lundi, mai 24, 2010

L'invention du siècle

Salut, vous me reconnaissez?
Et oui, c'est bien moi! Étonnant, pas vrai? Vous aviez en mémoire ce jeune papa pâlichon, les yeux cerclés de vert se tordant nerveusement les doigts, pas vrai? Ahaha, mais c'est du passé tout ça!
Comment ai-je fait pour me métamorphoser en cet étonnant trentenaire bronzé au sourire détendu? Facile, j'ai trouvé un remède miraculeux à la paternité épuisante!
J'ai nommé...
Le bac à sable!

Alors si vous ne connaissez pas le concept, c'est génial!
Au lieu de rester enfermé dans votre petit appart' avec votre enfant très-mignon-et-super-vif-oh-oui-qu'il-est-vif, à lui courir après alors qu'il enfreint scientifiquement toutes vos interdictions, en essayant de lui inculquer, si ce n'est du savoir-vivre, du moins un minimum d'instinct de survie, et bien vous lâchez le turbulent novice dans un bac-à-sable ensoleillé.
Des générations de parents ont développé le concept pour aboutir à une topologie des lieux absolument parfaite. En plein air, les hurlements du bambin sont infiniment plus supportables que dans un espace restreint, et en plus les mesures de rétorsions des voisins deviennent de lointains souvenirs. En outre, les enfants environnants ayant la même propension à hurler et à commettre de frustrantes bêtises, vous réalisez que vous subissez les effets normal de l'apprentissage en jeune âge, et n'avez pas hérité de quelques tête particulièrement brulée qui n'atteindra un semblant de maturité que quand vous serez en maison de retraite.

Par ailleurs, le sable a deux propriétés intéressantes.
D'abord il est mou, ce qui permet de ne pas s'inquiéter outre mesure quand l'enfant à la recherche de ses propres limites s'étale à grande vitesse, le corps formant un axe improbable avec le plancher des vaches (la seule contrainte et que la tête doive heurter le sol la première).
Mais surtout, le sable peut être transvasé à l'infini, à la main, à la pelle, dans un seau, ou même à la bouche, ce qui permet à nos petites têtes blondes de développer une variété illimitée de jeux qui nous apparaissent complément crétins, mais qui ont l'heur de les fasciner. Il fallait voir Gael prendre une pincée de sable à une extrémité du square pour courir vers une flaque sise à l'autre extrémité, afin d'y jeter son offrande, et de repartir ventre à terre se ré-approvisionner.
Je suis certain que cette activité a de hautes vertus pédagogiques.

Il convient également de souligner le large éventail d'enseignements que les bambins tirent de la fréquentation assidue des bacs à sable. D'abord, les petits Parisiens découvrent qu'il y a une vie hors les appartements et les métros, et qu'on peut survivre et s'épanouir à l'air libre.
Ensuite, les enfants apprennent à vivre ensemble, à cohabiter, à partager des ressources (toboggan, animal à ressort...), voire à développer de profondes amitiés autour d'un prêt de râteau en plastique. Selon votre sensibilité politique, vous pourrez même vous convaincre qu'il apprend les vertus du communisme autour du partage désordonné des jouets, ou du libéralisme puisque les enfants ont forcément tous envie du même jouet, et que c'est le plus fort qui le prend (sauf si un adulte intervient, ce que je considère comme une intrusion inacceptable de l'Etat dans le mécanisme de l'offre et de la demande. Après vous allez vous étonner que les enfants les plus forts aillent vivre en Grande-Bretagne).

Ces prétextes pédagogiques étant posés, je peux avancer le vrai, l'unique argument. Nous glandons tranquillement au soleil, qui en feuilletant un journal, qui en discutant avec d'autres parents (qui sont très souvent soit des compagnones d'accouchement, soit des parents de camarades de crèche), qui un apéro à la main. On est cools, il fait bon, et en plus on récupère Gael lessivé, prêt à être jeté au lit (après une douche au karsher, vous n'imaginez pas où il peut se coller d'impressionnantes quantités de sable).
Cerise sur le gâteau: on impressionne nos collègues célibataires par notre bonne mine bronzée, et notre humeur légère et détendue! C'est pas du bonheur, ça?

mardi, mai 18, 2010

L'ile de la frustration

L'offre avait l'air parfaitement alléchante.
Une semaine dans un petit paradis gersois, tous frais payé (ou plutôt si bon marché que c'était tout comme). Une semaine de détente dans une riante campagne dont nous pourrions profiter depuis une superbe demeure, ferme réhabilitée avec goût dans le confort le plus moderne. Immense terrain. Jolie piscine. Court de tennis à disposition. Terrasse à apéro et barbecue. Une retraite idéale pour se mettre au vert.
Et comme si cela ne suffisait pas, nous pouvions y aller avec tous nos potes, et nous régaler de toutes les variétés immaginables de canard: magret, confit, cassoulet, cœurs grillés, salade de gésier, pâtes aux aiguillettes, sans oublier le mythique hachis de canard. Le tout généreusement arrosé de vin du cru, et d'Armagnac comme il se doit. Quand le festif rejoint le reposant!

Nous aurions dû lire les petites lignes. Car nous nous sommes rendus sur... l'ile de la frustration!

Cette semaine nous était en effet offerte sous une condition: que nous nous y rendions en compagnie de notre charmant bambin, dont vous connaissez la vivacité, la gentillesse et la joie de vivre. Seulement, il était de mèche avec la production et nous a sorti une semaine d'opposition à l'autorité d'anthologie!
Stupéfiant par sa capacité à ignorer parfaitement nos injonctions pourtant répétées à des niveaux sonores croissants, il nous a contraint à nous arracher quelques centaines de fois à de mythiques apéros ou de riches discussions en terrasse pour imposer physiquement nos légitimes contraintes (qui pour nombre d'entre elles, visaient à l'empêcher de commettre diverses formes de suicide).
Cela ne suffisait d'ailleurs souvent pas à arrêter notre insurgé. Faisant fi d'une différence de taille qui eût pourtant dû inciter à la prudence tout animal un tant soit peu soucieux de sa survie, il passait régulièrement outre l'interdit à la seconde où nous le lâchions, en nous regardant droit dans les yeux de préférence.
Mis au coin pour le compte, il s'enhardissait occasionnellement à profiter du premier instant de liberté pour rééditer sa bêtise, ou à nous rouer de coups de ses petits bras tournoyants.
Étouffé par la frustration, j'ai maintes fois, prostré, frôlé la folie criminelle.

Évidemment, nous étions conscients qu'il ne fallait par reculer d'un pouce pour que le rebelle comprenne la sottise de sa systématique opposition. Il nous a cependant pas été facile de nous plier à cette stratégie sans nourrir quelque rancœur, injuste pour un petit bonhomme suivant son évolution normale, mais terriblement compréhensible du point de vue du parent ignoré, insulté et tabassé.
Et ce d'autant que le mécanisme de l'île de la frustration est d'une implacable efficacité. En effet, le petit syndicaliste féroce répète ses revendications nihilistes à rythme très soutenu, ce qui empoisonne rapidement le quotidien de jeunes parents pourtant partis pour une semaine de repos. En outre (et c'est un principe également appliqué dans de plus illustres émissions de télé-réalité), nous étions dans un état d'épuisement absolu scientifiquement construit.
Pour commencer, l'enragé miniature mettait un point d'honneur à nous tirer du lit tous les matins entre 6h et 6h30. Comme les soirées entre copain, même écourtées, se terminaient au plus tôt à minuit, notre déficit de sommeil atteignait des profondeurs abyssales. Mais en plus, notre régime gersois nous plongeait dans un étouffant état de somnolence dont il était très difficile de se tirer pour imposer notre loi pour la 272ème fois de la journée. Et enfin, les apéros creusaient encore plus avant une doucereuse indolence qui eût été douce si elle n'eût pas été interrompue à un rythme frénétique par le rambo des bacs à sable.

Mais nous sommes sortis vainqueurs de cette terrible épreuve!
Perclus de frustration, nous avons su trouver en nous d'insoupçonnées sources de sérénité qui nous ont permis de tenir, épaulés par de compatissants copains dont les enfants s'étaient bien entendu passés le mot pour être plus adorables les uns que les autres cette semaine là. Acculés aux confins du craquage nerveux, nous en avons appris beaucoup sur nous-même, et souhaitons beaucoup de bonheur à tous les jeunes parents qui nous lisent!

jeudi, mai 06, 2010

lundi, avril 19, 2010

La preuve de l'arnaque


Regardez bien cette jolie courbe (trouvée là et détaillée là).
C'est tout un poème. Elle montre les prix du logement rapporté au revenu des ménages. Elle révèle une longue longue période de stabilité, lors de laquelle l'immobilier reste dans un tunnel de 10% autour d'une valeur stable. Elle est seulement interrompue par un bond parisien commencé en 1985, et promptement corrigé à la faveur du "krach" de 1991.
Et après 37 ans de stabilité, en 2002, alors que ma génération commence à bosser et donc à pouvoir envisager de s'acheter quelques murs à elle, que croyez-vous qu'il advint? Un bond phénoménal, partout en France, et atteignant un succulent facteur 2 à Paname.
De bien belles courbes, toutes droites tendues vers une partie charnue de l'anatomie de ma génération.

dimanche, avril 18, 2010

Grosse livraison

Cela fait un sacré bail que vous n'avez pas eu la chronique cinéma dont vous êtes si friands. Je profite de quelques jours des célibat, période qui risque d'ailleurs de croître si les cendres islandaises continuent de retenir mon fils et ma femme loin de moi, pour déverser la dense série de critiques des films que j'ai vu ces trois derniers mois.


Je passe rapidement sur In the air, la comédie qui met en scène Clooney en licencieur à gage, en permanence entre deux avions pour pratiquer son beau métier. Le film est partagé en scènes succulentes de politiquement incorrect (autour des licenciements ou des vertus de la vie de manager sans attache) et la guimauve la plus dégoulinante quand Clooney tombe amoureux, ou se voit contraint de plaider les vertus de l'engagement devant un beau-frère réticent. Dommage que le réalisateur n'ait pas choisit plus courageusement son camp.
Venons-en à la révélation, film au pédigree des plus suspects. Il s'agit d'un thriller allemand qui se passe dans les arcanes du tribunal international de la Haye. Une procureur a une semaine pour convaincre une témoin réticente de se rendre au tribunal afin de confondre un général serbe criminel. Contre toute attente, le film est sacrément accrocheur, bien mené, et instructif sur le fonctionnement d'un tribunal qui s'avère souvent guidé par de bien pragmatiques arrières pensées politiques. Il est en outre sacrément bien joué par les deux actrices principales, quasiment de tous les plans. Une belle réussite donc, même si un des ressorts dramatiques m'a quelque peu échappé. Y a t-il un volontaire pour aller le voir afin de m'expliquer ce que je n'ai pas compris?
Les teutons font décidément une entrée remarquée dans cette salve de critique, car je pense également le plus grand bien de Soul Kitchen. Entre deux drames magnifiques, le réalisateur germano-turc Fatih Akin a pris le temps de tourner cette étonnante comédie entre copains, autour d'un héros entouré de bras cassés qui cherche à relancer son restaurant minable. C'est généreux, frais, bringuebalant mais riche d'inénarrables péripéties. Une comédie fofolle à la joie de vivre communicative.


J'ai aussi été impressionné par la maitrise du dernier Polanski, Ghost writer. Sans tape à l'oeil, il met toute sa classe au service d'un scénario diablement bien troussé: un jeune écrivain est recruté pour achever la rédaction des mémoires de l'ancien premier ministre anglais, au cœur d'une tourmente médiatique suite à sa conduite de la guerre d'Irak. Le nègre découvre des choses intrigantes, le tout dans une atmosphère d'enfermement typiquement polanskienne.
J'ai vraiment apprécié la sobriété de la mise en scène, discrète mais scotchant le spectateur alors que l'implacable intrigue se déroule. Tout au plus ai je regretté les deux dernières secondes du film, un peu too much, mais qui sont loin de ternir l'impression de classe émanant du film.


Par ailleurs, je sors de la projection des Arrivants, documentaire sur un centre d'accueil d'immigrés. Des assistantes sociales et des traducteurs dévoués, plus ou moins patients, cherchent à guider les nouveaux arrivants dans les démarches administratives tout en leur assurant un minimum de support matériel. C'est un film fin, gonflé d'humanité, loin d'être démonstratif, qui nous dévoile le destin d'immigrés complétement paumés dans ce nouvel environnement, supportés tant bien que mal par des assistantes à la marge de manœuvre réduite.
Preuve de la légèreté formelle du docu: le réalisateur n'hésite pas à intercaler à l'occasion une respiration comique entre deux scènes touchantes ou tendues, telle cette longue lutte d'un agent d'accueil amusé cherchant à établir la nationalité de son interlocuteur.


Mais le film qui domine cette moisson d'une qualité pourtant tout à fait respectable est à mon sens la merditude des choses. Il s'agit du film flamand qui retrace quelques années d'une enfance plongée dans une famille soudée mais déglinguée. Le gamin y est épaulé par trois oncles perpétuellement imbibés, dont la stupidité confondante est seulement surpassée par l'incroyable générosité, et un père au cœur gros comme ça quand il n'est pas pris de crises de colère destructrice, alcool et vie de merde oblige.
C'est donc une plongée dans le quotidien foutraque et parfois tragique d'un précariat à la Groland. Mais ce que j'ai particulièrement apprécié, c'est que le film ne se réduit pas à de joyeuses scènes de beuveries régressives (même si elles sont sacrément plaisantes). Des bouffées d'émotions illuminent aussi ces tableaux qui échappent à la caricature. Les personnages s'y révèlent souvent stupides, parfois d'une méchanceté inexcusable, mais aussi d'une humanité qui sonne sacrément juste.

samedi, avril 17, 2010

Manuel de savoir vivre à l'intérêt des interlocuteurs de marathoniens

Une préparation de 4 mois lors de laquelle 605km furent parcourus, justifie bien un deuxième post sur le marathon qui m'a permis de rejoindre le 1% de la population française ayant déjà parcouru cette distance. Ne fut-ce que pour vous permettre de voir ces deux bien belles photos prises à l'arrivée (photos dont je tairai le prix par respect pour ceux qui sont durement touchés par la crise, et ignorent à quelles extrémités on peut être réduit pour conserver un témoignage du jour où on est allé au bout de ses capacités physiques).
Je vous rassure, ce billet ne retracera pas par le menu l'intégralité de mon épopée. Vous avez de la chance que je me sois offert un bon resto avec mes compagnons d'entrainement, tout aussi émoustillés que moi, hier soir. Nous avons déroulé avec gourmandise nos courses respectives par le menu. Ah le mur du 34ème kilomètre! Ah, le rétrécissement au rond point de la Bastille! Le faux-plat du 10 au 15ème km! Les ravitaillements pénibles, celui des quais en tête! Les chemins du bois de Boulogne, trop étroits pour absorber les coureurs ainsi que les compétiteurs crevés qui marchent!
Les femmes de marathoniens ayant eu le bon goût de déserter la soirée, nous avons pu revivre notre guerre sans ennuyer personne. Ma soif de reconnaissance ayant été partiellement étanchée hier soir, je peux vous faire grâce du récit détaillé de ma course.
Mais à une condition seulement.

J'ai remarqué à l'occasion de ce marathon un phénomène étrange. La première fois que vous avouez que vous êtes adepte du footing à quelqu'un, vous êtes systématiquement salué par un regard respecteux. "Quoi, tu cours une heure de suite! Waow, moi cinq minutes déjà je peux pas. Et ben bravo".
Quand tu en viens à avouer que tu te frottes de temps en temps au semi-marathon, la reconnaissance est absolue. Et ce, quelque soit le chrono: 1h40, 2h, 2h10: "Woaw, quoi, 20km sans s'arrêter! Chapeau... Franchement, moi, je pourrai pas."
Par contre, quand tu en viens à évoquer le marathon, l'interlocuteur pourtant béotien s'intéresse rapidement à ton temps. Et là, tu a bouclé tes 42km en plus de 4h, l'atmosphère se refroidit notablement. "Enfin, bravo hein, de toute façon le plus important c'est la distance. Tu es arrivé au bout, quand même!"
Et ben je t'emmerde moi! C'est sacrément beau de le finir en 4h, tu crois quoi, glandu!

Enfin, vous me connaissez, je suis parfaitement éduqué et ai un respect absolu pour l'étiquette, alors je ne me dépars pas de mon plus beau sourire... Mais je peux te dire qu'à la première occasion je vais rayer la carrosserie de ce connard!
J'imagine que ette brusque exigence de performance vient de la collision de cette folle distance - 42km200, pour être exact - avec un temps tout aussi délirant - 4h à courir! Le béotien doit avoir vaguement à l'esprit que seuls quelques uns peuvent boucler la distance en 2h et quelques, et sont donc prêts à accepter l'idée qu'il faille 3h et quelques pour la parcourir. Mais bon, QUATRE heures, c'est quand même sacrément long. Trop long même pour être une course honnête, tu vois, ça doit forcément être plus proche d'une ballade, c'est pas possible autrement!

Alors, de grâce, je ne vous épargne la version longue de ma course que si vous me promettez d'être gentils avec le prochain primo-marathonien que vous croisez. Répétez après moi: moins de 5h, c'est très bien. Moins de 4h, c'est très sérieux. Moins de 3h45, c'est le top. Et moins de 3h30, c'est à mon avis le mieux qu'il soit possible d'espérer sans tourner toute son existence vers la course.
Au nom des générations à venir de jeunes marathoniens idéalistes fourbus, je vous remercie!

lundi, avril 12, 2010

Consécration

Voilà.
Je suis au sommet.
Figurez-vous que je figure en bonne place dans l'Equipe, quotidien de référence s'il en est.
Et oui! Dans le cahier spécial même! Et je le prouve:
Mais si! N'y mettez pas de mauvaise foi, bande de jaloux! C'est là:
Sinon, truc qui a l'air très sympa, on a droit à une vidéo personnalisée de notre course. En fait, il s'agit d'images capturées aux différents points de passage chronométrés, ce qui vous met dans la peau des spectateurs, avec le double avantage d'un meilleur point de vue et de connaître le temps approximatif de passage.
Seulement, vous verrez que lorsqu'on est au beau milieu du classement, on court dans une putain de marée humaine du début à la fin. Et donc c'est donc un sacré défi de repérer quelqu'un sur la vidéo!
La vidéo où je suis le plus visible est la Finish (close-up): je suis à droite, passe derrière la barre des menus avant de retourner à l'image (quel métier!) Sur la Finish tout court, il faut le savoir pour me chopper juste derrière le drapeau brésilien. Par suite, j'arpente la ligne d'arrivée pour frotter ma puce électronique par terre puisqu'un gros malin l'a décollé de ma chaussure en me marchant dessus au 41ème km.
Je fais une apparition furtive au dernier quart des caméras placées au semi, et aux 30km. Grand jeu: essayez de me repérer sur les autres vidéos! Indices: j'ai un T-shirt blanc. (Et encore, je suis plus grand que la moyenne...)
(Sinon, vous pourrez admirer la belle stabilité de ma vitesse au long des 42km en cliquant sur "chart").

lundi, avril 05, 2010

Gael de mars

La Canaille



Nous arrivons à un de mes temps préférés de bloggeur émérite. Quand j'ai fait une découverte musicale incroyable, à laquelle j'adhère complètement, et que je peux la partager avec mon large lectorat.
Ce n'est pas tant que j'ai envie de me la péter "découvreur de talents" (quoique c'est vrai que c'est toujours un peu flatteur), mais c'est surtout que j'accroche tant à l'écoute de cet album que j'ai envie qu'un maximum de mes potes y jette une oreille - confiant que le talent du groupe en question fera le reste.
Ainsi donc, après les sommets que constituent Mr Roux, la Blanche et Batlik (voire Loïc Lantoine si on veut bien considérer qu'il n'était pas assez connu quand je l'ai mentionné), let me introduce... la Canaille!

Il s'agit d'un groupe de Montreuil, pas évident à classifier. Si le chant est clairement rap, la musique dépasse de loin la boîte à rythme et les samples répétitifs habituels. La formation de base est même franchement rock (guitare et basse), enrichie d'un solide sampler-scratcheur (ce qui nous ramène au hip-hop). Mais en outre, des amis violonistes, trompetistes et sytaristes se joignent à la fête, ce qui donne de chansons en chansons des colorations jazzs ou world. Vu la profondeur musicale du truc, c'est un peu rude de les limiter au qualificatif de rap!
Le plus simple est de consacrer quelques minutes à la petite sélection de leurs chansons que je vous ai amoureusement concoctée pour vous faire une idée de l'OVNI en question. Seule ma belle-sœur a su condenser l'essentiel de l'esprit de la Canaille en une courte définition qui, si elle n'est pas parfaitement exacte, restitue l'essentiel: c'est du rap gaucho.

En effet, l'intérêt premier de la Canaille ne vient pas pour moi de leur instrumentation (même si elle est de tout premier plan), mais des textes. Sérieusement, férocement, engagés. Mais aussi formidablement talentueux...
Même si j'ai une tendresse toute particulière pour les groupes engagés, je craignais de me lasser d'un groupe dont l'intégralité des textes suinte exclusivement la colère rouge. J'avais peur qu'un réquisitoire trop systématique ne tourne rapidement en rond sans spécialement faire avancer le schmilblick, à la façon de ces groupes adolescents dont l'analyse politique ne va pas plus loin que "casse toi Sarko" et "le racisme, c'est mal". C'est plutôt sympathique, mais ça ne s'écoute pas en boucle.
On en est loin ici. Les chansons varient les tons (parfois), mais surtout les angles pour chanter la colère sociale. Elles sont joliment amenées, bien construites et argumentées, et, disons le, contiennent de jolies et percutantes images poétiques ("le bruissement des pantoufles avant le bruit des bottes", pour ne citer qu'elle). Et elles gardent toujours cette infalsifiable sincérité de la révolte viscérale.
Fort, beau, et intelligent, quoi...

Et j'ajoute prolixe!
Car à peine écouté l'album que je me suis rué à leur concert. Je m'attendais à un moment fort, mais craignais que les garçons n'aient pas un répertoire permettant de tenir beaucoup plus d'une heure. Une heure de panard, c'est déjà énorme, me direz vous.
Et bien figurez vous que les garçons ont en plus la plume généreuse, puisqu'une bonne moitié des chansons ne sont pas présentes sur leur album. Et quel bonheur, de découvrir à cette occasion une brassée de textes tout aussi bien sentis et, chose rare, que l'on peut apprécier dès la première écoute!
Bref, je ne saurais trop vous conseiller de donner sa chance à ce grand groupe...

Plus accessoirement, la Canaille m'a donné l'occasion de me frotter à un public de concert de rap. Expérience partielle puisqu'une bonne partie de la salle était constituée, comme moi, de bobos attirés par les diffusions sur FIP ou France Inter. Mais malgré tout, l'avant scène de la première partie, 100% rap celle là, fut peuplée de jeunes à casquette au milieu desquels j'ai eu l'impression de faire tâche. J'y ai appris, par exemple, qu'apparemment on n'applaudit pas dans ce genre de concert, mais qu'on préfère ovationner un bras en l'air! je le note...
Cela dit, outre cette confrontation pittoresque, j'ai aussi eu l'impression que l'artiste en première partie - Swift Guad - n'avait pas non plus sa plume dans sa poche. Certains de ses textes, servis par une voix de dur whiskyteux (mais desservis par une musique bombomesque sans finesse), m'ont tant plus que je me suis offert son album.
Pour ceux d'entre vous qui 1- auraient écouté la sélection de la Canaille et 2- sauraient faire abstraction de l'imagerie de gros dur de rap bien stéréotypée, je conseille l'écoute (et pas trop la vision) de ce clip:


Et tant que j'y suis, j'expédie le reste de mon actualité musicale vite fait bien fait. C'est court, percutant et forcément injuste, mais je n'ai pas connu de grand choc à part la Canaille ce dernier trimestre.
Le live de Ben Harper est sympathoche, sans plus. L'album accoustique d'Arthur H vaut une écoute, mais n'égale pas les originaux. Le dernier album de Jeanne Cherhal est intéressant, mais pas à se rouler par terre.
Par contre, je me suis mis sur le tard à Izia, jeunette bombe rock. Tout en premier degré frontal comme il convient à ce style, c'est une boule d'énergie au talent vocal considérable. Je l'honore en ajoutant deux de ses morceaux à ma sélection. Côtoyer la Canaille après tout le bien que je viens d'en écrire, ça veut tout dire.

jeudi, avril 01, 2010

Deux beau gros livres avec des images

Deux de mes dernières lectures continuent à prouver, s'il en était besoin, que la BD fourmille d'œuvres de très haute volée. Quand des gars qui ont des choses à dire et du talent transpirant les petits doigts habiles, se saisissent de ce médium, il n'a vraiment rien à envier aux arts plus nobles.

Cette entrée en matière en forme d'enfonçage de porte ouverte étant faite, laissez moi vous parler de Blast de Manu Larcenet. Honte à moi, je n'avais jusqu'alors presque rien lu de cet auteur contemporain reconnu comme un des plus grands. Initialement connu pour ses BDs au vitriol commises pour Fluide Glacial (c'est d'ailleurs Chez Francisque que j'avais lu de lui), il dévoile depuis une petite dizaine d'année une face beaucoup plus personnelle.
C'est dans cette veine que s'inscrit Blast. On y suit Polza, étonnant personnage obèse interrogé par les flics. Pour expliquer un crime qu'on imagine affreux, il se raconte: son enfance, son illumination mystique subite, sa fuite dans la nature... 200 pages passionnantes plus loin, le personnage est plus opaque mais aussi plus fascinant que jamais, et on attend la suite en frétillant... Cinq tomes sont annoncés...
J'allais dire que la qualité première de cet album en est le graphisme. Totalement personnel, naïf et mystérieux, noir et blanc texturé jouant sur d'élégants effets (vignette géante, apparition ponctuelle de couleur...), il fait certes beaucoup pour le charme du bouquin.
Mais à la réflexion, ce qui me frappe le plus peut-être est l'absolue maîtrise du récit de Larcenet. Ce livre vous absorbe dès la première image, et parvient sans jouer d'aucune grosse ficelle à nous passionner pour le sort d'un personnage laid, par certains côtés foncièrement antipathique, et qui cherche peut-être à nous mener en bateau...
Tenez, Larcenet a même mitonné une bande annonce pour son album.


L'autre album est tout aussi essentiel qu'il est différent. Je suis un inconditionnel de Joe Sacco, porte-étendard du BD-journaliste. Il a déjà publié trois albums sur la guerre de Yougoslavie et un sur la Palestine, dans lesquels il narre ses enquêtes sur place pour débusquer la vérité des guerres locales. En entremêlant sa recherche journalistique saccadée, avec une humilité le faisant souvent passer pour un pleutre ou un imbécile, avec des témoignages chocs nous ramenant à l'époque de terribles exactions, il arrive à nous faire toucher toute l'humanité des intervenants - et donc toute l'horreur des événements en question.
Il remet le couvert dans Gaza 1956, en cumulant les difficultés. Il s'est rendu en Palestine peu avant les derniers bombardements pour enquêter sur une microscopique note de bas de page de l'histoire: un massacre en périphérie de la guerre de 56 comme il y en eut tant d'autre. Des civils affolés, tabassés, humiliés, et arbitrairement exécutés.
Confronté à une population ne comprenant pas l'intérêt de se replonger dans un événement aussi lointain quand il y a tant à écrire sur leur situation actuelle, à la mémoire fuyante des anciens témoins, ainsi qu'à un cadre historique compliqué, il réussit l'impossible: nous faire vivre la journée d'enfer des gazouïte de l'époque (ainsi que celle des victimes de Khan Younis), l'infernale machine historique y ayant mené, le quotidien étouffant des Palestiniens, et la difficulté à mener un travail objectif sur un événement si vieux et si mal documenté...
Le bonhomme y a mis le prix en lui consacrant sept ans de travail et en pondant près de 450 pages denses. Mais quel choc, quel tour de force, quelle réussite nécessaire!
Une petite avant-première se trouve là.

dimanche, mars 21, 2010

Triple dose

L'engagement culturel ne souffre pas le moindre relâchement.
Grand esthète devant l'éternel, j'ai dû développer des dons d'organisateur hors pair pour ne passer à côté d'aucune échéance majeure. La chose devient délicate quand le calendrier présente plusieurs rendez-vous immanquables en peu de temps. C'est alors qu'il faut faire preuve de discipline et calmement, méthodiquement, sans se poser de question, enchaîner les soirées prestiges les unes après les autres.
Il faut savoir prendre les matchs les uns après les autres, en quelque sorte...

Je viens donc d'achever le brillant triptyque "France-Espagne" (match amical de préparation aux championnats du monde de foot), "Barcelone-Valence" (le 2ème contre le 3ème, Liga de foot espagnole) et enfin "France-Angleterre" (couronnement du grand chelem des Français au rugby). Ça avait sacrément de la gueule sur le papier tout cela!
Sur le terrain, les résultats ont été assez divers.

La grande révélation de "France-Espagne" a été pour moi la grande médiocrité du public. Je n'ai pas du tout trouvé que la prestation des Bleus ait été particulièrement humiliante: opposée à la meilleure équipe du monde, qui a vu ses deux premières actions mener à deux buts avec une réussite maximum, ils n'ont pas baissé les bras et sont courageusement repartis de l'avant.
Mais, même en jetant ce regard positif sur le match en lui-même, ce fut une souffrance terrible de le suivre au milieu d'un public si hostile - et, à mon avis, crétin!
Dès la première minute, un dense nuage de soit-disant spécialistes fait profiter l'ensemble du stade de ses analyses défaitistes, systématiquement négatives et bien souvent injustes. Puis, quand le score prend de l'ampleur, il devient temps de se mettre à huer et siffler ses protégés. Pour finalement partir en faisant la gueule...
Avec des supporters comme cela, on n'a pas besoin d'ennemis! J'ai du mal à comprendre l'intérêt de payer 40 à 100 euros pour cracher sur sa propre équipe. Mec, si t'es si malheureux d'être là, et bien casse-toi! Ah si, ils sont peut-être venus pour le précieux plaisir d'entonner des "Domenech démission", ironiquement souvent lancés dans les temps forts français...

L'ambiance était heureusement bien plus sereine au Camp Nou où j'ai pu, par la grâce d'un autochtone ami ayant de la suite dans les idées, assister à une des plus belles affiches de la saison mettant en scène l'une des plus belles équipes du monde. Privilège rare car toutes les places sont attribuées aux abonnés; il faut donc guetter les petites annonces pour les racheter à ceux qui ne peuvent aller au stade ce week-end là. Le stade, d'ailleurs, est une expérience à lui tout seul: on a du mal à imaginer 90 000 personnes dans un si petit périmètre, sur des gradins effleurant littéralement le terrain.
Le public est assez loin de l'image de foule fanatique portée à incandescence que transmet la téloche. La plupart des socios (supporters-actionnaires du club ayant un abonnement à l'année) vont voir jouer cette équipe depuis des décennies: il s'agit donc essentiellement de grands connaisseurs concentrés qui ont passé l'âge d'insulter l'arbitre à qui mieux mieux (même si, en quelques moments bien choisis, cela fait du bien à tout âge!)
Le match fut quant à lui tout à fait incroyable: un première mi-temps équilibrée qui fit monter la pression; suivi d'un retournement complet de tendance pour laquelle l'entrée de notre Titi Henry national ne fut pas pour rien. Et surtout trois fulgurances de l'extra-terrestre Messi. Un 3-0 mémorable.

Heureusement d'ailleurs que j'ai eu ma dose de spectacle le week-end dernier, car la soirée rugbystique d'hier soir fut triste à pleurer. Certes, les résultats objectifs poussent à la fête: tournois gagné, grand chelem, et victoire face à l'éternel ennemi anglais.
Mais quel ennui! Non seulement les Français n'ont ils pas marqué un seul essai, mais je ne me rappelle pas les avoir vu à moins de 15m de la ligne d'essai adverse! Ils ont peut-être même plus souvent tapé le ballon du pied qu'ils ne l'ont joué à la main! Que les spectacle n'ait pas été l'objectif majeur de la soirée, je veux bien, mais de là à éteindre chaque contre-attaque si systématiquement d'un coup de pied... Au moins le public, calme mais positif, était-il infiniment supérieur à son prédécesseur footballistique...
Au passage, que la performance correcte des Bleus au foot dix jours plus tôt ait donné lieu à une telle descente en flamme dans les médias, alors que cette triste victoire ne donne lieu qu'à quelques bémols au plus profond des articles, cela montre bien que la qualité première du journaliste sportif est de paraphraser le résultat sur des paragraphes et des paragraphes...

Sur ce, à vous les studios!

mardi, mars 16, 2010

Grand jeu

Quel est le lien entre les personnalités ci-dessus?
(Cliquer pour voir en plus grand)
Question subsidiaire: si vous avez trouvé, peut-être pouvez vous présenter votre liste à vous?

mardi, mars 09, 2010

Kill rabbits now

Le silence bloguesque se faisait long.
Je pourrais vous raconter que je passe mes journées, prostré, à rabâcher les sujets possibles à aborder (Domenech suite à mon accablante fréquentation du pire public du monde; une polémique que j'ai lancé au boulot comme quoi le ski - cher, loin, froid, blindé - est une activité de gros naze; les chroniques ciné, bouquin et musique...). Et que je suis étreint par l'angoisse de la page blanche, par la crainte de ne pas être au niveau de mes productions himalayennes habituelles, par la paralysante panique d'imaginer vos milliers de visages déçus devant un post qui ne serait pas à la hauteur.
Et bien je ne recourrai pas à ce triste procédé. (D'ailleurs, vous savez bien que l'explication ne tiendrait pas la route tant il est certain que chacun de mes posts dépasse le niveau pourtant stratosphérique du précédent). Je peux me permettre cette franchise car, mieux que des explications parcellaires pour mon silence (San Diego, une liste de lectures étourdissante, des week-ends par monts et par vaux, un entrainement au marathon prenant et émaillé de performances à couper le souffle, la flemme), j'ai un coupable idéal.
Et je vais le balancer.
J'aime pas ça, mais il l'a bien mérité.
Mesdames et messieurs, si vous n'avez rien lu de moi depuis deux semaines, c'est la faute à l'immonde...
LAPINOU
Et oui.
Cette créature infernale, dont les yeux réussissent le tour de force d'être à la fois globuleux et injectés de sang, me pourrit la vie. Elle sabote mon sommeil, rend ma femme irritable, et m'interdit tout loisir.
Cet être abominable n'est pas une simple monstruosité de la nature. Non, elle est sortie du cerveau tordu de l'immonde matray. La moindre de ses courbes inélégantes, le plus petit détail du reflet de son regard idiot, a été mûrement réfléchi. Quel esprit tordu pourrait consacrer des centaines d'heures de son temps libre, et mettre toute une science de graphiste acquise grâce à une éducation, soit dit en passant, largement subventionnée par nos impôts (par ailleurs beaucoup trop élevés, c'est typiquement français) pour effectuer des centaines d'heures de test afin de produire la plus imparfaite des créatures?

Toujours est-il que ce nouveau Frankenstein, ravi de son joli court-métrage bustero-fécal, a naïvement présenté une figure à l'effigie de lapinou à mon enfant. Loin de répondre par un rire frais dont il a le secret, celui-ci a logiquement hurlé, révulsé, en proie à une terreur primale. Et il en est resté durablement traumatisé.
Cette peur s'ajoutant à d'autres, le très jeune homme ne supporte plus de s'éloigner de plus de trois centimètres de nous, ce qui limite fortement nos loisirs. Par ailleurs, il se réveille régulièrement terrorisé et tremblotant. Cela se paye par une série de cernes concentriques sous le visage de votre serviteur, d'autant moins enclin à saisir la première demie-heure de son emploi du temps de libre pour blogger que sa femme, épuisée elle aussi, est absolument irritable et lui rend la vie impossible (je fais tout mon possible pour favoriser des commentaires).

C'est ainsi que cette nuit - véridique - Gaelou a hurlé à 3h30 du matin. Inconsolable, il a résisté sans ciller jusquà 7h à tout notre arsenal habituel de consolation: présence rassurante, petite chanson, courte prise dans les bras, abandon vingt minutes à son sort, rapide séjour dans notre lit, re-abandon sous les insultes, séjour plus long dans notre lit, bénage dans le lit parapluie déplié pour l'occasion à 4h30 du mat'... et séjour indéfini dans notre lit.
Et pour votre information, le 'séjour dans notre lit' n'est pas un moment aussi tendre que vous imaginez peut-être. L'animal est remuant et bruyant. Il lâchait régulièrement dans un souffle (re-véridique):
"A peur lapinou"

mercredi, mars 03, 2010

Gaelou de février

Quand un trop long silence bloguesque se fait jour, à la faveur d'une semaine de déplacement à San Diego, puis d'une semaine de flemme, il est bon de retourner aux valeurs sures.

mardi, février 09, 2010

Architruc

Sans l'indice camouflé dans un billet précédent, vous seriez bien en peine de deviner l'ouvrage dont je viens d'achever la lecture. Son auteur a bien été récemment au centre de l'actualité, l'ensemble de son œuvre par les plus respectable spécialistes dans des médias unanimes; et pourtant, petits téléspectateurs piqués par la curiosité que vous êtes, croyez-vous que vous pouviez lire son œuvre maitresse? -Nécessairement, vous écriez-vous, il suffit de se rendre chez son libraire favori, de se connecter sur son site en ligne préféré, et d'en faire l'acquisition. Rien de plus simple!
Et c'est là que les lapereaux naïfs que vous êtes se trompent du tout au tout. Notre belle société - la MEILLEURE!!!, on nous le dit, on nous le répète! - édite des millions d'unités du dernier Dan Brown, garde en mémoire l'intégralité de l'inégalable biographie de Guillaume Musso, mais ne marque par contre aucune tendresse pour un auteur de référence certes, mais terriblement désuet. Ah qu'il s'agisse de s'incliner devant l'auteur majeur, brillant, admirable, et la foule noire des admirateurs éplorés s'étend jusqu'à l'infini. Mais personne - PERSONNE!! - ne se présente pour ressortir une édition originale vieille de 35 ans, et maintenant épuisée.
Par le truchement de ventes d'occasions, j'ai pu me procurer le premier des trois pesants volumes de l'œuvre en question. L'objet est si épais, l'écriture si dense et les lignes si larges que j'ai failli m'incliner, me recroqueviller et me laisser emporter dans les tuyaux amnésiques de la société du divertissement.

Mais l'auteur m'a vite prouvé qu'il méritait bien plus qu'un hochement de tête respectueux. En tant que témoin majeur de l'Histoire, j'avais tendance à le considérer comme une autorité lointaine et obscurément ennuyeuse, comme une statue impressionnante mais immobile. Quelques dizaines de pages ont suffi à me convaincre qu'il avait sauté de son piédestal en deux temps trois mouvements, et qu'il m'avait fermement pris par la main pour me faire pénétrer l'horrible réalité qu'il a connu. Certes, il signe un livre érudit prétendant à la quasi-exhaustivité du sujet traité. Mais surtout, écumant de rage, rayonnant de rancœur, il nous fait goûter, d'anecdote en anecdote, de très très près les multiples facettes répugnante du système qu'il dénonce. Inexorablement, chaque étape de son processus révèle strate sur strate de cruauté et d'inhumanité.
Un putain de choc, traumatisant mais aussi et paradoxalement vivifiant.

dimanche, février 07, 2010

Jewels


Les trois albums de cette chronique musicale comptent une belle confirmation, et deux bijoux. Pas mal comme programme, n'est-il pas?



La confirmation, c'est le nouvel album de Batlik: l'heure des choix. Les textes super-engagés, qui alternent avec des histoires minimalistes plus légères, répondent bien présent. La guitare virtuose et la voix bien particulière marquent les morceaux de la talentueuse patte Batlik.
Mais là où cet album diffère un peu des autres à mon sens, c'est par la complexité des arrangements qui gagnent en profondeur, grâce notamment à une clarinette élégante toujours placée bien comme il faut. Seulement, et je ne sais pas si c'est lié à ce travail en profondeur sur la musique, mais il me semble que l'heure des choix ne comporte pas, comme les deux albums studio précédents, de chanson à la mélodie simple et ravageuse, propre à emporter le nouvel auditeur.
Pour le fan aguerri, ce nouvel opus est tout à fait à la hauteur des précédent, et creuse même un peu plus le sillon du bonhomme. Par contre, de fraiches esgourdes devraient peut-être se tourner vers Juste à côté ou Utilité pour rentrer dans son monde.

Mais rentrons maintenant dans le cœur des bijoux. Les amis d'Allain Leprest nous gratifient d'une deuxième compilation de reprises de ses chansons dans Chez Leprest II. Parmi les intervenants, citons La rue Ketanou, Alexis HK, Olivia Ruiz ou Anne Sylvestre (et oui).
L'idée est de mettre en valeur les splendides textes du méconnu Leprest, dont les enregistrements manquent un peu de puissance musicale. Si le travail sur la musique reste sobre, les intervenants se rattrapent largement sur l'interprétation. Grâce à eux, on se prend en pleine tronche les textes formidables de ce grand bonhomme, ce qui est bien le but de la manœuvre. Tour à tour féroces (Je ne te salue pas), tendres (Arrose les fleurs, la retraite) ou amusants (Le temps de finir la bouteille), ils sont toujours magnifiquement poétiques. Consacrez dix minutes aux quatre chansons que je vous ai sélectionné ci-dessus, et vous allez voir ce que vous allez voir (commencez donc par je ne te salue pas...).
J'adore.

Et enfin, je suis navré de ne pas pouvoir vous faire écouter quelques morceaux de Fantazio, intraçable sous deezer. Il ne vous reste plus qu'à vous faire une idée sur leur excellent site.
Le Fantazio Gang, c'est avant tout une bande de quatre habités de la scène aux instruments improbables (monsieur Fantazio le contrebassiste en tête), ne reculant dans aucune expérimentation festive. Je n'ai jamais eu la chance de les voir en concert, mais leur excellent album Cinq mille ans de danse tourne en boucle dans mes esgourdes depuis deux mois. Il respire l'énergie de la scène, les collaborations éclectiques, et les envolées originales. Mais surtout, là où je suis impressionné, c'est que malgré toute cette richesse, l'album reste parfaitement accessible et très bien équilibré.
J'adore aussi.

jeudi, février 04, 2010

jeudi, janvier 28, 2010

The totote incident

En esprit structuré, je prends méthodiquement ma liste de lecture et attaque les livres les uns après les autres. La file d'attente s'allonge, le combat y fait rage, les titres les moins savoureux stagnent dans les profondeurs du classement en se faisant occasionnellement doubler par des petits nouveaux tous fringants. Mais l'ordre est respecté. Point de polylibrisme sous mon toit.
Cependant, tout structuré que je sois, je me dois d'avancer sur plusieurs fronts en même temps. Mes hebdomadaires préférés brisent régulièrement mon rythme de lecture. Et des BDs nouvellement découvertes profitent de quelques soirées où j'expédie Gael au lit de manière anticipée pour s'immiscer dans mon emploi du temps.

C'est ainsi, en rentrant du boulot hier soir dans mon RER favori, j'ai attaqué un dossier du Spiegel consacré à la Shoah. Il m'est alors apparu que mon actualité littéraire était quelque peu chargée.
Je venais en effet de prêter à une collègue la superbe BD Goradze de Joe Sacco, qui relate les atrocités que les civils ont subi pendant la guerre de Yougoslavie. Le sujet de Joe Sacco était venu dans la conversation car je suis précisément en train de lire sa dernière BD, Gaza 1956, où il relate deux massacres oubliés subis par les Palestinien en 1956, en entrecroisant ce récit avec la situation actuelle.
Par ailleurs, à côté de mon lit m'attendait le Télérama de la semaine, qui fait la part belle au tremblement de terre d'Haiti. Et en tâche de fond, je lis le premier tome (édifiant et formidable) de l'archipel du goulag de Soljenitsine.

J'assume complétement la lecture occasionnelle de témoignages éprouvants, que je trouve passionnants et nécessaires. Mais vous avouerez qu'il est des collisions qui sont un peu pesantes.
J'aimerais vous dire que mon premier réflexe de retour au foyer fût d'enlacer mon fils chéri, et de fuir dans son regard vif et curieux toute la violence du monde pour en redécouvrir le merveilleux. C'eût fait une belle chute, mais la réalité ne s'y est pas prêté.
La pensée qui m'a traversée l'esprit fut d'une autre nature. "Quand on sait les atrocités que peut subir l'Homme, tu vas pas me chier une pendule parce que tu arrives pas à suffisamment sucer ta totote vu que tu as le nez bouché!"

dimanche, janvier 24, 2010

Trois films et deux déceptions

A force de ne donner que des avis favorables à chaque compte rendu de film, quand il ne s'agit pas purement et simplement d'injonctions à voir un chef d'œuvre, j'en étais venu à considérer l'alternative suivante: ou bien j'ai un flair infaillible pour choisir mes films, ou bien je suis un benêt bon public. Et bien la livraison critique du jour me rassure: je suis bien un cynique jamais content qui se loupe régulièrement dans le choix de ses films.
Cette brillante entrée en matière est quelque peu caricaturale. Si je n'ai pas détesté les films que je suis allé voir dernièrement, deux d'entre eux, sans être franchement mauvais, m'ont beaucoup déçus.


Certes, je n'attendais pas monts et merveilles d'Invictus, le dernier Clint Eastwood sur l'importance de la coupe du monde de rugby 1995 en Afrique du Sud sur la réconciliation du pays. Je craignais même obscurément qu'on bascule un peu trop dans les bons sentiments, mais comptais sur Eastwood pour rester relativement sobre, et nous régaler des beaux clairs obscurs dont il a le secret.
Las! Ca commence plutôt bien autour d'épisodes de la réconciliation sans faille voulue par Mandela, parmi lesquels son étonnant combat pour que les Springbooks gardent leurs couleurs (vert et or) qui sont aussi celles du régime de l'apartheid.
Mais ensuite, c'est la curée de bons sentiments. Eastwood se fait très insistant sur de multiples scénettes mettant en scène des Blancs et des Noirs initialement irrémédiablement fâchés, et qui se rabibochent par la magie du grand événement national. Même s'il y a sûrement une bonne part de vrai, même si un saint comme Mandela sera forcément dépeint comme un vieux sage, il faut avancer sur des œufs sur un sujet comme celui-là sous peine de se vautrer dans la guimauve. Ce qui ne rate pas, la palme venant aux chauffeurs de taxis racistes (blancs) qui finissent par porter en triomphe un gamin des rues (noir) à la fin de la finale.


Mais la plus grosse déception vient de A serious Man des frères Coen, unanimement encensé par la critique. Client de beaucoup de films des frangins, je me pourléchais les babines devant le chef d'œuvre annoncé, qui comportait même une part autobiographique des plus intéressantes parait-il. Le film majeur des frères Coen.
Et ben pas pour moi. Certes, on retrouve la patte des réalisateurs: un looser poursuivi par la guigne, un faux rythme réjouissant, des gueules figées filmées en gros plans impitoyables, à faire passer les Deschiens pour des gravures de mode... Le personnage de l'amant onctueux de la femme du héros est tout simplement formidable.
Mais j'ai eu l'impression que les Coen n'allaient pas jusqu'au fond du burlesque des situations, qu'ils ne se lâchaient pas comme, par exemple, dans le Big Lebovski. Ils ne retiennent certes pas leurs coups par compassion pour leur malheureux héros, mais plutôt parce qu'ils construisent une histoire, parce qu'ils cherchent à nous raconter quelque chose.
Et bien ce message caché, s'il a l'air d'avoir frappé et ravi les critiques, m'est resté tout à fait hermétique (ou plus exactement, inintéressant). Et donc non seulement j'ai l'impression de passer pour crétin, mais en plus je suis tout frustré que ce puissant message m'ait condamné à n'assister qu'à un spectacle retenu, feutré, en demie teinte.


Mais il est un film ce mois-ci qui m'a complétement conquis: Vincere de Bellochio. On y suit le triste destin de la première femme de Mussolini (Ida Dalser), qu'il a rapidement répudiée mais qui s'est entêtée pour qu'il la reconnaisse, tant et si bien qu'il a fini par la faire interner.
Le sujet est certes sombre, mais ça n'empêche pas le film d'être absolument formidable. L'intrigue est centrée sur Ida, de sorte qu'il ne se passe finalement pas grand chose mais, signe incontestable de la réussite du film, on ne s'ennuie pas une seconde. Le mérite en revient d'abord et avant tout du réalisateur. Je ne saurais pas trop expliquer pourquoi, mais chaque scène est belle, plastiquement superbe; chaque péripétie sonne juste; et jamais la tension ne retombe. Ce film vous prend et ne vous lâche pas une seconde, deux heures durant.
Mais la réussite du film est aussi celle de son actrice principale, Giovanna Mezzogiorno, quasiment de tous les plans, et dont le regard halluciné crève l'écran.
J'ai bien vu un film majeur ce mois ci, c'est celui là.

vendredi, janvier 22, 2010

Slap time

Contrairement à ce que suggèrent quelques mauvaises langues, je n'aime pas que l'accordéon (quoiqu'il n'y ait pas de honte).
J'aime aussi la basse. La noble et discrète babasse, qui donne toute son épaisseur à bien des morceaux. Quand à la faveur d'un One shot not (émission de concerts sur arte que nous découvrons à peine, et qui nous charme par son aptitude à rendre des ambiances du live), je suis tombé sur cette extraordinaire prestation de Marcus Miller, je me suis dit que je me devais de la présenter à mon lectorat fidèle.
Coupez le téléphone pendant 20 minutes (allez, au moins pendant les 8 minutes qui vont de la deuxième à la dixième), mettez vous à l'aise dans votre petit fauteuil, montez le son, et profitez.

A part ça, les prestations ce Catherine Ringer et de Ben Harper valent également leur pesant de cacahouettes.