vont se rejoindre dans une scène finale au parloir de la prison.
Quelle maitrise! Chaque histoire est forte, parfaitement maitrisée et superbement jouée. Tout sonne juste et, coup de maitre, on ne se lasse pas de passer d'une histoire à l'autre bien qu'elles ne soient pas vraiment reliées. Le film m'a scotché du début à la fin, non par l'enjeu des intrigues, mais par l'humanité des personnages et des situations, admirablement rendues par acteurs et réalisatrice.
Apparamment simple, mais superbement juste.

mercredi, novembre 11, 2009

Quatre films, un seul prophète

Bien que je ne visite pas frénétiquement les salles obscures ces temps-ci, j'ai quand même réussi à m'arracher à mes devoirs paternels à quelques reprises ces derniers temps. Voici donc une petite chronique ciné qui sentira pas mal le réchauffé...

Une rapide exécution de Démineurs de Katheryn Bigelow. Enorme déception! Alors que j'aime d'ordinaire bien les films de la très sous estimée réalisatrice (notamment le formidable Strange Days), alors que le concept (filmer sur un faux rythme l'étrange quotidien des démineurs, perpétuellement confrontés à un danger invisible) était alléchant et la critique favorable, j'ai trouvé le film d'une bêtise sans nom. En deux mots: Comment avoir peur de terroristes qui n'ont jamais l'air de mettre de détonateurs dans leurs engins (ou alors qui laissent l'interrupteur de la bombe au rez-de-chaussé de leur immeuble quand ils habitent au dixième)?
Promesses et déception du film sont pour moi résumées en une scène. Les héros tombent dans un guet-apen en plein désert, et doivent attendre des heures sous un soleil de plomb en tenant en joue leurs ennemis, planqués dans une maison à un bon kilomètre de là. Sublime scène montrant un aspect insoupçonné de la guerre (se tenir immobile à des centaines de mètres de distance) en en rendant toute la tension dramatique, disent les critiques. Personnellement, je préfère me poiler longuement devant cet extraordinnaire concept du guet-apen tendu en plein désert, qui n'a l'air de choquer personne! Ils sont pointus les terroristes: "j'ai un plan qui déchire, on va se terrer dans une maison délabrée au milieu de rien et je suis sûr que d'ici deux-trois ans, un camion américain viendra s'arrêter juste là. On va les canarder, ça va être du velour!"
J'ajoute que le héros-taciturne-mais-qui-a-trop-la-classe-la-preuve-il-joue-au-foot-avec-un-gamin-du-cru mérite des baffes.
Bref. Venons-en aux choses dignes d'intérêt.


Mary & max est un film d'animation en pâte à modeler qui sort des chantiers battus, c'est le moins qu'on puisse dire. Jugez plutôt: il nous narre l'histoire d'une jeune Australienne, vilaine, complexée, et vivant dans une famille peu amène, qui écrit à un Américain tiré au hasard dans l'annuaire. Elle tombe sur un quadragénaire à la frontière de l'autisme, vivant seul dans un New-York déprimant. Nait une relation épistolaire décalée qui dure sur une décennie, sans que les deux héros ne se rencontrent jamais.
Cette étrange histoire a été filmée sur des années pour un budget minimal par un australien qui a pratiquement tout fait tout seul. On ne peut qu'être impressionné par la réussite graphique, par l'originalité de l'univers imaginé et par tout un tas de scénettes désopilantes d'humour noir.
Seulement voila, la distance est dure à tenir avec un sujet si ténu. Et je dois avouer que, passée une première dizaine de minutes enthousiasmante, et la plaisante demie-heure qui a suivi, je me suis essoufflé et j'ai dû me faire violence pour ne pas regarder ma montre.
J'ai heureusement pu me détendre en regardant les parents un peu naïfs, qui ont emmené leurs enfants voir le film sans trop lire le synopsis, se décomposer au rythme des blagues très noires qui emportent un certain nombre de personnages... "Papa, elle est vraiment morte la maman?"


On reste un peu dans le noir avec Rien de personnel. Son jeune réalisateur belge (c'est son premier long métrage) a su réunir la fine fleur du cinéma françophone autour d'une histoire qui taille des croupières à notre cher monde de l'entreprise. Denis Podalydès, Jean-Pierre Darroussin, Mélanie Doutey, Bouli Landers, Zabou Breitman, Pascal Gregory...
Outre la qualité de la distribution et l'acidité du propos, la réussite du film tient surtout à sa construction. La même soirée est racontée d'un premier point de vue, puis d'un second, avant que l'histoire complète ne nous soit montrée. On découvre donc progressivement toute l'habilité de la narration, sans toutefois que le procédé soit trop lourd (les deux premiers points de vue ne durent pas plus du tiers du film à eux deux).
Évidemment, il est dans ces conditions difficile de raconter précisément de quoi il en retourne sans largement faire perdre de son intérêt au film. Voila qui explique une bande annonce assez bancale. Le film vaut beaucoup mieux!


Enfin, mieux vaut tard que jamais, mon chouchou des deux mois derniers est sans contestation un prophète d'Audiard. Il nous y montre l'évolution d'une petite frappe en prison. Incarcérée pour on ne sait quelle raison, il finit par faire sa place dans la prison, pour y grandir encore et encore.
Voila par contre un film qui tient admirablement la distance. Pourtant, sur le papier, la chose parait risquée: 2h30 entre quatre murs (ou presque), à suivre un héros assez illisible et pas uniquement sympathique, et vous allez me dire que ça vous passionne sans temps mort du début à la fin?
Oui, sans discussion possible. Ce monsieur Audiard a vraiment la classe pour ce qui est de narrer une histoire complexe sans jamais relâcher la tension, et en plus pour dénicher l'acteur, jusqu'alors inconnu, qui incarnera sans fléchir son héros en étant à l'écran 90% du temps.
Du grand cinéma, qui laisse quelques images fortes dans la tête pour très longtemps.

jeudi, septembre 17, 2009

Clichés cinématographique

J'attire votre attention sur ce très amusant sujet du Spiegel, consacré aux clichés du cinéma. J'en traduit quelques uns pour les non-germanistes (honte à vous):
  • Un classique pour commencer: lorsque le héros est confronté à un grand nombre d'ennemis, ils n'attaquent jamais en même temps.
  • Les animaux font toujours un petit bruit quand ils paraissent à l'écran: les chats miaulent, les vaches meuglent, les serpents sifflent, etc.
  • Le lendemain d'une nuit d'amour, une femme se promène systématiquement dans sa cuisine en chemise et culotte - jamais de pantalon ou de jupe.
  • Un méchant en fuite dans un immeuble montera forcément les escaliers pour s'enfuir - il ne descendra jamais. Ce qui assure un final éblouissant sur le toit.
  • Les barmens sont toujours occupés à nettoyer leurs verres, ce qui leur permet de bien observer leur clientèle.
  • Quand un personnage sort d'un supermarché, il dépasse systématiquement quelque chose de ses sacs. Le plus souvent, une baguette ou des carottes.
  • Les policiers n'allument jamais la lumière dans les appartements qu'ils fouillent la nuit. Ils restent forcément à la lampe-torche.
  • Tous les méchants ont des PCs, tous les gentils ont des Macs.
  • Quand deux femmes se battent entre elles, elles s'agrippent les cheveux et se retrouvent immanquablement par terre.
  • Quand un avion est en difficulté, c'est toujours l'aile gauche qui brûle.
  • Quand un héros se fait tirer dessus par surprise, il a suffisamment de temps pour se mettre à l'abri entre la détonation et l'arrivée de la balle.
  • Il y a toujours une place de parking disponible juste devant la bâtiment (commissariat/hôpital/tribunal) devant lequel se rend le héros.
  • Quand un héros tousse, c'est la preuve formelle qu'il est atteint d'une maladie incurable.

Ah tiens, en tapant les bons mots clés google, on peut avoir du rab'! Sélections:
  • Dans une maison hantée, les femmes recherchent l'origine des bruits étranges en portant leurs plus beaux sous-vêtements.
  • Tous les lits ont des draps spéciaux qui s'arrêtent au niveau des aisselles de la femme mais seulement au niveau de la taille de l' homme allongé à ses côtés.
  • Le système de ventilation de n'importe quel bâtiment est le parfait endroit pour se cacher. Là, personne ne pensera à vous trouver et en plus vous pourrez accéder a toutes les pièces de l'édifice sans aucun problème.
  • Tu survivras très probablement à toutes les guerres à moins que tu ne commettes la fatale erreur de montrer à quelqu'un la photo de ta bien- aimée qui t'attend sagement à la maison.
  • Un homme se prendra les plus terribles coups sans broncher, mais sursautera quand une femme tentera de nettoyer ses blessures.
  • Le chef de la police est toujours Noir.
  • Au moment de payer le taxi, ne regardes jamais dans ton portefeuille pour sortir un billet : prends un billet un au hasard et tends-le : C'est toujours le prix exact.
  • Les cuisines ne sont pas équipées de lumières . Quand vous pénétrez dans une cuisine en pleine nuit, ouvrez le frigo et utilisez sa lumière à la place.
  • À Paris, toutes les fenêtres ont une vue sur la tour Eiffel.
  • Un personnage se réveille de dix ans de coma frais comme un gardon et saute de son lit comme si rien ne s’était passé.
  • Les étrangers qui parlent français ont un accent très fort mais ne cherchent jamais leurs mots et ne font jamais d’erreurs de grammaire.
  • Quand une voiture se fait tirer dessus ou tombe dans un ravin, elle explose, une des roues virevolte dans le décor et ça fait beaucoup de flammes.
  • A contrario la voiture que le héros occupe n’explose pas même lorsqu’elle traverse un mur.
  • Un homme visé par 20 hommes a plus de chance de s’en sortir que 20 hommes visés par un seul.
  • Toutes les bombes sont connectées à un minuteur à gros affichage rouge afin que le héros puisse savoir exactement quand il est temps de se tirer. Il y a toujours un fil qui arrête la bombe et un autre qui la fait exploser. Le héros ne coupe JAMAIS le mauvais fil, mais il transpire énormément (normal, il fait chaud autour d’une bombe).
  • Un vampire, c’est soit très sexy, soit très moche.

jeudi, août 20, 2009

9

Le joli court-métrage dont est tiré un film qui sort cette semaine (et n'apporte pas grand chose au court dont il est tiré, ai-je lu).

mardi, août 04, 2009

Mes films de mon mois à moi

Laissez moi vous entretenir des quelques films que j'ai vu au cinéma durant mon long silence blogesque, mettant en particulier à profit mes quelques jours de célibat parisien.


Je ne vais évidemment pas pouvoir égrainer une liste quelque peu fournie, en cette période de l'année, sans vous citer de film d'animation! Pour remplir mon quota estival, je suis allé voir Là-haut. Avant de vous parler du film en lui-même, parlons technique, car je suis allé le voir en 3D.
Je suis étonné de la relative discrétion dans laquelle émerge de cette technologie, car l'impression est tout bonnement incroyable. Est-ce pour ne pas desservir les nombreuses salles non équipées? Est-ce pour ne pas assoir définitivement la supériorité parisienne sur la triste Province? Qui sait...
Toujours est-il que j'ai été emballé par l'effet obtenu. Premièrement, les seuls effets secondaires à accpeter sont un billet au prix majoré (ce qui fait flirter le billet plein tarif avec la barre des 100F, quand même) et de lourdes lunettes (pas si mal faites puisque compatibles avec les lunettes de vue). Il est loin par contre le temps où il fallait se priver des couleurs (avec les fameuses lunettes vertes et rouges), ou supporter un papillonnement par ailleurs assez difficile à régler: les lunettes polarisées permettent de garder le confort de visualisation habituel.
Et la 3D m'a semblé extrêmement naturelle. Il ne s'agit pas de plans grossiers tous plats, mais d'une vraie sensation de profondeur progressive. J'ajoute que cette technologie profite probablement du fait que, comme les films la proposant sortent aussi en version 2D, ils n'ont pas pour seul but de donner dans la démonstration technique mais n'usent de la 3D qu'avec parcimonie et pertinence.
Quand au film en lui même, j'ai beaucoup aimé, bien qu'il soit à peu près l'opposé des films d'animation habituels. J'entends par là que d'ordinaire, on en prend plein les mirettes pendant les scènes d'action, on se tord de rire à de nombreuses blagounettes, mais on doit par contre supporter des scènes tendres assez convenues sans être le moins du monde émus.
Dans le cas de Là-bas, les scènes d'actions sont honnêtes mais pas formidables, et les blagues réussies mais bien moins nombreuses que d'ordinaire. J'ai par contre été touché par l'histoire du vieux héros qui a perdu sa femme avant d'avoir pu réaliser leur rêve commun. Si on arrive à être ému par des formes en 3D, où va-t-on...

Tant qu'on est au rayon animation, j'ai aussi vu l'Âge de glace 3, mais dans des conditions de vision moindres, on va dire. C'est par contre du grand classique, avec de bons morceaux de bravoure impressionnants et des salves de rire imparables.
En ce qui concerne les films vus dans de moins bonnes conditions, je mentionne rapidement un Terminator 4 tout à fait honnête, spectaculaire, avec une histoire pas mal troussée quoique plombée par la facilité dans la conclusion, et un efficace et rythmé Very Bad Trip.


Allez maintenant coucher les enfants que je vous entretienne de Bronson. Il s'agit du film âpre et travaillé d'un cinéaste danois annoncé comme très prometteur, qui évoque le prisonnier le plus violent d'Angleterre. Michael Peterson de son vrai nom est une espèce de psychopathe bagarreur qui s'est retrouvé en prison à la suite d'un braquage minable, et n'en est pratiquement plus sorti. Indomptable et incalculable, il s'est jeté dans toutes les bagarres avec ses codétenus ou ses gardiens, ainsi que dans quelques prises d'otage et tentatives d'évasion de sorte que sa peine ne cesse d'être rallongée.
Dans la lecture du réalisateur, Peterson est habité par une soif de reconnaissance qui le pousse à faire de sa vie carcérale une œuvre d'art - violente. D'où une mise en scène créative et tape-à-l'oeil, épaulée par un éblouissant et méconnaissable acteur principal. J'ai trouvé que les deux moitiés du film correspondaient aux deux versants d'une telle approche: d'abord lourdingue et prétentieuse (avant sa première mise en liberté, alors que Bronson, grimé sur la scène d'un théâtre narre sa propre histoire), puis éblouissante et forte.
Si vous avez l'estomac bien accroché, allez donc départager ces deux points de vues!


Enfin, le gagnant de cette petite sélection somme tout assez homogène est pour moi Whatever works de Woody Allen. Du Woody classique de chez classique avec un milieu d'intellectuel adorant deviser sur le sens de vie et les petits traquas du quotidien, un vieux misanthrope dont tombe amoureuse une greluche, le tout dans un New-York apaisé.
Je vais céder ici encore à mon péché mignon de découpage des films en tranche. J'ai adoré la mise en place du personnage principal, bougon mais juste, ainsi que l'emballement final du dernier tiers du film lors duquel les personnages les moins sympathiques sont retournés comme des crêpes et de manière surprenante. Par contre, la partie centrée autour de la romance entre le misanthrope et la greluche m'a moins charmé.

J'espère pouvoir mettre à profit mon dernier mercredi de liberté pour voir une dernière nouveauté avant de disparaitre de nouveau de vos radars pour des vacances italiennes bien méritées.

mardi, juin 16, 2009

Comédies

Grâce aux conseils de jeunes parents de nous amis, qui connaissent bien la vie, et notamment l'art de garder son équilibre mental en présence de petits quadrupèdes vociférants, nous avons récemment découverts la touche "babysitter" de notre télécommande. Quoi, il n'est pas la peine de convoquer potes ou frangins pour disposer d'une soirée à soi?
L'avenir dira s'il s'agit d'un accident ou bien d'un phénomène de fond, mais pour l'heure nous n'avons mis cette liberté à profit que pour aller voir des comédies. De qualité certes, mais je me demande si nous ne cherchons pas trop à fuir notre présent morose dans de la franche rigolade bien ficelée. Pour lever toute ambiguïté, je propose que nous allions voir Antichrist à la prochaine occasion.


Ca ne date pas d'hier, mais nous nous sommes rendus prestement voir OSS 117 - Rio ne répond plus. Je vous rappelle que nous sommes très clients du personnage, de son insondable bêtise digne et des longs blancs-à-fou-rire ménagés par le réalisateur. A la sortie du premier, Elena avait d'ailleurs emporté de son rire franc toute une salle qui n'avait pas encore complétement saisi le régal second degré du premier opus.
Nous lui avons trouvé un digne héritier dans cette suite. Voila une comédie intelligente, classicieuse (admirez la finition du décor qui rend parfaitement l'époque, détail auquel le commentaire du DVD du premier épisode nous avait sensibilisé), et surtout qui a le courage du second degré. S'il faut ménager de longs instants de malaise pour permettre au spectateur de goûter l'absurdité de la situation, pas de problème! S'il faut répéter, dériver un quiproquo une dizaine de fois, aucun souci! S'il faut briser le tabou des remarques de blaireau antisémite (ainsi que raciste et machiste, bien sûr), on y va gaiement!
Bref, du bon rire, original et inimmitable. Seul petit bémol; j'aurais bien coupé les 10 minutes dans l'antre des méchants, non pour ménager le politiquement correct, mais parce que toutes les blagues sur les nazis qui se sentent mésestimés ne sont simplement pas drôles. J'exclus bien évidemment la mythique course-poursuite en déambulateur, bien sûr!
Cela laisse tout de même 1h30 de bonheur...


Passons à un tout autre style de comédie avec le surprenant Ken Loach: Looking For Eric. Voila un ton qu'on n'associe pas forcément à ce réalisateur habituellement plus sombre et engagé, mais qui finalement lui va assez bien tant il est inégalable pour ce qui est de filmer les scènes de copains - ou de camarades, c'est selon.
Vous connaissez certainement l'histoire: un brave postier qui commence à sérieusement perdre les pédales, entre le fait qu'il a quitté son grand amour et que ses grands enfants se mettent dans le pétrin en fréquentant les gros durs du quartier. C'est alors que lui apparait son idôle de toujours, le grand Eric, qui va le remettre sur scelle grâce à ses judicieux conseils (même s'ils sont parfois difficiles à décrypter).
Voila. C'est un film très sympa, très fraternel, et bien distrayant. C'est déjà beaucoup, mais ça ne va pas plus loin. Une chose quelque peu surprenante, agréable, mais qui ne laisse pas de souvenir impérissable par delà, donc, de superbes scènes de copains.


Et enfin, j'en viens au film le plus récent des trois: les beaux gosses. Le dessinateur Riad Satouf exporte ses chroniques sur l'adolescence sur grand écran. Que celui qui ne reconnaitra pas ses pires années dans ces ados ravagés par les boutons, capables d'un romantisme infini et d'une cruauté sans nom, me jette la première pierre.
Il est à mon avis impossible de regarder ce film sans s'écrier dire mille fois "ah oui, c'était exactement ça"! J'ai crains que cet unique ressort du film, enthousiasmant au début, finisse par être lassant. Ce n'est pas le cas, par la grâce de la multiplicité des anecdotes justes (et tordantes!), du rythme trépidant de la narration, et de la grande qualité des acteurs.
Encore un excellent divertissement, à qui il manque quand même une histoire plus construite pour être parfaitement inoubliable.

dimanche, avril 05, 2009

Le billet ciné

Ca m'ôte un poids.
Maintenant que j'ai vu Harvey Milk et Welcome, je vais pouvoir avoir de nouveau une vie sociale normale sans me sentir coupable de passer à côté de films importants. Non que les cinémas en soient dépourvus de films qui valent le coup d'œil (Frost/Nixon, Coco - non je déconne), mais je pense avoir fait le tour des immanquables pour l'instant. Et j'ai sacrément bien fait.

Pour les quelques lecteurs qui n'en n'ont pas entendu parler (ce que c'est d'être lu aussi en province), Harvey Milk raconte l'histoire de ce pionnier de l'activisme homosexuel qui est devenu le premier élu ouvertement gay de San Francisco (et des Etats-Unis, voire du monde) - avant d'être assassiné.
La vie de ce type est riche et passionante, ce qui rendait le sujet prometteur mais aussi sacrément casse-gueule. Premièrement, il fallait réussir à condenser la folle quantité d'événements qui ont émaillé la vie de Milk pendant une décennie de manière digeste et crédible. Et deuxièmement, il fallait que ce bonhomme sympathique, toujours positif et de bonne humeur reste supportable dans un film qui courrait le risque de tourner à l'hagiographie.
A mon avis, le film est une réussite car il ne m'a pas semblé tomber ni dans l'un ni dans l'autre de ces écueils. Je ne sais trop expliquer pourquoi: c'est sans doute grâce à la sincérité et à la maitrise de Gus Van Sant (qui signe pour une fois un film grand public parfaitement accessible), et aussi bien évidemment à Sean Penn (note aux provinciaux: il a été oscarisé pour ce rôle). De tous les plans ou presque, il reste absolument adorable et sonne parfaitement juste malgré le destin compliqué du personnage qu'il habite.


Après m'être intéressé aux pédés, j'ai parfait mon bronzage politiquement correct aux m'intéressant aux bougnouls (notez cette habile mise en abîme: une phrase terriblement politiquement incorrecte - voire dégueulasse - qui se targue de politiquement correct. J'en ris encore).
Bref, je suis allé hier voir Welcome. Il narre comment un calaisien, pas spécialement concerné par le sort des clandestins jusque là, prend sous son aile protectrice un kurde qui s'est mis en tête de rejoindre sa fiancée à Londre en traversant la Manche à la nage.
Là aussi, le beau sujet est sacrément casse-gueule: il est bien tentant d'accoucher d'un film simplement moralisateur, tire-larme et tire-indignation. Ce ne serait pas méprisable, d'ailleurs, mais il se trouve que Welcome dépasse bien le cadre du documentaire engagé.
C'est bien simple: tous les personnages sont parfaitement crédibles, attachants, et les différentes histoires sont parfaitement équilibrées. Le film commence d'ailleurs par ne suivre que Bilal (le kurde), pendant 20 minutes édifiantes. Au terme de cette partie, la démonstration peut commencer à être un peu pesante. C'est alors qu'intervient ce calaisien indifférent, magnifiquement joué par un Vincent Lindon débordant d'humanité.
C'est alors le film prend chair. Bien sûr, le sort des clandestins reste au coeur du film, mais il est d'autant plus fort qu'on croit aux quelques personnages qu'on suit: Bilal, sa fiancée promise à un mariage d'intérêt, Vincent Lindon, sa femme avec qui il est en instance de divorce, et qui milite dans un association d'aide aux immigrés.
On va voir ce film pour en savoir plus sur la façon dont on traite les clandestins. On ressort bouleversés par une belle histoire humaine. Qui est aussi (mais après) un témoignage dérangeant sur la Sarkozie.

samedi, mars 14, 2009

Pas dans la merde

Le court métrage que vient de terminer Yoni Goodman, le réalisateur de Valse avec Bashir.

mardi, mars 03, 2009

Marathon ciné

Je m'en suis déjà agacé concernant les sorties de CDs, mais le cinéma souffre du même maux. Les fins stratèges du marketing nous gratifient de périodes extrêmement fastes en excellents films, ce qui oblige à développer une certaine discipline pour en rater le moins possible (surtout quand il faut garder alternativement un petit être à l'âme d'explorateur). Avant les immanquables prochains mois de disette, voici une nouvelle chronique ciné américaine, Oscars obligent.

Tout d'abord, j'ai été complètement conquis par The Wresler. On y suit une vieille gloire du catch qui continue, bon an mal an, sa carrière déclinante. Il ne remplit plus que des gymnases minables et ses cachets sont tellement faibles qu'il travaille dans un supermarché pour payer le loyer de son mobil-home. On suit donc l'existence tristounette d'un looser qui se satisfait de son sort tant son sport lui plait. Mais une attaque cardiaque le contraint à arrêter le catch, à essayer de séduire la strip-teaseuse elle aussi vieillissante qu'il aime, et à renouer avec sa fille.
Je sais, le milieu du catch mis à part, cela semble cousu de fil blanc. Le héros un peu minable au grand coeur qui va chercher à conquérir sa belle et retrouver la fille qu'il a peu connu, on sent venir les violons à des kilomètres...
Oui mais voila, la mayonnaise prend formidablement. Grâce tout d'abord au réalisateur Aronovky, brillant metteur en scène de Requiem for a Dream, qui a eu l'intelligence de mettre un mouchoir sur sa virtuosité technique pour suivre sobrement, caméra au poing, son héros pratiquement de bout en bout. Grâce ensuite à une classieuse Marisa Tomei, touchante de naturelle, qui donne épaisseur et humanité à son personnage. Et grâce surtout, ça a été dit et redit, à un Mickey Rourke époustouflant dans le rôle titre.
Je vous précise que je ne suis pas allé voir ce film pour admirer une bête de foire tant je ne connais rien à la carrière antérieure de Rourke. Qu'il soit passé de beau gosse à, pour reprendre une expression du Masque et la Plume, "une bestiole étrange, à mi-chemin entre Amanda Lear et Philippe Lucas", je m'en contrefous. Par contre, Dieu qu'il joue parfaitement ce rôle! Il est pratiquement de tous les plans et parvient sans jamais lasser à habiter ce personnage mi-ridicule mi-touchant. Si bien que très vite on lui veut du bien, on souffre avec lui et on se réjouit quand les événements lui sont favorables.
Et enfin, cerise sur le gâteau, il y a cette intéressante immersion dans le surprenant milieu du catch. On y découvre une camaraderie virile étrange entre mâles testotéronnés qui s'étreignent dans les vestiaires après s'être envoyés mille mandales sur le ring, dans des combats truqués qui laissent bonne place à l'improvisation.
Bref, une réussite totale, jusque dans la façon de dénouer cette histoire que je croyais condamnée soit à un happy-end niaiseux, soit à une fin tragique terriblement convenue.

Je suis également content de Gran Torino de Clint Eastwood. Il s'agit de ce film intéressant où Clint campe un vieux vétéran de la guerre de Corée, ouvrier de Ford à la retraite, misanthrope et raciste. A son corps défendant, il va sympathiser avec ses voisins asiatiques et aller jusqu'à nouer un rapport filial avec leur enfant. Voila qui va faire se remettre en question le vieux Clint nationaliste et fier de ses armes.
Le film est réussi. Il est drôle dans sa plus grande partie, lorsqu'il joue sur le choc entre l'univers carré, viril et conservateur de Clint et le monde tel qu'il est. Il est puissant, fort et touchant dans ses parties plus dramatiques (car il est aussi question de gangs de jeunes). Et il est beau, de cette beauté grave et un peu monolithique dont Clint a le secret.
Le film m'a donc plu, vous dis-je.
Par contre, je me vois obligé de nuancer quelque peu. Gran Torino ne m'a pas complétement retourné comme l'intégralité de la critique et bon nombre de mes amis. En particulier, je dois avouer avoir trouvé le scénario bien léger dans la phase de transition où Clint se fait "apprivoiser" par ses voisins. Ces asiatiques sont vraiment des caricatures d'immigrés sympas: tu peux les insulter sans relâche, les repousser une quinzaine de fois, ils restent souriants et détendus (même après avoir échappé de peu à un viol) et t'ouvrent grand les bras. De quoi faire fondre même le plus grogneur des Clint.
Voila. Mais ce n'est qu'un petit bémol tant le film est par ailleurs drôle, touchant, beau, et intéressant dans ce que le vieil inspecteur Harry pense de la violence sur ses vieux jours.

Enfin, je ne l'ai pas vu au ciné, mais j'ai enfin rattrapé mon retard sur Zodiac de David Fincher. Cette histoire vraie d'un serial-killer qui n'a jamais été identifié avec certitude se recentre sur trois personnages que cette enquête a hanté toute leur vie: deux journalistes et un flic. C'est tendu, original (tout en fausses pistes), superbement joué et très fin. Mais je déconseille de le regarder avant de se coucher!

Et enfin, avant de vous laisser, je vous indique cet article de Courrier international qui raconte l'énormité des accusations auxquelles Berlusconi a encore échappé, dans le silence assourdissant d'une opinion publique désintéressée.

mardi, février 17, 2009

Presque super

Deux films au programme de cette chronique cinéma, deux films qui ont en commun d'être de grandes machines Hollywoodiennes et d'avoir éveillé de ma part de belles attentes: Les noces rebelles et L'étrange histoire de Benjamin Button. Ils ont aussi en commun, sans être déplaisants, de ne pas complètement avoir tenu leurs promesses, à mon sens.

Les noces rebelles (le titre est mauvais) raconte les difficultés d'un couple qui s'est toujours cru brillant et différent de la moyenne, mais qui constate qu'il mène finalement la vie de tout le monde dans ces années 50 Etats-Uniennes. Madame s'occupe de la maison et de ses deux enfants, Monsieur végète dans un boulot de bureau qui ne le plait pas. Prenant conscience de la chose, ils vont essayer de se lancer dans une vie qui leur plairait plus.
Quand le réalisateur d'American Beauty s'empare d'un tel sujet, on peut s'attendre à un film bien acide sur l'american way of life (et par delà, notre quotidien à tous). Quand en plus les deux rôles majeurs (et omni-présents) sont défendus par les excellents Leonardo Di Caprio et Kate Winsley, on peut même s'attendre à quelque chose de grand.
Et ben finalement, je n'ai assisté qu'à quelque chose de correct. De pas mal. Di Caprio et Winsley sont effectivement étourdissants de justesse. Mais le film ne parvient pas, à mon sens, à maintenir toute la tension brillamment installée par la scène d'ouverture. C'est un tout petit peu trop long, un tout petit peu trop lent, un tout petit peu trop appuyé pour être le formidable film intransigeant que ça aurait pu être.

La critique de la longueur peut aussi être faite à Benjamin Button. Là encore, tous les indicateurs étaient au vert fluo: deux acteurs que j'aime beaucoup (Brad Pitt et Kate Blanchet), et surtout un réalisateur aux manettes dont j'ai apprécié (voire adoré) chacun des films (David Fincher).
Pour ceux qui seraient passés au travers, le film raconte la vie de Benjamin Button, né vieillard et qui rajeunit progressivement. Ce pitch étonnant aurait pu donner le meilleur: des mises en situations intimistes touchantes concernant l'apparent vieillard qui découvre la vie, l'homme dans la force de l'âge qui s'éclate comme un ado, l'enfant qui devient sénile, ou surtout l'apparent jeune homme qui vit une belle histoire d'amour avec une femme destinée à vieillir quand lui rajeunit. Le tout enrichi par quelques effets spéciaux ahurissants.
Malheureusement, Fincher se croit obligé de faire également de son film une épopée à la Forrest Gump, sur le mode "je vais vous montrer mon héros traverser le siècle en 2h45". L'Amérique des années 30, la seconde Guerre, un tour du monde, le New-York des années 50, et hop, vous en aurez pour votre argent, m'sieur dames, venez voir ce grand spectacle!
Si cette politique est certainement pour beaucoup dans le succès du film, je trouve que ça pollue pas mal son propos. Benjamin Button, retaillé en 1h30 pour être recentré sur les sentiments du héros, c'eut eu pu être grandiose. Dans l'état actuel des choses, je trouve le film bon, très émouvant sur sa fin, mais inutilement tape-à-l'oeil.

dimanche, janvier 18, 2009

Cinéma

Cette année commence fort bien au niveau cinématographique. Elle débute pour nous avec Louise-Michel et Il divo, deux bons choix des plus intéressants.

Respectons la chronologie avec Louise-Michel, que nous sommes allés voir dans une salle réfrigérée à Nantes. Film made in Groland, Louise-Michel raconte comment une ouvrière (Yolande Moreau) lâchement licenciée par des patrons qui déménagent leurs machines en cachette, convaint ses collègues d'utiliser leur dédommagement pour payer un tueur à gage afin d'éliminer ledit patron. En fait de professionnel, elle recrute un bras cassé (Bouli Lanners) qui aura bien du mal à s'aquitter de sa tâche, d'autant que dans l'économie globalisée il est parfois bien difficile de déterminer qui est exactement le vrai patron ayant décidé la délocalisation.
A l'énoncé du scénario, et en connaissant le registre des grolandais Kervern et Delépine, on se retrouve sans surprise dans un film baignant dans l'humour noir. C'est sa grande force, mais aussi sa petite faiblesse: on accumule les scènes frisant le cultissime, où le second degré le dispute à la diatribe politique. En me les rejouant mentalement, j'admire leur justesse et leur cruauté et espère avoir l'occasion de revoir le film avec des potes sur la même longueur d'onde que moi. Le problème est que lorsque la salle n'est pas au diapason (ce qui était le cas de la mienne), on part dans de grands éclats de rires au début de chacune de ces scènes mais, refroidis par la réaction glaciale de l'assemblée, on a du mal a poursuivre vers le fou rire libérateur final bien mérité. On continue à rire, mi emportés mi gênés, mais on exulte pas comme on devrait.
Bref, Louise-Michel est un film méchamment drôle et dont l'intrigue n'est pas inintéressante, servie par des acteurs parfaits pour leur rôle, mais qu'il faut déguster en bonne compagnie sous peine de ne pas pouvoir le couvrir des hurlements de rire qu'il mérite. Allez-y les yeux fermés, mais en groupe, ou dans le Nord, ou attendez la sortie en DVD pour rassembler le groupe de copain qui va bien et prendre le pied anar que ce très bon film mérite.
(D'autant qu'en plus un certain nombre des copains de Groland (Poolvorde, Kassovitz, Dupontel, Katerine, Salengro, Robert) y font en plus de petites apparitions sympathiques - et pour bon nombre d'entre elles à mourir de rire.)

Autre grosse réussite au style un peu surprenant (mais dans un tout autre genre): Il Divo. Ce film, récompensé à Cannes du prix du jury, se penche sur le mystérieux Giulio Andreotti, homme politique de centre-droit italien occupant la scène depuis la fin de la première guerre mondiale. Sept fois chef du Conseil (soit premier ministre), et 25 fois ministre, il traine une réputation de chef stratége machiavélique, et ses liens avec les francs-maçons de la loge P2 et avec la mafia sont évident (à part aux yeux de la justice).
Voila, de l'aveu même de l'habile Andreotti, un très bon sujet pour un film. Ce qui étonne, c'est que le réalisateur, au lieu d'opter pour un style discret et objectif comme il est de coutume pour les biopics, fait le pari de l'esthétisme et de la subjectivité. La caméra virevolte; une musique dynamique qui n'a rien à envier à Tarantino fait irruption régulièrement; la mise en scèné est nerveuse; Andreotti s'adresse à nous et à Dieu dans des monologues enflammés (quand son naturel est plutôt à la retenue, c'est le moins qu'on puisse dire). Bref, c'est Fight Club au pays du promeneur du champ de Mars.
Et c'est très réussi. Certes, une partie des références historiques nous échappent, mais finalement peu importe tant c'est la personnalité de l'énigmatique Andreotti qui tient le film, défendu par un Toni Servillo impressionnant, surtout pour qui connait l'original. (Sans vouloir me vanter, j'avoue l'avori trouvé aussi bon que dans la pièce de théâtre qu'il a donné à Paris. Ahahah, bande de provinciaux)
Fascinant, brillant, impressionnant et juste. Voila un deuxième grand film à inscrire à vos tablettes.

PS: La bande annonce d'Il Divo est assez peu représentative du film. Cette scène est bien plus juste:

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dimanche, décembre 28, 2008

Top 10 ciné

L'année se termine, et je ne vous ai pas encore gratifié de mes tops 10. Aujourd'hui, les 10 meilleurs films de l'année au cinéma selon moi (parmi ceux que je suis allé voir, bien évidemment).
1- No country for old men.
2- Valse avec Bashir.
3- La vie moderne.
4- Hunger.
5- Le crime est notre affaire.
6- Mesrine (1ère partie)
7- Be kind rewind.
8- Tonnerre sous les tropiques.
9- La graine et le mulet.
10- Juno.
Mais peut-être n'êtes vous pas tout à fait d'accord?

mercredi, décembre 10, 2008

Tchi tcha

Ah heureusement qu'il y a quelques valeurs sures pour nourrir le blog en temps de disette! Votre journée sera donc illuminée par une chronique ciné zeblogienne, nettement plus intéressante que le précédente fournée!

Mon dernier RTT de l'année m'a permis d'aller voir le dernier frères Coen, à sa première séance de diffusion: Burn after reading. Les frangins nous ont habitué à alterner films grandioses et personnels (type: No country for the old man), et des divertissements plus légers mais tout de même de très haut niveau (type Intolérable cruauté). Il faut dire qu'avec leur maitrise de la caméra, leur sens de l'humour noir et leurs amitiés très recommandables (Clooney par exemple), il faut presque le faire exprès pour ne pas réaliser de bons films!
Burn after reading est à classer dans la deuxième catégorie. Il s'agit d'une histoire d'espionnage déjantée où se croisent et s'épient espions ratés, érotomanes incontrolables et idiots complets typiquement coéniens. Cette galerie de personnage étant notamment défendue par Clooney, Malkovitch et un formidable Brad Pitt.
Malheureusement, la mayonnaise ne prend pas complétement. Malgré les excellents acteurs, le ton familier aux Coens et quelques belles surprises, l'intrigue manque notablement de souffle. Reste un divertissement sympathique, là où on pouvait attendre beaucoup mieux.



Cette demie-déception étant évacuée, je peux vous parler des deux grands films que j'ai vu dernièrement. Commençons par Hunger.
Il s'agit de ce film-choc sur l'emprisonnement des activistes de l'IRA qui relate leurs tentatives pour se faire reconnaitre le statut de prisonniers politiques. Alors qu'on ne parle dans les médias quasiment que du dernier pan du film (la grève de la faim de Bobby Sands), deux autres aspects sont également couverts: la révolte des couvertures (les prisonniers de l'IRA refusaient de porter l'uniforme des criminels ordinnaires, et donc vivaient nus avec leur couverture) et leur grève de l'hygiène d'une part, et le quotidien des gardiens d'autre part (dedans et hors des murs).
Ce film a beaucoup fait parler de lui sur deux points: l'exceptionnelle maîtrise de son réalisateur débutant (artiste contemporain reconnu, comme quoi...) et l'horreur quasi-insoutenable qu'il montre. Une fois n'est pas coutume, je suis en accord complet avec les médias. Les sordides détails sur la grève de l'hygiène (murs couverts d'excréments notamment) et la longue agonie de Bobby Sands sont quasiment insoutenables. J'ai failli quitter le visionnage du film à la vingtième minute pour cause de hauts le coeurs.
Mais le jeu en vaut la chandelle. Car le film est non seulement extrêmement fort (il nous fait toucher du doigt l'horreur absolue qu'ont connu ces prisonniers et gardiens -et la force d'esprit insensée qu'ils avaient), mais en plus il est formidablement beau.
Insoutenable souvent, mais magnifique. Le cadre est sublime, la lumière splendide, les corps des prisonniers et gardiens superbement mis en valeur, et les quelques inventions de mise en scène tombent magnifiquement à propos (à part peut-être l'échappée onirique finale qui, si elle n'a rien de honteux, est un peu démonstrative). Outre ces qualités esthétiques, Steve MacQueen (c'est le réalisateur) mène impeccablement son histoire, contre-balançant le point de vue des prisonniers par le quotidien des gardiens par exemple, ou nous faisant pénétrer dans une cellule pour la première fois dans les pas d'un nouveau détenu.
Bref, un film fort et superbe, mais authentiquement très difficile à soutenir.



Dans un style moins hard-core, mais non moins engagé, nous sommes allés voir avec bonheur La vie moderne de Depardon, le dernier épisode du triptique documentaire que le photographe-réalisateur consacre au monde des petits paysans. Là aussi, la maitrise technique (bien plus discrète et subtile) est tout au service du propos du film.
Nous pénétrons avec Depardon dans l'intimité de quelques petits paysans, la plupart vieillissants, avec qui il a mis des années à se lier d'amitié et qui livrent donc, en toute franchise et toute simplicité, leur vision de leur vie et du futur des petits paysans.
Le film respire l'humanité, et plonge en quelques plans le plus citadins des spectateurs dans le charme et la dureté de la vie paysanne. Mais Depardon ne se contente pas de nous faire rencontrer des personnages formidables qu'on pourrait croire d'un autre temps (et de mener magnifiquement leurs interviews), il les filme avec un sens du cadre et des couleurs qui accouche d'images magnifiques (avec une mention spéciale à ce paysan à la chevelure iroquoise qui regarde l'enterrement de l'Abbé Pierre à la lumière de sa vieille teloche mal réglée). Et capte tous ces petits riens qui plantent le décors en un rien de temps (la café servi dans le verre Duralex, la vieille paysanne qui interromps sans cesse la conversation pour inciter le preneur de son à attaquer de toute urgence son gateau qui va refroidir, etc).
Du bonheur et un sens de la nostalgie qui vient d'on ne sait où.

vendredi, novembre 21, 2008

Pan pan boum paf

Ce n'est pas parce qu'on dénigre l'art moderne qu'on est nécessairement un gros bourrin. Vous me connaissez: ivre de culture, de musique délicate et travaillée, de séries complexes, j'ouvre ici la page "critique ciné" que vous aimez tant. Au sommaire de cette édition, quatre films d'auteur, fins et racés: James Bond, Mensonges d'État, Tonnerre sous les tropiques et Mesrine. Sortez la testostérone, mesdames messieurs!
Le hasard a donc fait que les quatre derniers films que j'ai vu sont, disons, plus orientés sur l'action que sur la réflexion ou le sentimental. C'est un monde âpre, violent, tendu, qui peut révéler quelques perles, ... mais aussi quelques catastrophes!

Dans la deuxième catégorie, je rangerais bien le James Bond - Quantum of Solace. Pour réussir à gâcher le charisme de Daniel Craig, le charme de la James Bond girl, le magnétisme d'Amalric et la magie bien rodée de ce vieux James, c'est assez simple. Il suffit de caser une course poursuite de 4 minutes toutes les 5 minutes, de se sentir obligé de décliner tous les types de scène d'action (combat à main nue, gunfight, course poursuite à pieds, sur les toits, en voiture, en bateau, etc), de changer de décors de carte postale toutes les 10 minutes (Siéne, Haïti, La Paz, etc), bref de réduire la recette éprouvée de l'agent-secret-qui-suinte-la-classe-contre-le-méchant-vicieux à un catalogue de scènes d'actions invraisemblable. Dommage.

Le ratage est encore plus complet pour ce qui concerne le dernier Ridley Scott, Mensonges d'Etat. Trompé par la bande annonce et quelques critiques à côté de la plaque, je m'attendais à un jeu de manipulation subtil porté par de bons acteurs, doublé d'une charge contre les agissements de la CIA. Et à quelques scènes d'action magistrales, soyons juste. Comme j'aime bien Crowe et Di Caprio (et qu'en plus ce dernier choisit en général bien ses films), je ne me suis pas posé de questions et j'ai joué un de mes rares jokers "chérie, tu gères le mome, moi je m'éclipse deux heures" pour aller le voir.
Las. C'est tout pourri. Nul. En ce qui concerne la réflexion sur les agissements de la CIA, on repassera: Di Caprio est très très gentil, Crowe très très con, bourrin et manipulateur. Mais surtout, le thriller portant sur la manipulation est un ratage complet: rien ne tient la route, DiCaprio se fait entuber systématiquement par Crowe et se contente en retour de l'insulter un peu, avant de repartir dans une nouvelle aventure encore plus risquée sous ses ordres! Quant à l'habile stratagème imaginé pour faire sortir le chef terroriste du bois ou le dénouement final, il est à pleurer d'invraisemblance! Et je vous fait grâce de l'histoire sentimentale qui se greffe sur tout ça...

Tonnerre sous les tropiques est par contre une franche réussite. Il s'agit du dernier film de Ben Stiller avec ses potes, parmi lesquels Jack Black, Robert Doney Junior... et même Toby McGuire et Tom Cruise dans des rôles étonnants!
Cette comédie plonge cinq acteurs prétentieux au plus profond de la jungle pour le tournage d'un film ambitieux sur le Viet-Nam. Evidemment, allumés comme ils sont, rien ne se passe comme prévu et quand ils se retrouvent livrés à eux même tout en se croyant encore filmés, on part pour une heure et demie d'humour délirant, foufou, et se moquant pas mal du politiquement correct. C'est à voir et à revoir en se tordant de rire.

Enfin, j'ai beaucoup aimé le premier film consacré à Mesrine (il parait malheureusement que le second est loin d'être à la hauteur). C'est une belle réussite qui fait penser à du Scorcese pour son ambition, son souffle épique (on suit le gangster sur une vingtaine d'années quand même) et son âpreté.
Le film est parfaitement mené, la narration maitrisée comme tout, et le scénario au quart de poil: avec la vie que Mesrine a mené, il n'y a pas besoin d'en rajouter. Et il vrai qu'en plus la performance de ce cabotin de Cassel colle parfaitement à l'égo surdimensionné et à l'animalité de Mesrine. Un très bon film pour qui n'est pas rebuté par la violence.

dimanche, octobre 26, 2008

Chronique ciné


... et oui!
Après des mois et des mois de disette, nous avons lâchement profité de la possibilité de confier Gael à la crèche un jour de récup' pour aller non pas une, mais deux fois au ciné! Comme des jeunes, des oufs, des tarés. (Enfin presque, la population de la salle était composée pour l'essentiel de retraités).

Nous sommes d'abord allés voir le nouveau Woody Allen Vicky Cristina Barcelona. On nous promettait un très bon cru, léger mais pas con, frais, brillant, et surtout hilarant. Las! Si le film est sympathique et a un petit charme ensoleillé, force et de constater qu'on rit peu et qu'on l'oublie à peine les lumières de la salle rallumées. Un Woody mineur donc, et qui contient une rude arnaque: alors que je me félicitais d'avoir amené Elena dans un film porté par trois actrices superbes, dont deux allaient même se faire des bisous, c'est en fait le seul rôle masculin important, Javier Bardem, qui crève l'écran de son sex-appeal ibère. Arnaque, je vous dis!

Pas découragés, nous avons rejoué la carte du film "tout dans le charme et dans les acteurs" le lendemain, en nous rendant voir La crime est notre affaire, adaptation allumée d'un Agatha Cristie. Un pléiade d'acteurs formidables y vont de leur numéro réussi (Claude Rich, Chiara Mastroiani, Hippolyte Girardot et même Annie Cordy!), mais c'est le couple de héros qui crève l'écran: André Dussolier et plus encore Catherine Frot.
On se bidonne du début à la fin à la voir se braquer sur un fait divers, puis faire des pieds et des mains pour le résoudre sur son temps libre, échouant par là même dans la famille allumée du patriarche Claude Rich. Ses numéros sont assez inénarrables et irrésistibles, à tel point que nous trouvons cet opus encore plus réussi que son prédécesseur (Mon petit doigt m'a dit), qui nous avait pourtant scotché.
Un film hilarant et plein de charme. Comme quoi, la Savoie peut assumer ce que la Catalogne ne fait que promettre!

lundi, juillet 14, 2008

Valse avec Bashir


Un mode de garde alterné, toléré par notre bon maître Gael, nous a permis de découvrir successivement Valse avec Bashir ce week-end. Il s'agit de ce "documentaire d'animation", catégorie étonnante, reparti bredouille de Cannes à la grande stupéfaction de la plupart des critiques. L'auteur israélien s'étonne du fait qu'il ne garde aucun souvenir de la guerre du Liban qu'il a mené il y a 25 ans de cela, et essaye de reconstruire son passé en rencontrant ses anciens camarades, dont la mémoire est également étrangement sélective.
L'originalité formelle est patente: les interviews sont reconstituées en dessin animé, ce qui permet de rejouer les scènes racontées, réelles ou oniriques. C'est bien plus percutant que de vieilles images d'archive, mais c'est surtout superbement beau. L'animation, les couleurs et la musique sont tout simplement superbes.
Mais c'est pour moi la densité du propos qui est la plus forte. En 1h27, l'auteur nous plonge dans le quotidien d'une recrue moyennement concernée par la guerre qu'elle mène, dans les tracas des anciens combattants; il s'interroge sur les séquelles laissées par cette guerre dans l'inconscient des combattants, si longtemps après; et surtout il nous fait revivre le massacre de Sabra et Chatila, et la complicité passive de l'armée israélienne.
C'est là que le choix du dessin animé est particulièrement puissant. Placé du point de vue de troufions israéliens béats par l'odeur de vacances s'échappant du Beyrout estival, on bascule violemment dans l'horreur la plus absolue. Les petits bonhommes de dessin animé se transforment subitement en bourreaux ou en victime, en un basculement surprenant qui fait percevoir au spectateur toute l'horreur d'une guerre entre fanatiques. Et toute la fragilité de la paix.
Un film d'ailleurs particulièrement indiqué en ce 14 juillet où nous nous rangeons, comme un seul hommederrière notre Grande Muette et admire sans distanciation aucune nos jolis tanks et nos superbes hélicoptères-bombardiers.

lundi, mai 19, 2008

Gomorra

Le festival de Cannes m'aura au moins appris que l'édifiant livre de Roberto Saviano, consacré à la Camorra et dont je vous ai entretenu il y a quelques semaines, fait l'objet d'une adaptation cinématographique par Matteo Garrone. Adaptation supervisée par Saviano lui-même.
J'ai cru comprendre que les critiques étaient élogieuses. Je vous en reparlerai si ça se confirme. En attendant, voici la bande-annonce en italien.