Affichage des articles dont le libellé est Société. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Société. Afficher tous les articles

dimanche, août 15, 2010

Total respect


Comme d'une part je tiens à vous faire savoir quand j'ai apprécié un film/un CD/un bouquin/un spectacle (afin peut-être que vous vous y plongiez vous même), et comme d'autre part je publie peu, je consacre mes posts aux livres, films ou CDs qui m'ont le plus plu. Mes interventions tirent donc très souvent sur l'enthousiasme, avec deux conséquences néfastes.
1- Vous devez croire que je suis un spectateur pas bien difficile, voire un benêt un peu naïf (alors que je vous épargne des billets sur des œuvres plus quelconques, et même sur des expériences très satisfaisantes mais qui me donneraient l'impression de me répéter - tel le dernier Connelly que je viens de lire - The Brass Verdict - et qui est très bien).
2- Vous devez me lasser de mes conseils. Puisque chaque livre que je vous indique est formidable, et chaque film exceptionnel, et bien rater en quelques uns, ce n'est pas bien grave.
C'est surtout ce deuxième point qui me chagrine ici. Car je vais vous parler d'un type pour qui je nourris une admiration qui se confirme et s'approfondit à chaque nouveau contact que j'ai avec lui. Il s'agit, ni plus ni moins, je vous le donne en mille, de David Simon.

Quoi, vous ne voyez pas de qui il s'agit? Vous plaisantez? Lisez donc son patronyme à l'américaine: Dé-vid-saille-mo-n. Pas mieux? Si, monsieur Alexandre H, une idée? Monsieur Tomtom? Monsieur Matray?
Et oui, David Simon est l'auteur de la meilleure série de tous les temps: The Wire. Celle qui, en 5 saisons ramassées, croque avec justesse la vie de Baltimore, entre drogue, magouilles politiques, écoles sous-financées, et journaux en crise. Le tout en déroulant une intrigue complexe mais passionnante.
Mais si je l'ai connu par ce biais, il est intéressant à d'autres titres. Je vais glisser sur son actualité pour l'instant (la réjouissante série Treme, sur la Nouvelle Orléans) pour me concentrer sur son passé de journaliste. Il a en effet commencé par travailler pendant 13 ans au Baltimore Sun, 13 années coupées de deux congés sabbatiques qu'il a mis à profit pour s'immerger, pendant un an, dans deux milieux opposés mais également passionnants. En 1988, il a passé une année dans la division Homicide de la police de Baltimore. Et cinq ans plus tard, il a passé (avec Ed Burns) une année complète à un coin de rue partagé entre dealers et junkys.
Les deux expériences se sont traduites par deux gros bouquins, passionnants et accrocheurs. deux bouquins que je vous conseille, plus encore que d'habitude, avec chaleur.

Commençons donc par Homicide - a year on the killing street. Quel pied pour tout amateur de polar de découvrir la réalité de cette division d'élite d'une poignée de détectives, destinée à traquer les assassins dans une des villes les plus violentes d'Amérique! Du mystère, des personnages fascinants, de la testostérone, et tout cela garanti 100% véridique...
Le moins qu'on puisse dire en effet, c'est que la réalité ne pâlit pas face à la fiction. On y découvre des détectives brillants, habités mais bourrus, qui travaillent avec les moyens du bord, entre crédits faibles et pressions politiques. Ils se protègent quelque peu en développant un style macho hardcore, mais sont impressionnants d'efficacité quand les corps se multiplient.
On est confronté d'entrée de jeu au terrible tableau listant les décès qu'il est crucial de passer du rouge (inexpliqué) ou noir (résolu) - une unité aux statistiques décevantes ne faisant pas long feu. On y apprend que les détectives classent dès les premières secondes un cas en slam dunk (il sera facilement résolu, genre crime familial) ou en cas désespéré (genre inconnu trouvé mort dans une ruelle déserte d'un quartier hostile aux flics). Et que le meurtre d'un tax-payer (un citoyen honnête, ayant un boulot) compte infiniment plus que celui d'un marginal.
Vous pouvez faire confiance au maitre-à-penser du Wire pour vous présenter le détail de tout ce fonctionnement de la plus passionnante (et impitoyable) des manières. Il multiplie les anecdotes, et suit plus précisément une demie-douzaine de détectives attachants tout au long de l'année (du rookie au vétéran, du solitaire original à l'inspecteur typique du sérail).
Ce faisant, on croise mille cas, certains mineurs, d'autres qui courent tout le long du récit. Et le pire, c'est que rien ne dit qu'on finira par connaitre le fin mot de l'histoire pour les plus intrigants d'entre eux...
Un livre à la fois édifiant, passionnant, riche, dense mais prenant...

Le deuxième bouquin - The corner - se focalise sur une population bien différente: les riverains d'un quartier tombé dans la drogue. Simon ne se focalise pas sur les gros bonnets ou sur les caïds du quartier (d'ailleurs, il ne les évoque même pas) mais sur la piétaille: les petits dealeurs de rue et le flot des junkys. Deux populations maudites d'ailleurs très proches: on fait en général confiance aux jeunes (14-18 ans), non encore étouffés par la drogue, pour dealer. Ensuite, ils deviendront 9 fois sur 10 des junkys, condamnés à développer des trésors d'inventivité pour trouver des combines leur permettant de se payer leurs shoots du jour.
Au centre, Simon se concentre sur une famille (décomposée comme il se doit) à la fois typique et hors norme: Fran, la mère junky à la forte personnalité, qui a su transmettre un semblant de valeurs à ses rejetons; Gary le père, ex workaholic ayant atteint une belle prospérité à la force du poignet, mais qui a sombré à pic dans la drogue après sa femme; et DeAndre le fils, qui hésite entre les possibles: l'école qu'il déserte mais pour laquelle il est doué, les boulots légaux qui payent mal, mais pour lesquels il sait faire montre de la même assiduité que son papa, et enfin la voie royale du Corner. Peu d'efforts, de l'argent à foison (comparativement au boulot chez Mac Do, du moins), et une vie romantique... et une mort rématurée. Que choisir?
Fat Curt, petit dealer de l'ancienne école, et Ella, travailleuse sociale admirable, complètent les premiers rôles. La parfaite recette de David Simon fait encore merveille ici: en suivant le quotidien de ces personnages attachants, il nous éclaire sur divers aspects de la vie de ceux qui ont le malheur de naître et vivre dans le quartier. La quasi impossibilité de renoncer à la drogue bon marché, l'impuissance de la police, l'organisation de la vente de drogue (un hâbleur, premier testeur de la marchandise; un coureur qui va chercher la came planquée pas loin; et le chef qui récolte l'argent), la course aux combines (détrousser les maisons à l'abandon de leur métal, vendu ensuite au poids, voler de l'électroménager, vendre de la fausse drogue...) et surtout l'absence d'alternatives pour les habitants du quartier.
Comme résumer? Un livre à la fois édifiant, passionnant, riche, dense mais prenant...

Je vous dois deux précisions tout de même. Premièrement, ces livres sont extrêmement denses et longs (800 et 600 pages). Cela ne vous apparaitra pas comme un défaut une fois les 20 premières pages avalées, croyez moi.
Et deuxièmement, malheureusement, ces deux livres ne sont pas traduits en français. La langue, journalistique, est tout à fait accessible (on est très loin des dialogues du Wire). Mais j'avoue qu'il faut tout de même un bon petit niveau d'anglais pour pouvoir s'y attaquer.
Même si je pense que ces bouquins justifieraient à eux seuls de se relancer dans 4-5 années d'anglais, dans ma grande bonté, je n'en voudrai pas aux non-angliciste de ne pas faire l'effort. Les autres, par contre, vous ne regretterez pas!

Addentum: Une très intéressante interview du bonhomme se trouve . En anglais non sous_titré, elle aussi.

dimanche, août 02, 2009

Indispensable Arrêt sur Images

Chers lecteurs,
non je ne suis pas encore disparu corps et bien dans l'oisiveté de molles vacances bien méritées!
En attendant des posts plus conséquents, je me permets de vous indiquer cette excellente émission d'arrêt sur images qui a été déclarée d'intérêt public par les abonnés, et est donc accessible gratuitement à tout un chacun.
Outre le plaisir de renouer avec cette indispensable émission,vous vous devez de lui consacrer 80 minutes de votre précieux temps pour quatre excellentes raisons:
  1. Le thème de l'émission: l'inconséquence des médias qui n'ont pas vu venir la crise, et n'en ont (eux aussi) tiré aucune leçon en gardant les mêmes intervenants (les "spécialistes") qu'avant pour éclairer notre lanterne, et en posant les mêmes questions flagorneuses qu'avant aux hommes politiques. C'est aussi l'occasion de quelques analyses éclairantes sur la "criminalisation" des banquiers qui évite de se poser trop fort les bonnes questions pour réformer le système.
  2. L'invité: il s'agit de l'indispensable économiste Frédéric Lordon, qui allie clarté d'analyse et rhétorique rigolote. Il est déjà connu et apprécié des auditeurs de Là-bas si j'y suis, chez qui il intervient régulièrement (je vous conseille cette émission relativement récente, ainsi que celle qui parle d'une pétition dont je vous ai entretenu précédemment, et plus encore ce cycle consacré aux années 80 et son virage libéral). Notez qu'il développe son idée aussi dans cette vidéo juste et jubilatoire d'acrimed.
  3. La présentatrice: Maja Neskovic. Schneidermann profite de l'été pour céder son siège de présentateur à quelques anciens collaborateurs, ce qui nous permets de renouer avec le style frais et inimitable de Maja. A titre d'illustration, voici comment elle a formulé la thématique de l'émission:
"Avec la crise, j'ai cru qu'à la télé, dans les journaux, ça allait changer. Qu'on allait tous les virer, ceux qui étaient censés nous informer mais qui n'avaient rien vu venir, les experts qui se succédaient sur les plateaux pour nous dire que le marché ça s'autorégulait et qu'il ne fallait pas s'inquiéter. J'ai attendu l'émission spéciale en direct présentée par Marie Drucker, Arlette Chabot et Laurence Ferrari, où ils seraient tous tout nus et où on leur repasserait leurs déclarations de l'époque. J'ai attendu, attendu, et rien n'est venu."
  1. Enfin, j'apprends à la lecture du Spiegel que les financiers de Goldman Sachs et JP Morgan repartent en guerre comme à la grande époque puisqu'ils ne semblent retenir de la crise qu'ils ont causé que des conséquences très pragmatiques: faut laisser passer l'orage pour ensuite bondir sur les bonnes occasions d'investissement facile permises par le paysage industriel et bancaire désolé. C'est donc reparti pour des prises de risque à gogo (sachant bien qui payera pour sauver leur tête en cas de problème), avec bonus à la clé (ou plus exactement augmentation de leur salaire (de 50% Citigroup, menant à un salaire moyen de 770 000 euros l'année pour les banquiers de Goldman Sachs) puisque c'est un peu plus discret que les bonus).
Bien qu'ayant une piètre image de la finance, je ne pensais pas qu'ils oseraient reprendre aussi ouvertement leurs tranquilles habitudes moins d'un an après que les politiques aient débloqué des aides farimineuses pour sauver leurs fesses. Comme évidemment les financiers ne changent pas, mais surtout comme les politiques ne se décident toujours pas à vraiment modifier les règles du jeu, il ne reste qu'à entretenir notre juste colère en regardant ce type d'émission, et en espérant que ces analyses deviennent tellement évidentes qu'on finira par vraiment changer les choses. Je vous accorde qu'elles peuvent difficilement être plus évidentes, mais il semble que ça ne suffise par encore.

Je vous fais grâce de cette dernière motivation qui m'est plus personnelle. Mais il reste au moins trois excellentes et indiscutables raisons de regarder cette emission sans tergiverser plus avant (surtout par ce temps pourri).

vendredi, juin 19, 2009

Bouffée d'optimisme


La lecture du Spiegel, pour enrichissante qu'elle soit, peut aussi frapper durement au moral. Voici quelques petits extraits de ma lecture de la semaine, que je trouve justes et d'autant plus désespérants qu'ils sont énoncés d'un ton neutre et objectif.

D'abord, issu d'un article d'analyse politique sur la branlée prise par le SPD (le PS allemand) aux Européennes, d'autant plus étonnant que le parti n'avait reculé devant aucune subvention mirobolante aux entreprises pour sauver leurs employés de la crise (Opel, Karstadt...) - et plaire à l'éclectorat, à quelques mois de l'élection du nouveau chancelier..
"Le SPD a dû se rendre à l'évidence dans les dernières semaines: le processus d'individualisation a largement atteint son électorat. Il n'y a plus de conscience de classe de l'Allemand d'en bas, plus de solidarité. L'opérateur travaille à la chaine chez Bayer ne se sentira pas spécialement concerné par l'ouvrier de chez Opel simplement parce que lui aussi travaille à la chaîne. Celui qui gagne le RMI préférerait de loin une hausse du RMI qu'un plan aide évitant le licenciement de la chaine de magasins Karstadt. Le parti des petites gens [le SPD, historiquement] n'a plus affaire à une clientèle cohérente, mais à toute une constellation de "Moi SARL" [nom donné aux entreprises de 1 personne]. Les faibles ne se serrent plus les coudes, et la crise amplifie la sensation du chacun pour soi. On peut se désoler de ce constat. Mais il ne faut pas l'ignorer."

Mais surtout, j'ai été quelque peu retourné par le dossier que le Spiegel consacre aux "enfants de la crise" - aux 20-35 ans. Ils se sont attaqué à la question avec une diligence toute allemande: un sondage de 50 questions à été largement diffusé, et donne lieu à 17 pages d'analyse.
Je vous ai sélectionné quelques extraits qui m'ont particulièrement frappé. En sortant de cette lecture, on n'a pas spécialement envie d'inviter des 20-35 ans à bouffer, et on ne prédit surtout pas un avenir radieux d'amour et de partage à la société, je peux vous dire...
"
Le plus étonnant dans cette génération, c'est qu'elle est invisible. Aucun visage connu ne vient à l'esprit quand on parle d'elle, il n'y a personne qui parle en son nom. Pas d'intellectuel, pas d'écrivain, pas d'artiste, pas de musicien. Chacun parle pour soi uniquement.
"
Puis:
"
Cette génération trouve le monde si compliqué qu'elle ne pense pas à le changer; les jeunes Allemands sont si individualistes que leur regard est porté exclusivement sur eux-mêmes: le monde peut courir à sa perte, ils arriveront bien à se débrouiller pour éviter le naufrage individuel. Et dans le cas contraire, leur échec sera de leur faute, et pas de celle du système.
... Un trait les caractérise: une énorme confiance en eux. Pas à leur génération en général, pas à la société. C'est la croyance qu'ils vont, personnellement, réussir, d'une manière ou d'une autre. 60% prédisent un avenir sombre à la société. Par contre, 73% se voient un futur personnel positif.
"
Ce point m'a particulièrement frappé parce que je pense la même chose, et à peu près tous les amis de mon âge avec moi. La société empire, mais notre situation personnelle, bon an mal an, va de mieux en mieux.
"
Ils sont apolitiques. Quand on le leur dit, 83% d'entre eux ne le prennent pas mal. La démocratie de partis ne les intéresse pas, et ils sont à des années lumières de rêver à la révolution.
[...]
Ce n'est pas qu'ils méprisent la politique, mais plutôt qu'ils ne voient pas pourquoi ils devraient s'occuper de choses qui n'ont visiblement rien à voir avec leur vie de tous les jours.
"

On n'est pas dans la merde, quoi...

vendredi, mai 15, 2009

Observatoire des inégalités

J'attire votre attention sur l'observatoire des inégalités, pointé par France Inter ce matin et qui regroupe de nombreuses et intéressantes statistiques sur la relative richesse et pauvreté de chacun. Histoire d'avoir des ordres de grandeurs, notamment à la place de ceux qui n'en ont pas (eux ou même eux).
Mais ça peut aussi nous servir à nous. Personnellement, j'ai appris beaucoup de choses qui me font jouer profil bas (et en plus, il a le bon goût de pointer sur cet excellent article d'alternatives économiques), et de choses qui m'énervent .

Pour ceux qui ont la flemme de suivre mes liens, quelques ordres de grandeur:
  • La revenu médian en France est de 1500 euros net;
  • 90% des salariés gagnent moins de 3100 euros net;
  • le revenu médian des ménages (quelle que soit leur configuration) est de 2250 euros. Pour une personne seule, c'est 1300 euros; pour un couple sans enfant 2500 euros; pour un couple avec deux enfants 3400 euros.
  • un ouvrier non qualifié a en moyenne 10 000 euros de patrimoine; un cadre 200 000 euros.
  • les 10% les plus riches possèdent 46% du patrimoine du pays;
  • 40% des agriculateurs, 50% des ouvriers et des retraités, et 90% des cadres partent en vacances chaque année;
  • 70% des agriculteurs et des ouvriers, contre 20% des cadres (quand même) n'ont pas ouvert un livre (BD et livre pratique compris) dans l'année;
  • la pratique du sport des enfants est corrélée au niveau d'étude de leurs parents;
  • 9% seulement de la population adulte a un diplôme supérieur à bac+2.

jeudi, mars 19, 2009

Rencontre du troisième type

Pour déconner, je suis allé voir la couverture de la journée de grève par lefigaro.fr. Ils ne peuvent pas nier son succès, mais le premier titre porte sur l'état du trafic SNCF et RATP. N'oublions pas qu'une grève, c'est d'abord prendre le brave travailleur en otage!
Je vous invite à jeter un oeil sur les commentaires de leurs lecteurs sur ce sujet... Très bon, et il y en a tant que ça ne doit pas être du second degré!
Abusez pas, après une demie-douzaine de ces commentaires, l'amusement s'estompe et on commence à avoir sérieusement mal au ventre...

vendredi, janvier 30, 2009

Pensée du jour

- Quelle est la différence entre le socialisme et le capitalisme?
- Dans le socialisme, on nationalise les banques, puis elles font faillite. Dans le capitalisme, c'est l'inverse.
Angela Merkel, rapportée par le Spiegel

samedi, mai 17, 2008

Ils sont forts ces Allemands

Le Spiegel poursuit cette semaine sa série de dossiers consacrés à la démocratie, en se focalisant sur son recul dans l'opinion des Allemands. L'article contient pléthores de sondages déprimants (genre 25% des Allemands s'estiment insatisfaits du fonctionnement de la démocratie en Allemagne), moultes éclairages intéressants (basés sur des entretiens dans divers villages perdus d'Allemagne de l'Est), et avance pas mal d'explications édifiantes sur le pourquoi du recul de la politique dans l'opinion des gens.
La dernière d'entre elles me semble des plus dignes d'intérêt. Je me hasarde à une traduction du passage correspondant pour les quelques rares lecteurs du blog dont les connaissances dans la langue de Goethe sont quelque peu rouillées.

Le Spiegel rapporte les propos de la présidente de l'institut pour la Demoskopie Allensbach, la douce Renate Köcher (qu'on ne présente plus).
"
Lors du long entretien qu'elle nous accorde, elle cite diverses menaces pour la popularité de la démocratie - l'Union Européenne, les décisions prises au profit de la sécurité et au détriment de la liberté - mais tout cela ne l'inquiète pas outre mesure. Ce qu'elle craint avant tout, ce sont les gens qui ne tirent leurs informations que de la télévision.
" La télévision a du mal à faire passer des messages complexes et abstraits. Elle a besoin de cas particuliers, de situations, d'individus en particulier." Ceux qui ne s'informent que par le biais de la télé perdent la vision d'ensemble, le sens des perspectives et de la complexité de la démocratie. "On est incapable de raisonnements abstraits en terme de groupes ou de catégories. On préfère former des jugements parcellaires sur la base de cas particuliers."
C'est la lecture permet de corriger ce travers d'après Renate Köcher, mais c'est là qu'elle en vient à un constat qu'elle trouve dramatique. Au début des années 90, plus de 50% des Allemands ayant entre 14 et 29 ans lisaient un quotidien. Ils ne sont même plus 30% à le faire désormais. Et les habitudes de lectures changent très peu au cours d'une vie. Celui qui ne lit pas de journaux à 20 ans n'en lit pas non plus à 50. Et on ne peut pas se consoler avec le fait que les jeunes migrent vers les journaux sur internet. Ce sont en effet essentiellement les lecteurs de journaux papier qui fréquentent les sites parlant de politique.
Qu'est-ce que cela implique pour la démocratie? "La capacité de jugement de la société diminue". On peut en imaginer les conséquences: "une plus grande propension à être manipulé par une sélection ciblée des faits divers, une dictature de l'émotion basée sur des cycles d'indignation". En d'autres termes, la société devient plus sensible aux populistes de tout bord, et souhaite que ce qui est populaire soit imposé sans passer par de lents et compliqués processus démocratiques.
"

Sur un thème voisin, j'ai beaucoup apprécié une chronique de la deuxième heure d'Eclectik sur France Inter. Elle portait sur le "droit de ne pas être informé" dans le cas particulier de l'affaire Fourniret, dont les médias se complaisent à rapporter tout le sordide quotidiennement.
J'aurais aimé écrire sur le blog cette chronique, qui se trouve au début de la deuxième heure de l'émission. Et si vous avez la flemme de le rechercher, vous pouvez aussi écouter l'intéressante interview de Denis Robert.

lundi, mai 12, 2008

Café du commerce

Mes premières semaines de père me donnent l'occasion de me plonger dans de profondes méditations philosophiques. Et depuis que je suis passé maître dans l'art de bercer un Gael brailleur d'une main tout en tenant mon bouquin de l'autre, je suis devenu un spécialiste de l'actualité internationale.

Je viens de tomber sur un article de Courrier International rapportant que la raison première pour laquelle la ville de Séoul est passée de gauche (son orientation politique traditionnelle) à droite, c'est parce que son électorat habituel de cadres quadras est devenue propriétaire de ses appartements, et a décidé de voter pour le parti le plus susceptible de valoriser son patrimoine immobilier.
Ah bravo les Coréens, me suis-je dis. Monnayer ses convictions pour des impôts locaux un peu plus léger, c'est vraiment une belle démonstration de grandeur d'âme!

Par ailleurs, le Spiegel que je viens de terminer entame un dossier sur la place de la démocratie dans le monde actuel. Oui, je sais, je berce beaucoup ces temps-ci, et lis donc pas mal.
Nous partagions tous l'idée, il y a quelques années, qu'une fois qu'un pays en développement sort la misère, la démocratie ne tarde pas à s'installer car sa population, débarrassée de l'urgence de subvenir aux plus vitaux de ses besoins, réclame bien vite plus de liberté d'expression et une représentativité politique plus juste.
Seulement les contre-exemples abondent, Chine en tête, qui montre que tant que le niveau de vie augmente de manière claire, les libertés individuelles peuvent attendre. Longtemps. C'est le cas en Russie également, à moindre échelle.

Et bien, ils ont une bien piètre opinion de la vie publique, ces Coréens, ces Chinois et ces Russes! Mais à y regarder de plus près, l'Europe est quand même franchement passée à droite, et on ne peut pas dire que ce soient les problématiques de liberté d'expression qui occupent le devant de la scène. Notamment en Italie, pour prendre un exemple récent.
Mais vous rappelez-vous la préoccupation première des Français? Et oui, comme on nous le répète à l'envi: le fameux pouvoir d'achat.

Les Français ne vaudraient pas beaucoup plus que les autres, donc.
Et nous-même? Je me suis demandé la chose suivante: bien sûr, je ne braderais pas notre système politique pour tout l'or du monde. Mais que diriez-vous de l'alternative suivante.
Je multiplie tout ce que vous possédez par deux: votre salaire, la surface de votre appart', que tiens je transforme en petite maison avec, si vous y tenez une petite piscine. La belle voiture dont vous rêviez. Le compte en banque qui vous autorisera de belles vacances au soleil. Bref, je multiplie votre pouvoir d'achat par deux.
En échange, je ne vous renvoie pas au stade de dictature. Non, je ne récupère qu'une ou deux de vos libertés, et j'en atténue une ou deux autres. Tiens, je vous ramène à la situation d'avant mai 68! Une télé docile. Une police qui peut, occasionnellement, devenir féroce. Un président paternaliste. Un peu moins de liberté d'expression, un peu plus d'arbitraire, c'est pas bien méchant.
Vous en dites quoi? Ca doit faire du bien, un bon bain dans la piscine, par cette chaleur! Et j'aimerais bien que Gael puisse gambader dans un jardin prochainement...

L'audience de ce blog comptant la fine fleur des démocrates humanistes de notre beau pays, je n'ai pas de doute sur votre décision finale. Mais si tout cela se présentait très naturellement, en êtes vous si sûrs?
Probablement. Mais peut-être comme moi avez-vous eu besoin d'un temps de réflexion, pour répondre à ces questions en toute honnêteté.
En tout cas, ce petit jeu m'a permis d'un peu mieux comprendre une problématique qui m'obsède. Pourquoi tant de nos contemporains semblent s'inquiéter énormément, et quasi-uniquement, de leur pouvoir d'achat, alors que la question de l'expulsion musclée de nos sans-papiers leur parait infiniment moins importante? Et pourquoi, visiblement, tout le monde, tout le temps, partout, semble devoir voter à droite?
Notre hiérarchie naturelle de valeurs est peut-être moins noble que nous pensons. Et notre attrait pour la piscine assez irrépressible.

Bon, on cause on cause, je prendrais bien encore un pastis avec vous, mais j'entends des braillements qui appellent une petite berceuse...
A la votre!

jeudi, avril 17, 2008

Le blues de Saint-Vincent

Nous sommes ravis de ce qui nous arrive. Ra-vis.
Ravis évidemment, d'abord, surtout, quasi-uniquement par le petit bonhomme, plutôt (très) mignon, plutôt calme (pour l'instant), et plutôt très très adorable. Vous jugerez sur pièces. C'est une star, c'est une vraie bombe.
Mais nous sommes ravis aussi de la façon dont se sont déroulés l'accouchement et les trois jours à la clinique qui l'ont suivi. Le personnel, des sages-femmes aux infirmières, était absolument adorable rassurant, doux, détendu. Du bonheur. A croire qu'elles ont une épreuve de gentillesse, coefficient 9000, à l'examen final de leurs études. Croyez-moi, c'est un plaisir de se faire cajoler, rassurer, par un personnel compétent, disponible, et avec le sourire.

Il faut dire qu'il est aidé en cela par l'organisation de la clinique elle-même. Véritable petit village enclavé dans Paris, la clinique (publique et gratuite) Saint Vincent de Paul se présente sous forme d'une succession de bâtiments de deux à trois étages, la plupart assez anciens, séparés par des petites routes verdoyantes.
C'est calme, c'est tranquille, c'est tout mignon, et les différentes unités (du moins celles que nous avons côtoyées) sont à taille humaine. Le pied. On peut y accueillir dignement des patients, au lieu de traiter des cas à la chaîne.

Mais quel gâchis, vous allez me dire! Quel manque d'efficacité, quel archaïsme! C'est bien beau, toute cette humanité, ces soins à taille humaine, ce petit havre de paix, mais ça doit coûter les yeux de la tête! Et c'est des sous à nous, vu que c'est public et gratuit! In-ad-mi-ssible!
Et bien je vous rassure, chers contribuables. Les différents services de Saint-Vincent-de-Paul vont bientôt (en 2011 il semblerait) migrer vers un nouveau bâtiment, moderne, efficace, et froid comme il se doit, de l'autre côté de la rue, à l'hôpital Cochin. Et comme un bonheur n'arrive jamais seul, on aura également besoin de moins de personnel puisqu'on fusionnera les deux maternités. On ne sait pas ce que deviendra le site de Saint-Vincent, ni même s'il restera dans la main de l'Etat.

Alors évidemment on continuera à être bien traité, à Cochin. Evidemment les bébés naîtront en aussi bonne santé là-bas qu'ici. Et peut-être même que le personnel réussira à rester agréable, dans les locaux plus antipathiques et avec un rythme de travail plus effreiné.
Mais bordel, va-t-on continuer longtemps à effacer, rationnaliser, gommer, tous les "petits trucs en plus" qui subsistent encore de ci de là? Tout ce qui est gratuit, inefficace, doit-il à tout prix être ramené dans le rang pour économiser trois francs si sous, même si ça donne lieu à des souvenirs inoubliables? Est-ce qu'on veut vraiment laisser à tous nos petits Gael un monde hyper-fonctionnel, hyper optimisé, mais si froid et sans surprise?

Putain, on y était si bien dans cette clinique... Les esprits tatillons nous feront remarquer que si on se dépêche un peu, on peut y faire naître la soeur ou le frère de Gael... Mais ce qui est sûr, c'est que Gael n'y assistera pas à la naissance de son gamin à lui.

mardi, avril 08, 2008

La grande classe

Après pourquois.com, voici une autre source d'enrichissement personnel, pour apprendre des choses quand les calculs trainent un peu au boulot: les études de l'Insee (et oui!).
Le tableau consacrée aux pratiques culturelles des français, rapporté par alternatives économiques, nous apprend en particulier qu'un homme sur deux ne lit pas même un livre par an (les femmes sont moins catastrophiques), et que les jeunes lisent plus que les vieux (ce qui m'a étonné). Les chiffres de visite du théâtre, des concerts, voire même du cinéma, sont aussi tristes à pleurer. Malheureusement, le tableau liant pratiques culturelles et milieu social confortent les clichés: quatre cadres sur cinq lisent, contre un ouvrier sur trois...
Heureusement qu'il nous reste la télé!

dimanche, janvier 13, 2008

Travail doménical

Dans la veine des posts qui enfoncent des portes ouvertes (quand on s'adresse à un lectorat de qualité), je vous signale cet excellent article du Zeit, cité par Courrier International, consacré au travail le dimanche.
Il fourmille d'arguments pertinents, telle ces réflexions sur l'engrenage des courses le dimanche qui passent rapidement du rang de joyeuse exception à celle de galère habituelle, ou sur le fait que c'est à ce congé collectif que tiennent toutes nos habitudes de repos. Si il disparait, toutes les habitudes de non-continuité du travail risquent d'être remis en cause.
En plus, on y découvre quelques statistiques intéressantes. Vous doutiez-vous que plus d'un Allemand actif sur deux travaille déjà soit en soirée, soit de nuit, soit le week-end? Et que 28% travaillent parfois le dimanche, et ce dans une société qui protège mieux le week-end que la nôtre?

Je dis ça, mais je viens de passer trois heures de mon dimanche à refondre un article de ma thèse!

PS: Je viens de me rendre compte que l'affiche illustrant ce post est tirée d'une campagne de l'Eglise allemande contre des lois "assouplissant" (tiens tiens) le travail doménical. pour une fois que je suis d'accord avec les curés...