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jeudi, janvier 29, 2009

L'opéra et moi


Ainsi donc, par la grâce d'une femme cultivée et d'amis attentionnés, je me suis retrouvé en chaussures de rando et en T-shirt orange à l'opéra. Et pas pour voir une pièce facile d'accès, genre un opéra de Verdi avec des tas d'air enjoués qu'on connait par cœur, non, un truc russe contemporain à la musique tristounette et saccadée.

Et bien la bonne nouvelle, c'est que je ne me suis pas ennuyé.
A l'opéra. En russe. Pendant 3h30. C'était quand même loin d'être gagné.
Cela dit, j'ai la nette impression que j'ai évité l'ennui pour de mauvaises raisons. Alors que l'assistance devait admirer tout plein de choses dans la technique et la sensibilité de la soprano, qu'elle devait méditer sur la côté provocateur de la pièce et l'audace de la mise en scène, je m'arrêtais à de plus basses considérations.
"Oh bah dis donc ils ont une sacré voix ces mecs là. Pfiou, ça fait un sacré nombre de figurants sur scène, là quand même. Oh la vache, quand ils chantent tous en même temps, ça secoue sacrément! Oh mais dis donc c'est joli, cette structure mécanique qui sort du sol!"

Bref, je ne me suis pas ennuyé, mais j'ai l'impression qu'alors que mes voisins jouissaient de richesses culturelles des plus fines, moi je m'amusais à regarder un Puy du Fou russe.
Du grand spectacle populaire, pour toute la famille! De l'émotion, des cascades, et ne ratez pas son combat d'épée épique!
(Je déconne, y a pas eu de combat d'épée. C'est un lourd regret.)

Je ne regrette donc pas cette soirée, mais je ne peux que constater mon imperméabilité aux finesses de l'opéra. J'ai pas les clés, j'ai pas les codes, et ça ne me parle pas plus que ça.
Tant mieux, parce que ça coûte bonbon, et que ça me ferait un peu chier de devoir me saper comme pour un congrès de l'UMP pour aller chercher me dose de culture! Alors qu'on peut aller en tongues et bermuda au Puy du Fou en toute sérénité!

vendredi, janvier 23, 2009

A l'opéra


Pour ne par mourir complètement idiot, j'ai accompagné Elena à l'opéra hier, à admirer le joyeux Lady Macbeth de Mzensk. Je vous ferai un compte-rendu détaillé de la chose prochainement, mais avant cela je vais partager avec vous quelques observations recueillies au cours de cette soirée éthnologique.
  • A l'opéra, on parle de soi tout le temps. "Ah, mon Dieu que je m'ennuie! Il ne se passe rien" (Imaginer en russe, et chanté si lentement que l'énonciation de ces phrases doit prendre 30 secondes).
  • A l'opéra, si un homme veut un rôle important, il lui faut une respectable bedaine.
  • A l'opéra, on se jette/on jette les autres facilement par terre. Ca veut dire qu'on est très triste/très en colère.
  • A l'opéra, c'est pas une légende, on se sent seul dans le public en T-shirt et chaussures de rando.
  • A l'opéra, on peut jouer de la musique chiante de film, ça passe.
  • A l'opéra, on appelle l'autre par son prénom toutes les cinq secondes. "A mon Serguei, que je m'ennuie. Il ne se passe rien, Serguei." (Du coup ça passe à quarante secondes).
  • A l'opéra, on doit surjouer parce que les émotions sont vraiment à leur paroxysme. On passe tellement de temps à apprendre à chanter à l'école d'opéra qu'on a oublié de mettre des cours de théâtre.
  • A l'opéra quand on a des sous, on convoque de grandes foules qui suivent le héros en des flux et reflux un peu passifs.
  • A l'opéra, le connaisseur applaudit à la fin de chaque acte, et le bouseux à la fin de chaque scène. La honte.
  • A l'opéra, on peut montrer des nichons et des gens qui niquent, c'est pas vulgaire.
  • A l'opéra, l'intrigue est minimale et la durée est maximale. Je m'ennuie/je trompe mon mari/je tue mon beau-père et mon mari/je me fais choper, ça prend 3h25.
  • A l'opéra, quand un ténor se met à chanter à cinq mètres de toi par un artifice de mise en scène, tu la ramènes moins parce que c'est quand même sacrément impressionnant (en plus, il avait une grosse bedaine).
  • A l'opéra, on peut être très critique avec un peu de mauvaise foi. Je vous ferai donc un descriptif plus honnête de ma soirée bientôt.

mercredi, février 13, 2008

Amusons nous avec la mafia russe

Pour nous détendre un peu dans cette période où nous sommes assaillis par nos doutes de futurs parents, Elena et moi-même sommes allés voir hier soir une petite pièce de théâtre bon enfant et sans prétention. Nous nous sommes gaillardement rendus dans la ravissante banlieue d'Aubervillier assister à une représentation de Slogans.
L'intrigue est inspirée de Maria Soudaïeva, qui était, vous ne l'ignorez pas, une poétesse russe contemporaine, engagée aux côtés des protituées russes qu'elle essayait d'affranchir de la mafia. Cette courageuse petite dame a fini par sombrer dans la folie, tant et si bien qu'elle s'est suicidée dans un hopital psychiatrique. Elle laisse une oeuvre marquée par la douleur, qui culmine dans la langue qu'elle a inventée pour dire l'indiscible.

Et oui.

La pièce raconte la triste fin de deux prostituées qui ont échappé à la mafia, avant d'être rattrappées par les tueurs lancés à leurs trousses. Dans ces cas là, on torture les malheureuses pour l'exemple, longtemps, cruellement, avant de les mettre à mort. En documentant le tout par quelques photos qui passeront l'envie aux suivantes d'essayer de prendre la tangente.
Pendant une heure et quart, nous sommes en compagnie de ces deux femmes brisées par la torture, qui attendent à demies inconscientes le retour de leurs bourreaux. Le tout est narré du bord de la scène par une Maria Soudaieva au bord de la folie, et par la muse des protituées dont la langue est poético-absconse.

Ambiance...
Autant vous dire que c'était pas du Feydeau, les amis. On avait hésité avec le Diner de cons dans un premier temps, mais on avait plutôt envie de vivre une petite plongée dépaysante vers Vladivostok. Le charme slave, rien de tel pour vous illuminer une soirée!

Plus sérieusement, je ne sais trop quoi penser de cette pièce.
D'abord, la scénographie est superbe. Elle est inventive sans tout étouffer, sans prendre trop de place. La scène est superbe, les miroirs sans tain sont utilisés à merveille, la lumière est magnifique, la musique et la vidéo parfaites. Comme les actrices sont impeccables, la pièce est non seulement belle mais forte, très forte, très prenante.
C'est donc une réussite... si ce n'est que le sujet est ce qu'il est. Franchement, je n'ai rien contre aller voir des films ou pièces portant sur des sujets forts, déprimants, réalistes, mais là... En définitive, on assiste pendant 1h15 à l'agonie de deux nanas, battues à mort...
Je ne sais pas si ça apporte grand chose finalement... Mais je ne sais pas non plus s'il n'est pas utile, nécessaire, urgent de nous faire toucher du doigt l'absolue abomination de cette mafia...

Me voila donc bien indécis... Comme la plupart des spectateurs, d'ailleurs. A ce qu'il parait, bien que la pièce soit définitivement intéressante et convertit brillament ses intentions, le succès n'est pas complétement au rendez-vous, en majeure partie parce que le bouche à oreille ne fonctionne pas.
Il est en effet très difficile de conseiller cette pièce à quiconque, même si on en sort tout flagada.

lundi, octobre 15, 2007

7h58 ce samedi là


La seule critique que je puisse faire à cet excellent film est son titre, d'autant plus pourri qu'il n'a qu'un rapport ténu avec son intrigue. Le titre original Before the Devil knows you're dead (issu d'un proverbe irlandais "Enjoy half an hour in heaven, before the devil knows you're dead") est d'ailleurs bien plus sympa.
A part ce détail, donc, 7h58 ce samedi là est incroyable. C'est la quintescence de la tragédie: deux frères, apparemment tout ce qu'il y a de plus normaux et de bien insérés dans la vie, décident d'effectuer un petit braquage sans danger pour se sortir de petits problèmes financiers. Sauf qu'évidemment, tout se passe mal - et pire que mal. Et qu'en plus les protagonistes s'avérent progressivement pas si normaux que ça.

Ce refrain est tout ce qu'il y a de plus classique, mais ce qu'il y a de remarquable ici est qu'il est mis en musique par-fai-tement. Les acteurs - les deux frères Philip Seymour Hoffman et Ethan Hawke en tête - sont absolument parfaits et la réalisation de Sidney Lumet, habile et discrète, sert parfaitement l'histoire.
Car c'est dans le scénario que tient toute la force du film. Et nous pouvons donc, par la grâce de ces grands acteurs et de ce réalisateur chevronné, profiter parfaitement de son implacable mécanisme qui, de fash-back en révélation, nous révéle toute l'étendue du désastre vers lequel courrent les deux frangins.
C'est noir, c'est très noir, mais que c'est bon quand c'est si bien raconté!

PS: Si je vous ai déjà convaincu, ne regardez pas la bande-annonce! Sinon, c'est pas grave, il y a plein d'autres rebondissements...

samedi, octobre 13, 2007

Monkey - a journey to the west


Toujours en quête de sensations fortes, et pas échaudés pour un sou par nos expériences théâtre contemporain ou free jazz, nous sommes allés jeudi voir un opéra chinois: Monkey - a journey to the west au théâtre du Châtelet. En fait, la prise de risque était bien moins grande qu'il n'y parait puisque c'est un opéra résolumment grand public, spectaculaire et pour toute la famille.

Alors d'un côté, c'est vrai, c'est spectaculaire. Les acteurs bondissent en tout sens, et nous déroulent tout l'arsenal de l'acrobate du cirque de Pékin: sauts périlleux, mono-cycle, contorsionisme, jonglage avec assiettes, etc.
Mais ce qui nous a vraiment plu (et ce qui nous a attiré vers ce spectacle), c'est la filiation du spectacle avec Gorillaz, ce projet hybride manga-musique autour de l'imaginatif chateur de Blur, Damon Albarn. C'est le dessinateur qui a créé le petit monde visuel de Gorillaz (Jamie Hewett), qui a créé costumes et décors du spectacle. Beaux comme tout.
Et surtout, les musiques ont été composées par Albarn himself. Et mon Dieu que ce mec est doué, et qu'il nous fait plaisir en mixant instruments classiques et sonorités pop plus contemporaines.

Mais à côté de cela, le spectacle me semble pécher beaucoup par son côté tape-à-l'oeil. "On vous a promis du spectacle, vous allez en avoir pour votre argent!", semblent s'être dits ses producteurs. Du coup, l'enchainement des morceaux de bravoure acrobatiques ressemble vite à une démonstration technique, impressionnante certes, mais sans âme. Il en va de même pour les décors, changés bien trop souvent, comme pour nous en mettre plein les mirettes.
Dommage, les scènes réussies irradiant une poésie subtile (l'aquarium et la débauche essentiellement - grâce à la musique d'Albarn notamment) qui est malheuresement trop souvent écrabouillée par le rouleau compresseur "Holiday on ice au pays du cirque du soleil".

Ce spectacle présente donc atouts et faiblesses. Et alors, au bout du compte, est-ce une réussite ou pas?
Et bien c'est malheureusement un critère bien pragmatique qui a emporté la décision: le théâtre du Châtelet étant un théâtre à l'italienne, il a été construit avec deux objectifs majeurs: assurer une accoustique excellente en tout point de la salle, et permettre à tout le monde de bien se montrer. Par contre, visiblement, le fait de permettre aux spectateurs de bien voir la scène n'importait pas des masses.
C'est ainsi que, bien que nous n'ayons pas pris les pires places au poulailler, nous ne pouvions péniblement apercevoir que les deux tiers de la scène (et dans une perspective étrange). Comme en plus de ça il nous fallait tanguer de droite et de gauche pour éviter un poteau cachant le milieu de la scène, et osciller de bas en haut pour lire les sur-titres de la pièce, nous n'avons pas été enclins à être portés par ses atouts, et lui sommes resté bien extérieur...
Surtout Elena qui a roupillé pendant la moitié de la représentation!

vendredi, octobre 12, 2007

Control


Un joli film, sombre et beau, parmi la myriade de perles innondant les cinés ces dernière semaines (7h58 ce samedi là, This is England, Jesse James, Un secret, L'ennemi intime...): Control. Il s'agit de l'histoire de l'ascension, puis de la décadence, d'Ian Curtis.
Ne me dites pas que vous ne connaissez pas Ian Curtis! Le jeune chanteur de Joy Division, étoile filante néo-punk ayant traversé l'Angleterre en cinq années et deux albums? Le groupe était porté à bout de bras par son chanteur charismatique, habité, intense, et mélancolique: Ian Curtis. Chanteur qui se suicida, à l'âge de 23 ans et à la veille de décoller pour sa première tournée-consécration aux Etats-Unis.
Le réalisateur Anton Corbjn a fait le choix de nous raconter son histoire tragique et étonnante de manière quasi-documentaire: noir et blanc magnifique (Corbjn n'est pas photographe de formation pour rien), aucun effet de manche, la musique est quasiment absente (hors les concerts et enregistrements, bien sûr). C'est donc beau et juste, mais frôle parfois l'ennuyeux dans la première partie du film, consacrée à la création du groupe. C'est du moins mon point de vue de bobo difficile fatigué et sortant du bureau (BoDiFaSoBu).
Mais l'intérêt du film est surtout dans la description de la déprime de Curtis, étouffé par la gloire, par sa triste banlieue mancunéenne, par son épilépsie, et par des histoires de coeur dont il n'arrive pas à se dépétrer. Le Bodifasobu a été scotché par cette deuxième partie, juste, délicate, et portée par un jeune acteur exceptionnel dont le charisme n'a rien à envier à son modèle: Sam Riley.
Magnifique et juste, donc.

mardi, octobre 09, 2007

Les fatals picards


La saison des concerts est repartie! Elle a débuté la semaine dernière par la dernière date parisienne des Fatals picards avant que leur chanteur-fondateur charismatique Ivan ne quitte le groupe, et autant le dire tout de go: ce concert a tenu toutes ses promesses.
Je vous avais déjà parlé de leur excellent dernier album, Pamplemousse mécanique, perle d'énergie, d'humour et d'engagement que je vous engage à écouter d'urgence (ou à tout le moins de jeter une oreille sur les quatre chansons à vot' service sur leur myspace). A l'écoute de l'album, on se dit que ces chansons rythmées, nerveuses, inventives et de bonne humeur doivent être un bonheur sur scène.
Et on a bien raison. Elles sont portées par trois ziquos (guitare basse batterie) discrets mais solides (le batteur est d'ailleurs un sosie du papa d'Elena), qui font place nette à deux chanteurs bondissants, survitaminés, qui on la particularité, quand ils ne partent pas dans des disgressions souvent très drôles, en plus de chanter bien. De la balle donc.

D'autant plus que tous les éléments étaient de leur côté: la salle (la Cigale), en format fosse, est un cocon des plus conviviaux et bien foutu, avec un plancher qui s'éléve bien comme il faut. Le public était au quart de poil: passionné mais pubère, il sautait partout au bon moment, mais sans sombrer dans l'hystérie hurleuse des petits jeunes (qui peuvent parfois pourrir un concert avec leur zèle mal placé). En plus, l'audience était gentille et a patiemment applaudi une première partie pourtant pénible.
Et enfin, nous avons eu droit à un bien joli cadeau, avec le passage de Didier Wampas sur scène. Vous n'êtes pas sans savoir que les Wampas étaient l'autre grand groupe punk candidat à représenter la France à l'Eurovision cette année, et qu'ils ont été battu par les Fatals sur le fil. Ce qui nous a donné droit à un chambrage en règle (les Fatals ayant fini avant-avant-derniers de cette prestigieuse compétition), puis aux reprises des deux des plus grands tubes des Wampas (Faut voter pour nous et Rimini).
Voila deux heures de bonheur et de pêche. La cuvée 2007-2008, qui risque d'être la dernière que nous pourrons vivre sans retenue, commence sur les chapeaux de roue!

PS: Comme les Fatals ont eu droit à une jolie vidéo il y a peu, j'illustre ce post par une vidéo des Wampas!

mardi, septembre 18, 2007

Mon frère est fils unique


Nous avons opté hier pour une sortie moins ambitieuse que celle de samedi et sommes allés voir Mon frère est fils unique, film italien à peine sorti. Elena l'attendait de pied ferme tant elle en avait entendu de bien, et tant le livre dont il est tiré (il fasciocommunista) lui avait plu.
On y suit sur 15 ans la rivalité de deux frères hauts en couleurs: Manrico le beau fils charismatique mais peu fiable, et Accio ("la teigne"), entier, toujours énervé, buté et idéaliste. C'est surtout ce personnage fascinant qui a fait le succès du livre puis du film: tout en instinct, nerf et grande gueule, il ne lâche jamais rien, à commencer par ses idéaux. Et le fait qu'il se plaigne sans cesse dans un italien romagnoli fleuri ajoûte encore à son charme...
Pour rester digeste, le film a élagué beaucoup de la fine analyse politique du bouquin pour se recentrer sur la rivalité sentimentale et politique entre les frangins. Un très bon choix finalement: le film est bien équilibré (ce qui n'était pas gagné étant donné la densité du bouquin, et l'ambition de suivre Accio de ses 10 ans à ses 25 ans), rythmé, marrant, étonnant.
On ressort ragaillardi de ce voyage dépaysant dans la villa de Latina (construite par Mussolini près de Rome) des années 60-70, porté par d'excellents acteurs (vous noterez l'acteur de Montalbano dans un rôle de fasciste succulent).
Et surtout, on fait un petit peu connaissance avec l'écorché vif Accio, en espérant récupérer un peu de son énergie au passage!

dimanche, septembre 16, 2007

L'acte inconnu


Hier soir, j'étais stressé comme pas possible. Je passais le deuxième volet des épreuves pour l'obtention de ma troisième étoile de bobo, et je ne voulais surtout pas le rater. Après le free-jazz à la Villette, j'avais un paquet de points de retard, alors j'ai bachoté comme un bête: ipod, Telerama, Masque et la Plume, j'ai mis toutes les chances de mon côté.

Il s'agissait d'aller voir - et d'apprécier - l'Acte Inconnu, de Valère Novarina, au théâtre national de la Colline. Pour vous donner une idée du thème, je cite le début de la présentation officielle de la pièce:
" L’Acte inconnu est un archipel d’actes contradictoires : acte forain, prologue sous terre, cascades de duos, accidents de cirque, spirales, rébus. Autant de figures, d’attractions, comme autant de mouvements d’un ballet… « Le rocher d’ombre », « L’étoile des sens », « La parole portant une planche », « L’amour géomètre » : quatre pièces renaissent l’une de l’autre et sont jetées aux points cardinaux.
"
Vous voyez le genre: du théâtre contemporain où se croisent des types déclamant des monologues à tiroir, sans queue ni tête, sous le regard ravi d'une salle de connaisseurs. Je n'en menais pas large.
Pour Elena la fayotte, évidemment, c'était du velour. Elle avait déjà eu une bonne note en free-jazz, et là il s'agissait d'un spectacle pour lequel elle bosse, et qu'elle avait déjà vu. L'éternelle première de la classe, quoi!

Vous n'êtes pas sans savoir que Valère Novarina est un dramaturge et peintre brillant qui s'intéresse tout particulièrement au langage. Il a créé pour ce faire un monde à lui, où les mots sont privés de leur sens premier, et par là même nous interroge sur la substance de l'Etre.
Enfin, j'imagine que c'est (en partie) ce qu'il fallait comprendre de cette pièce. Personnellement, je n'ai observé qu'une succession de sketchs avec des mots qui n'existent pas que je n'ai su, du haut de ma grande Culture, rapprocher que de Jamel, Gad Elmaleh ou des Robins des Bois. Il faut être juste: par la grâce des acteurs (grandioses), j'ai passé un quart d'heure hilarant lors des sketchs caricaturant les jargons politiciens, économistes et scientifiques.

Seulement, la pièce à duré 2h10, et c'est vachement long 2h10 pour un quart d'heure de marrant. Surtout que la seconde moitié du spectacle a complétement délaissé l'humour pour sombrer dans un verbiage philosophico-esthétique qui m'a totalement perdu, et que j'ai trouvé d'une prétention sans limite. Genre: "regarde comme je suis fort, je dis des trucs philosophiques trop puissants, mais avec des mots bizarres parce que je suis trop brillant pour m'abaisser à le dire de manière intelligible".

Je vais donc vous surprendre: j'ai été recalé. J'ai bien essayer d'expliquer au jury que j'avais beaucoup aimé les acteurs, surtout quand Dominique Pinon il fait la poule, que j'avais deviné que la mise en scène était bien foutue (à un moment il y a un effet spécial: la lune elle parle!), ça n'a visiblement pas suffi. Dur.
Par contre, j'ai croisé dans les couloirs une Elena triomphante qui a obtenue sa troisième étoile avec mention. Mais elle est sympa, elle a quand même réussi à m'incruster au pot d'après spectacle... et là devant des bouteilles, je me défend vachement mieux!