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dimanche, août 02, 2009

Indispensable Arrêt sur Images

Chers lecteurs,
non je ne suis pas encore disparu corps et bien dans l'oisiveté de molles vacances bien méritées!
En attendant des posts plus conséquents, je me permets de vous indiquer cette excellente émission d'arrêt sur images qui a été déclarée d'intérêt public par les abonnés, et est donc accessible gratuitement à tout un chacun.
Outre le plaisir de renouer avec cette indispensable émission,vous vous devez de lui consacrer 80 minutes de votre précieux temps pour quatre excellentes raisons:
  1. Le thème de l'émission: l'inconséquence des médias qui n'ont pas vu venir la crise, et n'en ont (eux aussi) tiré aucune leçon en gardant les mêmes intervenants (les "spécialistes") qu'avant pour éclairer notre lanterne, et en posant les mêmes questions flagorneuses qu'avant aux hommes politiques. C'est aussi l'occasion de quelques analyses éclairantes sur la "criminalisation" des banquiers qui évite de se poser trop fort les bonnes questions pour réformer le système.
  2. L'invité: il s'agit de l'indispensable économiste Frédéric Lordon, qui allie clarté d'analyse et rhétorique rigolote. Il est déjà connu et apprécié des auditeurs de Là-bas si j'y suis, chez qui il intervient régulièrement (je vous conseille cette émission relativement récente, ainsi que celle qui parle d'une pétition dont je vous ai entretenu précédemment, et plus encore ce cycle consacré aux années 80 et son virage libéral). Notez qu'il développe son idée aussi dans cette vidéo juste et jubilatoire d'acrimed.
  3. La présentatrice: Maja Neskovic. Schneidermann profite de l'été pour céder son siège de présentateur à quelques anciens collaborateurs, ce qui nous permets de renouer avec le style frais et inimitable de Maja. A titre d'illustration, voici comment elle a formulé la thématique de l'émission:
"Avec la crise, j'ai cru qu'à la télé, dans les journaux, ça allait changer. Qu'on allait tous les virer, ceux qui étaient censés nous informer mais qui n'avaient rien vu venir, les experts qui se succédaient sur les plateaux pour nous dire que le marché ça s'autorégulait et qu'il ne fallait pas s'inquiéter. J'ai attendu l'émission spéciale en direct présentée par Marie Drucker, Arlette Chabot et Laurence Ferrari, où ils seraient tous tout nus et où on leur repasserait leurs déclarations de l'époque. J'ai attendu, attendu, et rien n'est venu."
  1. Enfin, j'apprends à la lecture du Spiegel que les financiers de Goldman Sachs et JP Morgan repartent en guerre comme à la grande époque puisqu'ils ne semblent retenir de la crise qu'ils ont causé que des conséquences très pragmatiques: faut laisser passer l'orage pour ensuite bondir sur les bonnes occasions d'investissement facile permises par le paysage industriel et bancaire désolé. C'est donc reparti pour des prises de risque à gogo (sachant bien qui payera pour sauver leur tête en cas de problème), avec bonus à la clé (ou plus exactement augmentation de leur salaire (de 50% Citigroup, menant à un salaire moyen de 770 000 euros l'année pour les banquiers de Goldman Sachs) puisque c'est un peu plus discret que les bonus).
Bien qu'ayant une piètre image de la finance, je ne pensais pas qu'ils oseraient reprendre aussi ouvertement leurs tranquilles habitudes moins d'un an après que les politiques aient débloqué des aides farimineuses pour sauver leurs fesses. Comme évidemment les financiers ne changent pas, mais surtout comme les politiques ne se décident toujours pas à vraiment modifier les règles du jeu, il ne reste qu'à entretenir notre juste colère en regardant ce type d'émission, et en espérant que ces analyses deviennent tellement évidentes qu'on finira par vraiment changer les choses. Je vous accorde qu'elles peuvent difficilement être plus évidentes, mais il semble que ça ne suffise par encore.

Je vous fais grâce de cette dernière motivation qui m'est plus personnelle. Mais il reste au moins trois excellentes et indiscutables raisons de regarder cette emission sans tergiverser plus avant (surtout par ce temps pourri).

dimanche, mars 30, 2008

Avez-vous signé la pétition?

Comme tous les quatre ou cinq ans, les grandes institutions financières ont galopé droit dans une crise majeure, qui nous place devant la sympathique alternative suivante. Ou bien on laisse ces brillants analystes payer le prix de leur conduite inconséquente: ce qui doit faire faillite fera faillite, et ce qui doit survivre survivra. C'est l'attitude la plus morale, et on pourrait même prendre un certain plaisir à voir les arrogants financiers punis par là même où ils ont péché. Mais la finance est un édifice si instable qu'il est quasi-certain que la crise prendra alors des dimensions formidables, et touchera aussi fortement "l'économie réelle" - c'est à dire nous.
(J'ai d'ailleurs une tendresse toute particulière pour ce nouveau terme "d'économie réelle". Est-ce à dire que les sommes formidables manipulées par les grands gourous de la finance, dont on nous vante la clairvoyance et l'héroïque intrépidité depuis des années, sont virtuelles? Voire qu'elles confisquent de l'argent "réel" pour des jeux "abstraits"? Bref...)

Il ne reste donc que la seconde possibilité, comme à chaque fois: l'Etat doit sauver les plus grands opérateurs financiers afin de circonscrire la crise. C'est ce qui commence à se mettre en place, avec le spectaculaire sauvetage de l'antipathique banque d'affaire Bear Streams par l'administration Bush, pourfendeuse d'interventionnisme devant l'éternel.
L'Américain vivant dans l'incertitude depuis que les prêts idiots qu'on lui a proposé lui ont pété à la gueule doit être ravi que ses impôts servent à soutenir l'institution qui les a inventé...

Parce qu'ils sont fatigués que cette mascarade se répète sans cesse (la crise passée, les financiers oublient très vite ce qu'ils doivent à l'Etat, et repartent de plus belle dans leur enrichissement inconséquent), un groupe d'économistes européens propose de saisir l'occasion pour changer quelque peu les règles du jeu, ainsi que l'explique Fréderic Lordon dans ce passionnant Là-bas si j'y suis.
Pourquoi en effet ne pas assortir le sauvetage par l'Etat de conditions? L'Argentine a par exemple payé très cher les fonds que le FMI lui a concédé: elle a dû appliquer à la lettre ses nombreuses injonctions, et métamorphoser la structure de sa société comme on le lui ordonnait (avec la réussite que l'on sait, d'ailleurs). Pourquoi à l'inverse devrait-on se contenter de donner les sous nécessaires aux banques au bord de la faillite, sans rien exiger en retour?

Puisqu'il faut commencer par un bout, ces économistes proposent de s'attaquer à un point très précis: abroger l'article 57 de la Constitution Européenne qui inscrit dans le marbre la totale liberté des capitaux. Vous savez, cette Constitution que seuls de mauvais européens à moitié xénophobes n'ont pas voulu avaliser?
Et pour, qu'enfin, cette question majeure apparaisse dans les agendas politiques (en particulier des partis de gauche...), ces économistes cherchent à faire du bruit, et ont lancé une pétition sur le sujet. Qui est relayée en France, en italie, en Espagne, en Allemagne et en Pologne.
N'hésitez pas à y jeter un oeil, voire à jeter une oreille à l'émission de LBSJS qui lui est consacrée. C'est tout à fait édifiant - et très argumenté).

(Note: il est parfois difficile de se connecter au site de la pétition. Il faut essayer encore et encore...)

dimanche, février 10, 2008

Courir moins bête

Avec les beaux jours qui reviennent, je retrouve enfin la motivation pour courir quelques footings. Il était grand temps! Et pas seulement parce que ça va contribuer à réduire un peu mon petit ventre confortable...
Comme je cours en écoutant là bas si j'y suis, ça fait également un bien fou à la tête. Je me rend compte que ce petit oasis de générosité m'avait beaucoup manqué, après deux mois à tourner au pain sec et à Jean-Marc Silvestre.

Je ne saurais trop vous conseiller de vous bloquer 45 minutes pour écouter l'émission suivante (Je vous fais grâce des 10 minutes de répondeur du début, toujours inégales). Elle est basée sur ce chiffre fort, énorme, fondamental, que l'on n'entend pourtant jamais: en 20 ans, la part des salaires dans le PIB français a baissé de 9,3%. Autrement dit, quand en 1987 66% de la richesse produite en France partait dans les salaires, cette part a chuté à 57% en 2007. Les 9,3% manquant repartent vers le capital (les actionnaires), ce qui est vachement plus moderne mais fait tout de même question.

Et c'est là l'intérêt majeur de cette émission: elle a le mérite d'ouvrir le débat, de poser la question taboue de la répartition des richesses. Je peux concevoir qu'on soit opposé à une politique volontariste dans ce domaine, mais à tout le moins on devrait mener ce débat essentiel. Or, tous les intervenants semblent l'éviter d'un haussement d'épaule.
C'est à la limite compréhensible de la part de Sarkozy, puisqu'il a intérêt de part sa position et ses opinions à nous faire croire qu'effectivement les caisses sont vides, et qu'on ne peut pas prendre d'argent ailleurs que dans nos poches en travaillant et cotisant plus. Il est par contre tout à fait honteux que les médias ne fassent pas plus écho de ce débat, unis qu'ils sont dans l'idée que seule une croissance supérieure peut résoudre nos problèmes. Et il est franchement scandaleux que la gauche gouvernementale, dont c'est normalement la sensibilité, n'en pipe jamais mot, même en plein cœur de la campagne électorale.

Je vous conseille donc derechef cette émission, qui est qui plus est solidement argumentée, et qui nous montre ce vertigineux 9,3% de différentes perspectives instructives.
J'ai dit.

samedi, septembre 22, 2007

Fiche de lecture

Quelques semaines d'entrainement à trois footings d'1h30-2h par semaine, ça en fait du temps privilégié, l'ipod rivé à l'épaule, à l'écoute de là bas si j'y suis. Qui a dit que le sport était l'ennemi de la réflexion? Ou que les sportifs étaient forcément de droite?
Non seulement cette émission offre un havre de générosité et de curiosité dans un paysage médiatique monotone, mais en plus ses auteurs ont le bon goût de mettre à notre disposition un site gratuit où des centaines d'émissions sont patiemment archivées, dans l'attente de nos petites oreilles. Il vient d'ailleurs de faire peau neuve, quittant un look très "site des années 90" pour du flash moderne du meilleur effet.


La critique majeure de la subjectivité, principalement anti-libérale, faite à là-bas ne me dérange pas le moins du monde. D'une part parce que c'est clairement affiché et assumé, d'autre part parce que la subjectivité pro-libérale est chez elle partout ailleurs, et enfin et surtout parce qu'il y en a marre de cette mollesse journalistique visant à surtout ne jamais prendre position. Là-bas prend position de manière claire et argumentée, et ça tombe bien, je suis de leur avis!
Mais j'invite ceux qui y restent rétifs à se faire leur petite idée en piochant une des émissions suivantes. Fort de mes heures d'écoute bondissante, je vous propose une petite sélection d'écoute. Je me permets même de diviser les émissions en quatre types:
  • Les émissions légères, respirations triviales et parfois un brin vulgaires entre deux émissions plus engagées. Ce sont souvent les moins bonnes à mon sens, mais on y trouve quelques perles, dont ce mythique proctologue (mot clé "protologue" dans le moteur de recherche de là-bas).
  • Les entretiens avec des penseurs, politiques, économistes, artistes. Ces émissions sont du niveau de leurs invités, c'est-à-dire souvent excellentes. J'ai été passionné par le cycle sur Noam Chomsky ("Chomsky et compagnie"), par celui sur les années 80 ("le cauchemar des années 80") ,par la rencontre avec Jean Ziegler à l'occasion de la sortie du film We feed the world ("We feed the world") et par l'entrevue avec feu Lucie Aubrac ("le verbe résister doit toujours se conjuguer au présent").
  • Des reportages à l'étranger, qui nous font toucher de manière très vivante, directe, presque organique, la réalité quotidienne dans différents pays. Je pense particulièrement à la rediffusion d'un reportage sur l'industrie textile en Inde ("Comment meurent les bateaux et qui coud ma chemise"), ainsi qu'aux reportages sur les fondamentalistes chrétiens américains en Israel ("Au nom de Jésus, rendez-nous Gaza"), et au récit très choquant d'une coréenne (du Nord) échappée d'un camp de travail ("Corée du Nord: tandis qu'ils agonisent").
  • Et enfin, mes petits chouchous, ce sont les reportages près de chez nous. Avec une tendresse particulière pour ceux placés "du côté de l'ennemi": on en apprend beaucoup sur les courtiers ("enrichissez-vous"), sur les habitants de Neuilly ("Ballade au Sarkosistan") et sur les évadés fiscaux en Belgique ("SDF: Belgique, terre d'asile") quand on se fait passer pour leur pote! C'est d'ailleurs ce dernier reportage succulent, écouté ce matin même et diffusé en début de semaine, qui a motivé l'écriture de ce post. Mais je n'oublie pas des reportages plus classiques, tel qu'"Iréne et son camion" (sur le destin incroyable d'une protituée) et "Faut quand même avoir la moelle" (sur le montage de la fête de l'Huma cette année).
Bref, tout cela est curieux, malin, intéressant et souvent bouleversant ou étonnant. Ca mérite largement de passer outre les plus inégales séances du répondeur qui ouvrent traditionnellement les émissions...
Bonne écoute à vous!